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Critique de glegat


glegat
11 décembre 2019
Le hasard a fait qu'après Maeterlinck, prix Nobel 1911, je lise Knut Hamsun, prix Nobel 1920. Je n'ai pas d'affection particulière pour les auteurs ayant obtenu un prix littéraire, mais il faut bien admettre que ceux-ci sont généralement attribués à des écrivains au talent indéniable.

 Knut Hamsun (1859-1952) est un homme de lettres norvégien d'origine modeste. Il raconte dans une autobiographie romancée ses débuts littéraires où, dans la misère et la solitude, il vagabonde dans Christiana (Oslo) cherchant à vendre ses articles pour gagner de quoi manger. Ce roman est étrange par bien des aspects. On ne connaît pas le passé ni le devenir de ce personnage tourmenté dont l'amour-propre exacerbé alterne avec des moments d'extrême humilité. Il refuse la providence qui lui permettrait de mettre un terme au moins temporairement à ses souffrances ou partage le peu qu'il a avec d'autres malheureux. Il va jusqu'à déposer au mont-de-piété ses seuls biens, successivement ; un gilet, des boutons, sa paire de lunettes, pour venir en aide à des inconnus qu'il a rencontrés dans la rue. Il garde une faible part de ses revenus pour acheter de quoi ne pas mourir de faim. Parfois, il regrette son attitude et va réclamer de la nourriture à une marchande de gâteau à qui, quelques jours plus tôt, il a donné sans contrepartie l'argent qu'il venait de gagner. Il se montre même parfois agressif et violent verbalement, attitude qu'il regrette ensuite. Il prononce à haute voix à des moments d'intense émotion un nom inventé "Ylajali" qui semble personnifier à ses yeux l'amour idéal, l'équilibre parfait, la solution à tous ses maux. On pense à tout moment que le personnage va sombrer dans la folie ou mourir de faim dans un ruisseau. Il veut rester honnête malgré sa misère tout en prenant conscience que sa patience à des limites et qu'il peut sans doute un jour faire n'importe quoi pour mettre un terme à sa détresse. À chaque fois un évènement fortuit lui redonne le minimum de vitalité nécessaire pour poursuivre sa route dignement. C'est un roman sur la misère, la solitude, l'indifférence et les contradictions de la condition humaine.

 En le lisant, j'ai pensé à plusieurs ouvrages, très différents les uns des autres, mais qui présentent quelques points communs : "Scènes de la vie de bohême" de Murger qui raconte les déboires d'un groupe d'artistes pauvres qui tentent de se faire un nom, "Vie et aventures de Salavin" de Georges Duhamel, où un anti-héros en marge de la société cherche à se construire un destin emprunt de mysticisme, "l'idiot" de Doestoievski dont le personnage principal, le prince Mychkine, est un personnage complexe, tourmenté, maladif prenant parti pour les causes désespérées, sa bonté et sa naïveté extrême le font passer pour un simple d'esprit. A ces références je pourrais rajouter "Le maître et marguerite" de Boulgakov pour son ambiance étrange et parfois surréaliste. Il faut aussi souligner un point de convergence avec le roman Russe du XIXe siècle qui expose la sombre trajectoire de personnages tourmentés.

 Cette oeuvre, dont j'avais souvent entendu parler, ne peut laisser indifférent aucun lecteur, elle marque l'esprit par son originalité, sa force et s'inscrira comme un jalon littéraire qui balisera désormais mon cheminement de lecteur.

La Faim, Knut Hamsun, le livre de poche, PUF 2016.

Mots rares :

Enchifrené : Enrhumé.

Pariade : Période d'accouplement des oiseaux.

Maritorne : Femme laide et malpropre.
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