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Note moyenne 4.06 /5 (sur 9 notes)

Nationalité : France
Né(e) à : Caen , le 13 /10/1954
Biographie :

Le roi du lard, qui a obtenu le Prix du Roman Gay des éditions du Frigo en septembre 2013, est le premier roman de Didier Malhaire.
Ce même roman a obtenu le prix littéraire des lycéens de la ville de Caen en 2014.

Didier Malhaire est originaire de Salenelles dans le Calvados.

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Bibliographie de Didier Malhaire   (3)Voir plus

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Citations et extraits (10) Ajouter une citation
Gaoulette   24 février 2018
À la force des mots de Didier Malhaire
Un premier chapitre de ma bien m’avait déjà appris l’inhumanité et le sadisme d’adultes déments. Cette année-là, j’allais découvrir la haine sans retenue et la méchanceté gratuite des enfants.
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levieux-patrice   05 décembre 2013
Le roi du lard de Didier Malhaire
Ludo



C’est le premier mai, y’a pas d’école mais y’ a du muguet. Grand-mère en a fait un bouquet pour que j’aille l’offrir à Emilienne. Je suis arrivé chez elle et bizarrement, il n’y avait pas un bruit. D’une petite voix, Emilienne m’a remercié et a posé le bouquet dans un pot à confiture, au milieu de la table, sur la nappe cirée. Pascal et Bernard sont partis au pain. Catherine, la grande, elle fait la bonne chez les Lechat, les notaires. Mimi-Persil est silencieuse au fond de son lit cage. Je sais qu’elle est malade et je ne fais pas de bruit. Dans son lit elle semble avoir rétréci ou alors, c’est sa tête qui a grossi. Elle tousse dans son sommeil. Sa tête roule sur son oreiller comme si elle voulait se détacher. Elle a ouvert les yeux. La maison a semblé moins triste avec le bleu des yeux de Mimi.

 J’ai apporté du muguet, Mimi, tu veux le sentir ?

Elle a dit oui en fermant les yeux, trop fatiguée pour parler. Le muguet l’a fait éternuer si fort que j’ai cru qu’elle allait s’envoler. Emilienne l’a redressée sur ses oreillers. De la poche de mon blouson, j’ai sorti des billes. Des jaunes citronnées, des rouges veinées de blanc et une plus grosse transparente comme une goutte d’eau. Mimi bat des mains, attrape les billes et les fait rouler dans son lit. Elles se perdent dans les plis des couvertures, comme des petites bêtes cherchant la chaleur et réapparaissent là où on ne les cherchait pas. Le lit de Mimi sent un peu l’urine et le muguet aussi. Mimi rigole sous le regard soucieux de sa mère. Et puis, dans son rire, la toux est revenue. La toux de Mimi ressemble au cri d’un vieil oiseau déplumé qui ne pourrait plus s’envoler. Je suis reparti, laissant Mimi et la bille transparente. Elle va la mettre dans sa boite au trésor, près de sa cage, comme elle appelle son lit.

Je crois que Mimi va mourir. Des hirondelles sur les fils électriques chantent qu’il fait beau et que l’été n’est pas loin. Elles s’envolent, égrainant leur chant. En rentrant à la maison, je n’ai trouvé personne. J’ai appelé. Le chat est sorti. Il s’est étiré, a bâillé, découvrant ses crocs effilés. La barrière sur les champs est entrouverte. Jacky discute avec grand-mère. Je ne me suis pas pressé pour les rejoindre. Je sais qu’ils vont s’apercevoir que j’ai pleuré. Ça ne les regarde pas. J’entends grand-mère demander à Jacky s’il serait d’accord pour nettoyer le ruisseau, avec mon aide. Il est d’accord, mais personne ne m’a demandé mon avis. Le ruisseau alimente les trois abreuvoirs, disséminés dans les champs des Trois Basile. Grand-mère, pendant ce temps-là, va aller voir Emilienne et ensuite, elle préparera le repas.

Il fait déjà chaud. Jacky s’est mis torse nu. On patauge dans l’eau. Sans parler, on avance vers le bas des champs, retirant en passant les branches mortes, les amas de feuilles et de boue. L’eau, libérée, bondit. Son murmure s’amplifie. Elle chante et s’éclaircit avec la force du courant. Dans le bas des champs, Jacky s’est glissé derrière moi sans bruit. Ses lèvres cherchent mon oreille, mon cou. Je me suis dégagé et sans ménagement, je lui ai collé un coup de coude dans l’estomac. Sous le choc, il s’est mis à tousser.

 Fous-moi la paix, j’ai pas envie de déconner.

Jacky m’a dévisagé, surpris. Les larmes me sont montées aux yeux et j’ai tourné la tête. Mon copain a saisi ma détresse, il s’est rapproché.

 Tu pleures, Ludo ? …

J’ai tourné la tête. J’ai le nez qui coule. Je me le suis essuyé avec la manche de mon blouson. Jacky m’a tendu son mouchoir. Son mouchoir a la même odeur douce que lui. Et, je ne sais pas pourquoi, ça m’amène encore plus de larmes. Ce matin, mes yeux sont comme le ruisseau qu’on a fini de nettoyer. Ils coulent sans barrage, sans retenue, sans cesse alimentés par la pensée de Mimi. Quand elle sera morte, Mimi n’aura plus d’odeur, plus de couleur. Elle oubliera les billes et le muguet. J’ai fini par avouer à Jacky la cause de mon chagrin.

 Tu sais, Mimi, elle aurait pas dû naître. Personne n’en voulait, ni Emilienne, ni Dédé. Personne.

Jacky me fixe du bleu dur de ses yeux. Il a continué :

 Tu sais pourquoi, dans le dos d’Emilienne, on appelle Mimi « Mimi-Persil ? »

Non, je ne sais pas, peut-être est-ce à cause de ses cheveux tout frisés comme le persil. Jacky rigole comme pris de folie.

 T’es un drôle de zozo, articule-t-il entre deux spasmes.

 Emilienne, elle a essayé de la faire passer. Avec le Dédé, ils avaient pas assez de sous pour l’élever. Alors, Emilienne, il paraît qu’elle s’est mise des queues de persil là… me dit-il en me montrant son entrejambe.

 Et alors ?

Je veux connaître la suite, même si je ne peux pas croire ce que raconte Jacky.

 Et alors le persil, ça n’a pas marché, ça l’a blessée. Ça lui a fait gonfler la tête. Mais elle était bien accrochée. Elle a pas bougé et Emilienne, il paraît qu’elle a failli y passer…

Les vaches se sont rapprochées doucement. Elles arrachent les touffes d’herbe d’un coup de tête et mâchonnent, imperturbables. Des mouettes passent paresseusement dans le ciel et nous indiquent la direction de la mer, par-dessus les arbres. Elles glissent sans un cri, sans effort, portées par le vent des nuages. Je me suis assis, les mouettes disparaissent sans bruit. Jacky patauge dans le ruisseau. Je l’entends qui chantonne. Il semble m’avoir oublié.

Mimi-Persil est partie le lendemain, pendant la nuit. Elle a abandonné sa cage et emporté sa boite au trésor.

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levieux-patrice   10 novembre 2013
Le roi du lard de Didier Malhaire


Ludo



La maison Émilienne, en arrivant aux Trois Basile, on ne pouvait pas la rater… C’était une ancienne grange rafistolée par tous les bouts… Une grande bâtisse recouverte de lierre. Les murs disparaissaient sous les feuilles. Dédé, le mari Émilienne avait beau couper, tailler toute cette saleté, sans cesse, ça repoussait, encore plus dru, comme pour mieux la bouffer, la désintégrer. L’intérieur de la baraque ressemblait à une grotte. Une lumière verdie passait par l’unique fenêtre. Elle éclairait une pièce chaotique. Le sol de terre battue n’était que trous et bosses. Tous les meubles, le buffet, les armoires, le fourneau, les lits, tout était monté sur des cales. Un mobilier sur pilotis. Seuls la table et les bancs tenaient sur leurs pieds, sans prothèse pour les stabiliser. Une maison bancale, prête à s’effondrer, et qui résistait. Dans un coin de la pièce, quand j’y suis rentré la première fois, j’avais remarqué une drôle de cage, un lit à barreaux. De la cage, une petite voix avait demandé : qui vient d’entrer ? J’étais resté interdit. Bernard, le plus âgé m’avait fait signe de m’avancer. Quand je m’étais rapproché de la voix et que je m’étais penché, j’avais eu un mouvement de recul. Deux grands yeux bleus me transperçaient dans la lumière verte, des yeux perdus sous l’énormité d’un front bombé. Émilienne m’avait poussé légèrement de la main, m’empêchant tout nouveau recul. – Alors, c’est toi Ludo ? … Mon regard a fait le tour de la pièce, affolé… Puis il s’est reposé sur la grosse tête de la petite fille… -Moi, c’est Mimi… Je ne peux pas bouger, je suis comme attachée, mais j’entends et je vois clair… Tu veux bien m’embrasser… J’ai regardé Emilienne, son grand nez et ses yeux qui continuaient à s’engueuler… Je les ai tous regardés et je l’ai embrassée sur son grand front et sa pauvre tête déformée. Elle a ri comme soulagée, d’un rire de pauvre fée maltraitée. Émilienne m’a tiré sur la manche. –Viens, maintenant, elle est fatiguée, faut la laisser.

Quand je suis revenu à la ferme, j’ai demandé à grand-mère pourquoi Mimi, elle avait une tête si grosse qu’elle l’empêchait de bouger. Grand-mère m’a dit qu’elle était née comme ça, que ça arrivait parfois. J’ai dit aussi qu’elle était attachée… Grand-mère a mis du temps avant de répondre… Je vais te dire, Ludo, les enfants comme Mimi, c’est comme les ballons, au bout d’une ficelle… Si tu lâches le fil, ils s’envolent dans le ciel et tu peux plus les rattraper… J’ai pensé que Mimi, dans sa maison de feuilles, elle était comme un oiseau dans un arbre, prête à s’envoler ou qu’elle était comme les petits des hirondelles, dans l’étable. Fallait attendre, comme Jacky me l’avait dit, que leurs plumes poussent pour qu’ils puissent quitter leur nid.

Dès que je pouvais, j’aimais bien rendre visite à Mimi dans son nid. Elle était souvent joyeuse et souvent aussi, elle dormait. Elle se fatiguait vite, disait Émilienne, fallait pas la réveiller…
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levieux-patrice   18 décembre 2016
Vingt trois zéro cinq de Didier Malhaire
Ça bouge ! J’me dis que ça bouge... J’suis plus qu’une oreille ! Non, je suis deux oreilles, mais faut pas s’y tromper, pas deux jumelles idiotes qu’on aurait habillées avec les mêmes fringues pour un défilé…Dans le morceau de glace qui pend dans la salle de bains, j’vois bien qu’il y en a une qui est décollée, comme si elle voulait se tenir à l’écart, et l’autre qui se retient à la peau de mon crâne, de peur que je la largue… Bref, mes oreilles depuis le début de mon histoire, elles ont jamais pu se mettre d’accord. Mes oreilles, Loulou, c’est la première chose qu’il avait remarquée…Pourtant, ce jour-là, j’avais passé je n’sais pas combien de tunes chez le visagiste. Le visagiste, c’est un genre de feignasse, bon, il a une tondeuse, mais miniature, pour pas fatiguer ses p’tits bras. Pour lui, pas de round up, ni de désherbant… Rien à voir avec un paysagiste…Le visagiste, il fait le tour de votre tronche d’un air intéressé, comme s’il faisait une balade dans un parc à l’anglaise. Il a un air convaincu et consterné comme si votre pauvre tronche dans la glace, c’était Versailles, le jardin de Monet, mais en friches. On va voir ce qu’on va voir…Un coup de peigne par-ci, un léger claquement de ciseaux par-là, tu vas voir, je vais te refaire une beauté, tu vas pas te reconnaître… Ta gueule, vire tes pattes… Ducon j’t’avais dit de pas me découvrir les esgourdes…et Monsieur, bien sûr, il en fait qu’à sa tête…De quoi j’aurai l’air?

J’me suis redressé si brusquement contre mes oreillers que je me suis éclaté le crâne contre le mur. Ça bourdonne si fort dans ma tête que j’en ai oublié ce que j’écoutais dans le noir. La nuit c’est moche. C’est trop simple, elle t’avale tout, comme ça, l’air de rien, sans y toucher. T’as pas encore allumé la lumière, t’en sais rien que c’est le soir, ça fait un bout de temps que tu sais plus, et tu butes sur le chien endormi. Il te prouve qu’il a encore des crocs, et le guéridon que tu bouscules en passant s’écrase, instable sur ses trois pieds. Il est comme toi, le meuble à trois pattes, pas tout à fait fini, plus très

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Gaoulette   24 février 2018
À la force des mots de Didier Malhaire
Il est de ces moments où notre propre sort se décide sans nous.
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levieux-patrice   17 décembre 2016
Vingt trois zéro cinq de Didier Malhaire
Ça bouge ! J’me dis que ça bouge... J’suis plus qu’une oreille ! Non, je suis deux oreilles, mais faut pas s’y tromper, pas deux jumelles idiotes qu’on aurait habillées avec les mêmes fringues pour un défilé…Dans le morceau de glace qui pend dans la salle de bains, j’vois bien qu’il y en a une qui est décollée, comme si elle voulait se tenir à l’écart, et l’autre qui se retient à la peau de mon crâne, de peur que je la largue… Bref, mes oreilles depuis le début de mon histoire, elles ont jamais pu se mettre d’accord. Mes oreilles, Loulou, c’est la première chose qu’il avait remarquée…Pourtant, ce jour-là, j’avais passé je n’sais pas combien de tunes chez le visagiste. Le visagiste, c’est un genre de feignasse, bon, il a une tondeuse, mais miniature, pour pas fatiguer ses p’tits bras. Pour lui, pas de Roundup, ni de désherbant… Rien à voir avec un paysagiste…Le visagiste, il fait le tour de votre tronche d’un air intéressé, comme s’il faisait une balade dans un parc à l’anglaise. Il a un air convaincu et consterné comme si votre pauvre tronche dans la glace, c’était Versailles, le jardin de Monet, mais en friches. On va voir ce qu’on va voir…Un coup de peigne par-ci, un léger claquement de ciseaux par-là, tu vas voir, je vais te refaire une beauté, tu vas pas te reconnaître… Ta gueule, vire tes pattes… Ducon j’t’avais dit de pas me découvrir les esgourdes…et Monsieur, bien sûr, il en fait qu’à sa tête…De quoi j’aurai l’air?

J’me suis redressé si brusquement contre mes oreillers que je me suis éclaté le crâne contre le mur. Ça bourdonne si fort dans ma tête que j’en ai oublié ce que j’écoutais dans le noir. La nuit c’est moche. C’est trop simple, elle t’avale tout, comme ça, l’air de rien, sans y toucher. T’as pas encore allumé la lumière, t’en sais rien que c’est le soir, ça fait un bout de temps que tu sais plus, et tu butes sur le chien endormi. Il te prouve qu’il a encore des crocs, et le guéridon que tu bouscules en passant s’écrase, instable sur ses trois pieds. Il est comme toi, le meuble à trois pattes, pas tout à fait fini, plus très équilibré…

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levieux-patrice   21 octobre 2013
Le roi du lard de Didier Malhaire
J’ai tiré sur ma dent avec mon pouce. Vers l’avant, ça m’a fait un peu mal, comme du vinaigre sur une coupure et puis plus rien. J’ai appuyé un peu plus fort, vers l’arrière. J’ai senti un petit ploc. Dans la bouche, j’ai eu un drôle de goût salé et sur ma langue, j’ai senti un petit machin dur. Ça fait comme une fève dans la galette, le jour des Rois. Entre mes dents, sur le devant de ma bouche, j’ai ouvert une porte bizarre, comme une brèche dans une haie. J’ai glissé ma dent de lait dans la poche de mon short. Je vais la planquer, l’enterrer dans un coin du jardin et surtout ne pas en parler. L’autre jour, j’ai brandi mon trophée, à table, sous le nez de ma mère.

 Ramasse ça Ludovic, c’est dégueulasse… Ouvre ta bouche… Ouvre ta bouche j’te dis… J’ai fini par obéir…

 Michel, vise la tronche de ton fils !

Mon père a jeté un regard vague par-dessus son verre de rouge.

 Regarde, il perd ses dents de lait… Ma mère a gloussé : ça le rend pas plus beau ! Il est d’un laid ! Tous les deux sont partis dans une crise de rire et ils ont fini par m’oublier et puis, comme d’habitude, ça a fini par se gâter…

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arianelemon   08 novembre 2013
Le roi du lard de Didier Malhaire
"Ce sont les noces de quoi quinze ans ? De Sopalin ?"
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levieux-patrice   22 octobre 2013
Le roi du lard de Didier Malhaire
On a trinqué à tous les anges alcooliques qui passaient, l'auréole de travers, quatre points en moins sur le permis de voler.
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arianelemon   09 novembre 2013
Le roi du lard de Didier Malhaire
"C'est à croire qu'il y ades renoncements dont on se ne pardonne jamais."
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