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Bacalao de
Nicolas Cano
Il est sans doute absurde de vouloir devenir un bermuda alors que l’on est en train de commenter le premier roman moderne de la littérature française. Or c’était comme ça, six jours après la rentrée, à la vue d’une paire de jambes dépliées au premier rang de la classe.
Lorsqu’il vit ce garçon affalé, magnifique et parfaitement indifférent au désarroi amoureux d’une princesse de la cour d’Henri II, Vincent éprouva un désir d’une violence extrême. Les jambes qui dépassaient du bermuda lui donnèrent l’envie extravagante d’être le bermuda, et cette envie trotta au mépris de l’analyse qu’il devait à l’arrivée de M. de Nemours au bal de la cour.
Il se força à regarder ailleurs. Mais c’était trop tard. Il n’y avait pas que le bermuda. Un maillot rouge aux couleurs du Benfica de Lisbonne venait de prendre des proportions extraordinaires. Tout ce que garçon imprégnait de son odeur et de sa sueur, son maillot, ses chaussettes, ses baskets, était en train de recevoir une onction sacrée.
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Par jalibert, le 10/03/2011
Bacalao de
Nicolas Cano
Le baiser n'avai pas excédé deux secondes, mais son enchantement persisterai longtemps. Quelque part sur terre, un samedi d'octobre, il y avait eu ce baiser. Au jour de sa mort, parmi les choses dont il se souviendrait, Vincent était certain qu'il retrouverait intact l'émoi de ce baiser.
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Bacalao de
Nicolas Cano
Vincent avait à peine parlé d’Ayrton. Il avait juste dit que c’était une écharde, quelque chose d’obsessionnel qui agace la peau. Il avait ajouté que ça passerait, mais il n’y croyait pas. Il voulait continuer de dresser des autels et s’immoler à sa gloire.
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Bacalao de
Nicolas Cano
La nature d’Ayrton, son attitude, son désir erratique avec ses manifestations fortuites condamnaient Vincent à attendre son bon plaisir. Depuis la première fois, ses faveurs s’étaient succédé de manière aléatoire. (…) Peu importait car Vincent l’aimait. Il l’aimait depuis le début, depuis la première minute. Il avait passé la majeure partie de sa vie d’adulte à attendre cet amour-là. Il savait désormais qu’il n’avait jamais aimé quelqu’un de cette manière. Il n’aurait pas su mesurer ni quantifier, il était juste capable du geste que font les enfants en écartant les deux mains quand ils veulent mesurer l’amour qu’ils éprouvent pour leur mère.
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Bacalao de
Nicolas Cano
Au bout d’un moment il s’assoupit, et le magazine glissa entre ses jambes. En se baissant pour le ramasser, Vincent se retint de toucher son mollet. Il était douloureux de résister à cette envie. Il n’y avait pas une partie du corps abandonné d’Ayrton qui n’attente à sa tranquillité. Même ses baskets aux lacets défaits étaient des motifs de souffrance. Mais Ayrton bougea et changea de côté en grognant. Il déplaça ses jambes en poussant celles de Vincent qui les rétracta aussitôt sous son siège et, ainsi de travers, à demi allongé, il occupa les trois quarts de l’espace que par nature il s’estimait en droit d’occuper.
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Bacalao de
Nicolas Cano
Lorsqu'il vit ce garçon affalé, magnifique et parfaitement indifférent au désarroi amoureux d'une princesse de la cour d'Henri II, Vincent éprouva un désir d'une violence extrême. Les jambes qui dépassaient du bermuda lui donnèrent l'envie extravagante d'être le bermuda, et cette envie trotta au mépris de l'analyse qu'il devait à l'arrivée de M. de Nemours au bal de la cour.
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Bacalao de
Nicolas Cano
Hélène disait que, dans la relation amoureuse unilatérale, la pire des choses est la supériorité bienveillante de l'autre, sa manière de condescendre et son pouvoir absolu sur l'attente de l'autre. Le temps que Vincent passait à attendre Ayrton était insoutenable. C'était un temps privatif, obsessionnel, sans dérivatif possible.