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Citations sur Construire l'identité révolutionnaire (9)

Frantz Fanon a expliqué comment dans une société, une phase révolutionnaire aide à la maturité de la conscience et de l’intelligence des masses et jusqu’à quel point elle réduit jusqu’à onze ou douze ans la période de quiétude et d'indifférence chez les jeunes gens, alors que dans les familles aisées et les sociétés avancées, elle s’étend jusqu’à quinze ou seize ans voire au-delà dans les sociétés révolutionnaires, le jeune atteint la maturité intellectuelle à partir de treize ou quatorze ans. Nous avons de l'expérience dans ce domaine et la différence, entre les enfants des familles déshéritées, souvent issus de classes laborieuses, qui vivent dans la misère, la souffrance et la privation, et ceux éduqués dans des familles aisées, est flagrante, quant à leur prise de conscience et leur appréhension des réalités de la vie. Ceci est la preuve que non seulement l’action est comme un livre, source d’expérience et de prise de conscience, mais que cette conscientisation certaine et sincère est issue de l’action. Cependant n'oublions pas que ce qui découle des livres, bien que menant à une maturité rapide, peut également être vicié, dévoyé et illusoire, ou porter des éléments entraînant en fin de compte la maladie du penseur, son empoisonnement et sa déviation.

Le livre et l’action influent tous deux sur la formation de l’homme : le livre permet à l’action d’être accompagnée de la conscience intellectuelle et donne à l'individu la capacité d'analyser les expériences vécues par d’autres, et d’en profiter ; quant à l’action, elle fixe la pensée sur le terrain de la réalité et rectifie son parcours.
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Selon Heidegger, l’homme a une seconde existence qui lui est propre et réelle et qui est l’expression de son essence cachée sous ses « particularités » accidentelles et ses états passagers issus de situations sociales et relations extérieures. Le fait que l’homme soit un être ayant une authenticité et une raison d'être indépendante des causes matérielles et leurs conséquences, du déterminisme social et des caractéristiques accidentelles de l’environnement, prend sa source dans cette existence propre, réelle et spécifique à l’homme et s’y limite.

Dans les situations ordinaires, lorsque l’homme vit sa vie quotidienne et réagit seulement aux phénomènes de son environnement et aux événements constituants en fonction des nécessités qui lui sont liées tant régionales, culturelles et sociales que de classes et de travail, il néglige ce « moi » qui est en lui et qui est l’âme humaine élevée. Seules la passion, la mort et la défaite, trois gifles cinglantes, peuvent l’arracher à cet abîme et le réveiller.

Le regard de l'homme, qui a toujours eu le souci d'autrui et de ce qu’il y a autour de lui, se tourne alors vers son intérieur. Lui permettant d'ouvrir les yeux sur lui-même et de se contempler. Par ce changement, il prend conscience de son « moi » réel à travers ses sentiments, ses perceptions et ses expériences les plus profondes, les plus élevées et les plus sincères. C'est ainsi qu'il réalise une sorte de prise de conscience directe, sans intermédiaire, que nos penseurs ont nommé « al 'ilm al hudûrî » ou « ladunî », où s'unissent la science, le savant et l’objet de la connaissance.

Cette expérience a un rôle fondamental dans la conscientisation de l'individu, le changement de soi et le bouleversement réel de son existence. Ainsi, quel que soit le moule social et le cadre de la classe dans lesquels il est né, ou plutôt quelles que soient ses caractéristiques héritées grâce auxquelles il s’est éduqué, l’homme est capable de trouver en lui la folie miraculeuse lui permettant d'arriver à son propre salut et de se transformer, choisissant le chemin d’un autre mouvement idéologique et un autre sort de classe : un intellectuel peut être issu de la bourgeoisie ou être aristocrate fils d’aristocrate cependant, par une sincérité existentielle et un altruisme révolutionnaire, il se mettra au service du paysan ou de l’ouvrier, tous deux pourtant ennemis traditionnels de classe. Il peut être nourri de culture aristocratique et mû par des principes liés à la race supérieure ou à la classe dirigeante élue, mais malgré cela, il aura une vision populaire et ressentira véritablement, au plus profond de son être, les souffrances de la classe populaire déshéritée, ses blessures, son ressentiment et ses aspirations. Il la rejoindra effectivement pour finir par s’y unir et s’y fondre. Cette étape représente plus qu'une simple relation reposant sur la base d’une responsabilité sociale ou d’un engagement intellectuel ou une attitude factice d'homme de gauche. (pp. 42-43)
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Victor Hugo a dit : « le petit se tient debout, sans limite, devant l’immense, l’infini, telle est la signification de la prière. »

Par adoration, nous entendons la liaison existentielle permanente entre l’homme et Dieu, le Dieu source de l’âme, de la beauté, du but à atteindre, de la foi et de toutes nos valeurs humaines ; sans Lui, tout plonge dans les marécages de l’absurde, du non-sens et de l’avilissement. Le rôle de l’adoration est aujourd’hui plus important que jamais, que ce soit hier ou avant-hier. Hier, la première bourgeoisie commerciale nous dominait et avant-hier, la société était dominée par une production agricole traditionnelle stagnante. L’occasion a été en tout cas donnée à l’homme de réfléchir sur la nature et sur Dieu, ainsi que sur leurs relations concomitantes ; notamment à l'époque où les classes dominantes étaient simples et naïves, et surtout sans influence. Mais aujourd’hui le système capitaliste, entremêlant l’économie à la culture, la politique à la sociologie et militaire et constituant ainsi un réseau cancéreux, a non seulement défiguré le monde, il a aussi défiguré l’homme, au sens propre comme au figuré. Et sans savoir comment ni quel chemin emprunter, ce changement s’opère en nous suivant une stratégie et dans un but préparés d’avance.

Dans ce système effroyable, de la défiguration de l'existence, de l’avilissement de l'humanité, de l’oubli de toutes les valeurs morales, seules l’adoration et la relation de l'homme à Dieu peuvent protéger l’individu. L’adoration instaure une relation entre nous et le principe même de l'existence, nous offrant un formidable refuge et nous protégeant dans un monde attaqué violemment et de façon destructrice par la mécanisation et le capitalisme. (pp. 40-41)
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Quel que soit le moule social et le cadre de la classe dans lesquels il est né, ou plutôt quelles que soient ses caractéristiques héritées grâce auxquelles il s’est éduqué, l’homme est capable de trouver en lui la folie miraculeuse lui permettant d'arriver à son propre salut et de se transformer, choisissant le chemin d’un autre mouvement idéologique et un autre sort de classe : un intellectuel peut être issu de la bourgeoisie ou être aristocrate fils d’aristocrate cependant, par une sincérité existentielle et un altruisme révolutionnaire, il se mettra au service du paysan ou de l’ouvrier, tous deux pourtant ennemis traditionnels de classe. Il peut être nourri de culture aristocratique et mû par des principes liés à la race supérieure ou à la classe dirigeante élue, mais malgré cela, il aura une vision populaire et ressentira véritablement, au plus profond de son être, les souffrances de la classe populaire déshéritée, ses blessures, son ressentiment et ses aspirations. Il la rejoindra effectivement pour finir par s’y unir et s’y fondre. Cette étape représente plus qu'une simple relation reposant sur la base d’une responsabilité sociale ou d’un engagement intellectuel ou une attitude factice d'homme de gauche. Lui fera désormais partie du peuple et sera par sa plume responsable devant lui de son action et de son engagement.

L’adoration est une lutte qui doit permettre d'effacer les couleurs non souhaitées, détruire les moules sociaux étroits, forger l’existence réelle et laisser paraître les états existentiels véritables, extraire les trésors cachés pour parvenir à la clairvoyance et à un état de conscience beaucoup plus avancé que celui auquel sont parvenus les grands gnostiques de notre histoire. Il s'agit de la conscience du cœur, au dévoilement d’un profond engagement plus fidèle, plus évolué et plus sincère encore que tout ce que comprennent les occidentaux par ce terme. Tel est l’engagement le vrai, ou selon l’expression du Coran, que l’Imam Ali a repris : le traité de la nature originelle(1).

(1) « Il leur envoya Ses messagers et, par intervalles, Ses prophètes pour établir des relations d’amitié avec eux, sur la base du traité de la nature originelle », extrait d'un de ses sermons sur l’attribut de la création d’Adam. Nahj al-Balâgha. (note de l'auteur) (pp. 43-44)
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L’action protège l’homme du mysticisme et de la prêtrise, et notamment du mysticisme intellectuel qui limite le penseur à sa seule fonction d’homme pensant et l’entraîne automatiquement à une sorte de particularisme. Nous savons que le particularisme est une forme de prêtrise et un état d’étrangeté de l’homme envers lui-même. Le système révolutionnaire vise aujourd’hui à libérer l’homme de tout particularisme et des programmes d’action sont organisés pour les employés, les penseurs et les responsables politiques. Cependant ces programmes gardent souvent leurs aspects propagandistes, illusoires et provisoires, pour servir de paravent parce qu’ils ne sont pas réalistes. Marx s’était demandé ce qui empêchait, de nos jours, un ouvrier de s’occuper plusieurs heures par semaine de théâtre, de sport ou de dessin pendant que l’artiste pourrait, lui, travailler dans une ferme ou à la maison ? Cette idée reste cependant confuse et tout ce qui est entrepris dans les sociétés marxistes aujourd’hui reste illusoire. Dans l’Islam, cependant, la question, présente sous une forme concrète et naturelle, a été résolue.

Les plus grands penseurs et les Imams révolutionnaires étaient des travailleurs : ils labouraient les champs, plantaient des dattiers, maniaient la faucille, creusaient la terre, trayaient les bêtes et touchaient des salaires. L’Imam Ali, magnifique essence philosophique, intellectuelle et gnostique, travaillait à Yanbu’ ; il creusait les puits et les canaux dans la ville cultivait les jardins et les dattiers et ce sont ces mêmes mains rugueuses qui ont écrit les plus belles et les plus profondes paroles. Il passa vingt-cinq années de sa vie, la période de sa retraite politique obligatoire, à méditer, à rassembler le Saint Coran, à adorer Dieu et à travailler.

La sacralisation du travail en islam occupe un niveau très élevé au point que le Prophète n'embrassa de toute sa vie une main qu'à deux reprises ; celle d’une femme et celle d’un ouvrier, tous deux symboles de l’avilissement, de l’humiliation et de la privation à travers l'histoire. Le comble du respect est représenté par le baisemain, mais la coutume actuelle qui est plutôt une forme d’associationnisme n’a rien à voir avec l’Islam. Le messager de Dieu revenant d’une bataille, les gens de la ville sortirent pour l’accueillir. Les combattants allèrent au-devant de la foule, alors que le messager salua un homme dont la rugosité de la main l'étonna ; il lui en demande la cause et celui-ci répond : « je travaille dans les plantations de dattes et j’étais en train de couper des palmes avec la faux quand j’ai appris que tu étais de retour alors, je suis venu t’accueillir ». Le messager fut si ému qu’il leva la main de l'homme, comme s’il s’agissait d’une bannière, et dit : « Cette main ne sera pas atteinte par le feu », avant de se baisser et de l’embrasser. (pp. 59-60)
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L’islam, religion divine, dont le messager est envoyé, de Dieu afin de guider les êtres humains dans la voie droite, il proclame : « nulle contrainte en religion ». Tout notre effort consiste donc à alerter les gens sur la distinction entre le chemin du faux et le chemin du vrai, afin qu'ils puissent choisir librement. L’Imam Ali écrivit à un gouverneur qu'il venait de nommer : « Remplis ton cœur de compassion, d’amour et de bienveillance envers tes sujets. Ne sois pas avec eux comme une bête féroce qui leur arracherait la nourriture des mains. Ils appartiennent à deux catégories : soit ils sont tes frères en religion, soit tes semblables en tant que créatures, susceptibles comme toi de commettre des erreurs… le peuple est le pilier de la foi, le ciment de la société et une garantie contre les ennemis. C’est à lui que tu dois réserver ta sympathie et ton inclination. »

Et même al Ma'ari, poète pessimiste, aveugle, sceptique, retiré dans sa campagne, a pu dans son isolement et sa faiblesse, s'énerver et contester la foi et l’islam du gouverneur, même Dieu et la religion, tout en restant croyant à l'époque où le pouvoir de l’Islam après avoir mis à genoux les grands empires du monde s'étendait d'est en ouest.

Même dans le cadre du régime abbasside, des oulémas comme Ibn Abul-Awjâ’ ou Ibn al-Kawa’, connus à leur époque pour leur matérialisme, ont pu en toute liberté et tranquillité intellectuelles railler le pèlerinage qui est, aux yeux des musulmans, l’un des piliers les plus sacrés de l’islam. Non pas lorsqu'ils étaient dans un cercle restreint ou entre amis, mais à la Mecque et en public ! Actuellement, les musulmans souffrent mais comment, après quatorze siècles d’injustice et d’oppression exercées par les sultans et les califes impitoyables, de domination des tyrans fanatiques, d’inertie et de conservatisme des hommes de religion et de blessures profondes causées par eux dans leurs cœurs et leurs pensées, pourraient-ils accepter un régime qui leur prend ce qu'ils possèdent, et quand bien même il s'agirait d'un régime religieux ? Dans un tel contexte, pourquoi le capitalisme et le colonialisme mondial ne seraient-ils pas intéressés de faire tomber ces barrières et de le mobiliser contre le socialisme, présenté comme un ennemi ?

Réfléchir sur ces malheurs délimite l’auto-édification et le poids de la responsabilité, tout comme il définit la conscience et l’intelligence dont il faut s’armer. Il s'agit aussi d'une magistrale leçon, qui nous est donnée : la transformation vers l’état révolutionnaire doit être avant tout une révolution mentale, une révolution dans la vision et dans notre mode de pensée, une révolution qui est associée à cette prise de conscience, fruit de l’immense expérience humaine à travers l’histoire. Cette prise de conscience, c’est l’adoration de Dieu que les hommes de religion ont humiliée et c’est le socialisme que les communistes ont transformé en un déterminisme économique matérialiste et aveugle, c’est la liberté que le capitalisme a transformé en alibi pour mentir et mieux tromper. (pp. 55-56)
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L’homme socialiste est avant tout un homme divin ; il est une essence pure et élevée, un homme qui a atteint le degré de l’altruisme, qui a une orientation idéologique conforme à sa vision d’ensemble de la vie. De plus, c'est un être qui pense à la liberté, la liberté réelle de l’homme et non pas la liberté commerciale, un être qui vit dans une société débarrassée au préalable des chaînes du système capitaliste. Il n’a pas fait du système des classes deux pôles ou deux parties et n’est pas dominé par le communautarisme de classe, d’ethnie ou de sexe. A partir de là, les trois dimensions que nous voyons se confronter entre elles doivent se rejoindre et s’unir afin que non seulement se réalisent l’unicité humaine, l’unicité sociale et l’unicité de classe, mais renforcer et accélérer, tout en prenant sa juste orientation, le mouvement de l’homme dans le sens de la marche.
(...)
Lorsque domine le capitalisme, croire à la démocratie et à la liberté de l’homme, revient à faire preuve d’imbécilité et de naïveté. Si nous croyons à l’accomplissement qualitatif de l’être humain, la moindre atteinte à sa liberté de pensée et la moindre inquiétude quant à la variété des idées et aspirations, sont déjà un drame.
(...)
Le plus grand malheur de l’homme contemporain réside dans son adoption d’une seule de ses dimensions, non pas seulement selon l’explication de Marcuse, mais en considérant que si nous nous contentons d’un socialisme matérialiste, nous nous éloignons des deux autres dimensions de l’accomplissement de l'homme : nous sacrifions la liberté et l’épanouissement de son essence et oublions sa valeur spirituelle. (p. 36)
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Il ne peut y avoir de socialisme sincère, et qui le resterait, avant de constituer en nous-mêmes une essence pure et divine qui nous pousse à ne pas réclamer nos droits individuels dans la société tant qu'un seul individu ne jouit pas de tous ses droits ; c’est-à-dire d’expliquer l’égalité par une égalité de droits avec les autres, et non par l’obtention de nos propres droits. Ceci ne pourra advenir que par la réalisation d’une sorte d’altruisme après l’accomplissement spirituel et effectif de l’essence humaine. Ce n’est qu’à partir de là que l’humain ayant foi dans les valeurs peut bâtir une société socialiste.

Car, comment pourrait-il concevoir l’accomplissement spirituel de l’essence humaine à laquelle le convient la passion et la foi ? Comment pourrait-il penser l’adoration de Dieu, ou l’adoration de l’idéal, tant que le système dans lequel vivent les gens est un système dominé par des conflits d’argent et courent à la consommation, par les mobiles de l’instinct et de la matière, par la bourgeoisie et le capitalisme, la propriété privée et l’exploitation de classes ? Comment serait-il possible que s’évanouissent les classes dans une société dont les individus sont mûs par des mobiles matérialistes et où la philosophie matérialiste constitue l’explication de notre existence et de notre vie ? Quant aux relations humaines, elles sont devenues des relations collectives de bêtes qui ouvrent grand leurs mâchoires et se disputent des cadavres et à peine l’une d’elle ferme les yeux, elle est aussitôt victime de la ruse et du vol de l'autre.

Le système capitaliste et de marché exige de l’homme qu’il court tel un chien, du matin au soir et qu’il rêve d’argent du soir au matin, sinon il pourrait croire qu'il est privé de vie. Dès lors, où aboutit la liberté de l’essence humaine dans un système basé sur la lutte des classes et l’exploitation et sur la soumission de toutes les valeurs humaines à la domination de l’argent ? Comment peut-on parler de démocratie de liberté politique ou intellectuelle ? De démocratie et de capitalisme ? Comment pourraient-ils aller de paire ? Sauf bien sûr si l'on considère que la démocratie est une couverture mensongère du système pour assurer l’exploitation de l’homme par l’homme ! (pp. 34-35)
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Si le penseur est musulman et qui plus est pratiquant, il n’aura nul besoin de faire un mélange de ces trois personnalités pour obtenir un dirigeant car il a déjà l’Imam Ali, qui fut plus sensible que Mazdak et plus révolutionnaire que Marx et qui a ainsi vécu, détestant et s'opposant aux puissants. Sa sympathie pour les déshérités était grande au point de dire, au sujet de ce que ‘Uthmân avait pris dans le trésor public : « Par Dieu si je le prends à se marier (avec cet argent) ou à acheter un esclave, je le combattrai car la justice est sans limite, et celui qui s’y sent à l’étroit est plus à l’étroit encore quand il opprime ».

Cette âme dont la colère s’accentuait en présence d’une injustice était magnifique. Le jour où il apprit que ses ennemis avaient mené une incursion sur un territoire placé sous son autorité et qu’ils avaient porté préjudice à une femme juive, qui était sous la protection de son gouvernement, il monta sur la chaire, en colère, criant : « Si un musulman avait été tué, nul n'aurait été à blâmer car pour moi, cela aurait été mérité ». Comme comme si la douleur l’avait giflé et comme s’il ne pouvait supporter le poids de cette injustice, et devait rendre l’âme - car l'Imam Ali a vécu comme ont vécu les pauvres (alors qu’il était le dirigeant de l’empire le plus grandiose) au point de ressentir la douleur de ceux qui étaient les plus pauvres sous son gouvernement. C'est le même Imam Ali qui réprimanda Maytham al-Tammâr, son ami le plus proche, lorsqu’il l’a vu tirer les dattes avariées de celles en bon état, pour les vendre séparément. Il lui ordonna alors de les mélanger et de les vendre telles quelles à un prix moyen. Que voulait signifier l'Imam ? Comment interpréter sa colère ? Il voulait dire : de quel droit fais-tu des différences entre les gens ? Il se mit à mélanger les dattes lui-même. Il ne croyait pas seulement dans le « à chacun selon son travail » ou à l’égalité de la propriété et des moyens de production ; il nous a transmis une conception plus élevée du système socialiste qui est l’égalité dans la consommation.

Quant au respect des droits de l’homme et de la liberté de penser, l'Imam Ali excellait à un très haut degré : quand il priait, il ne s'impatientait pas, quand les kharijites et ses ennemis les plus déclarés le dérangeaient ; quand il faisait un sermon, ils pouvaient même l'interrompre et se moquer de lui. Même au sommet de sa puissance et de sa force, il n’a jamais porté le moindre préjudice à quiconque. Il était l'homme qui dominait le plus vaste territoire du monde, sans avoir ni de prison politique, ni de prisonnier politique et sans avoir jamais assassiné d’opposants politiques. Lorsque Talha et Zubayr, des personnalités puissantes des plus dangereuses qui complotaient contre son régime vinrent à lui, réclamer d'être envoyés loin de sa surveillance, bien qu’il savait qu’ils souhaitaient s'éloigner pour fomenter un grave complot, il leur permit de partir, car il ne souhaitait pas légiférer contre les tyrans et les puissants, piétinant par une loi la liberté de l’homme pour des motifs politiques. (pp. 31-33)
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