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Critiques de Les Nuées Locustes (1)
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L'écrit pour expérience de création
  29 mars 2018
L'écrit pour expérience de création de Les Nuées Locustes
"A quoi bon / Si la nuit n'a de lune que le jour qui l'a tuée / Si le jour n'a la nuit pour veiller sur son œuvre / Qu'importe l'heure, le lieu / La lumière à souffler / La bougie à éteindre"



De qui sont ces lignes saisissantes ? D'une "micro-communauté anonyme d'encre et de papier composé d'auteurs amis en Sorbonne (Paris IV)", bref d'auteurs qui restent anonymes, sous le nom de "Nuées locustes". Je précise que je ne les connais pas, mais que mes aventures sur Facebook m'ont fait e-croiser le chemin de Julie de Fontanges, leur éditrice, que je remercie pour la belle aventure qu'elle m'a fait vivre.



L'écrit pour expérience de création intrigue d'abord par son titre. Je l'ai compris comme une ellipse de "Je n'ai que l'écrit pour faire l'expérience de la création", mais sans doute y a-t-il autant de manières de le comprendre que de lecteurs. Et n'est-ce pas bien normal, puisque c'est un recueil de poésie ?



Pour moi, qui en lis peu, la poésie était un exercice avec des règles très strictes, qu'on apprend à l'école : le nombre de pieds par vers, leur parité ou pas, le nombre de vers, l'agencement des strophes, les sacro-saintes rimes, tout cela codifie le genre et me paraissait emprisonner la pensée. Mais là, c'est de tout autre chose qu'il s'agit : toutes les transgressions possibles de ces codes coexistent. Pas de sonnets, pas d'alexandrins, parfois la musicalité de plusieurs impairs, plus souvent des ruptures de rythmes : on trouvera tout aussi bien le presque classique "Les nuages sont parcelles / D'inquiétudes universelles" que l'énigmatique "Faire Bloc / Faire Bloc pour l'Existant / Lois de la densité PESER pour exister / Lois de la gravité PLEURER pour surmonter / SURVIVRE pour évaluer les pertes / pour évaluer les cataclysmes". Transgression dans la ponctuation et la mise en page (que je ne peux pas reproduire ici) : "Poussière.de po.èmes/ temps .mort", qui invite à injecter de la poésie dans l'univers de nos adresses mail (pourquoi pas un domaine @temps.mort ?). Transgression jusque dans l'usage de la typographie : "Quand le sol se dérobe sous nos / pieds, on cherche tjrs à se raccrocher / à ce qui est à notre portée" (le tjrs est de l'auteur).



Donc des sonorités, de la musicalité sans soumission à l'impair, des surprises à chaque page. Est-ce que pour autant, le recueil est dénué de sens ? Pas du tout, et c'est même l'inverse, car il a deux sens : celui de sa structure, et celui donné par la subjectivité du lecteur.



Sens dans la structure même du recueil, d'abord. Il y a trente poèmes, le dernier étant laissé à l'initiative du lecteur, qui sont listés dans une table des matières. Le fil conducteur que l'on ne pressentait que confusément au moment de la lecture devient alors très frappant : quatre poèmes ancrés dans le passé, celui de la naissance (type "L'écrit comme éclosion"), sept poèmes ancrés dans le présent (type "L'écrit comme cueillette"), cinq poèmes tournés vers l'avenir (type "L'écrit comme non-pensée"), trois poèmes revenant vers soi (type "L'écrit comme fidélité") et enfin neuf poèmes en route vers les autres (type "L'écrit comme sauvetage"). Parmi ces derniers, l'ultime est laissé à l'initiative du lecteur : "L'écrit comme passation" ; pour moi, c'est dans cette chronique que cette passation peut se concrétiser. L'écrit pour expérience de création emprunte donc le chemin de la vie, depuis la naissance jusqu'à la transmission à d'autres qui continueront l’œuvre après le poète : vous avez dit sens ?



Sens donné par la lecture subjective de chaque lecteur, aussi. Bien plus qu'avec un roman, on ressent cette évidence : un écrit échappe toujours à son écrivain pour devenir l'objet de son lecteur, qui, véritablement, associe librement au fur et à mesure de ce qu'il lit et en construit le sens, son sens. Le poète le sait : "Ils arrivent / Les nuages aux longues ailes noircies / par des rêveurs incapables d'écrire / Ils me demandent de prendre la plume / Pour eux", mais aussi "J'ai / Le cerveau criblé de pensées / De pensées qui ne sont pas les miennes". Alors en refermant L'écrit pour expérience de création, que me reste-t-il ? Une impression de soleil, de légèreté, de musique aussi. Pourtant, je ne suis pas certaine que ce soit l'intention d'un auteur qui écrit le dérangeant "Trombinoscope étrange / de la vergeture des éléments". Mais la structure que j'ai décrite m'a menée, moi, dans un univers moelleux, où tout est commencement, cheminement, espoir d'arriver à un ailleurs et d'y rencontrer son semblable. Or, mon chemin personnel est lumière et musique : ce sont donc les images que j'ai associées à cette lecture. Quelles seront les vôtres ?
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