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Les Nuées Locustes (Autre)Héloïse de Bouclans (Illustrateur)
ISBN : 2379080011
Éditeur : Les éditions du Mont-Ailé (28/02/2018)

Note moyenne : 5/5 (sur 1 notes)
Résumé :
Comment l'écrit vient-il au monde ?
Le mot est matériau, l'écrit matérialise.
Cette pérégrination fantaisiste et imagée sur les pas d'un grillon se confond avec la démarche mentale, par paliers, de tout preneur de plume.
"Trente maximes, pensées inspirées ou conseils pour une analyse concrète de l'acte d'écrire."
(Serge Andrieu, Professeur émérite de Philosophie, phénoménologue)
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
MarcelineBodier
  29 mars 2018
"A quoi bon / Si la nuit n'a de lune que le jour qui l'a tuée / Si le jour n'a la nuit pour veiller sur son oeuvre / Qu'importe l'heure, le lieu / La lumière à souffler / La bougie à éteindre"
De qui sont ces lignes saisissantes ? D'une "micro-communauté anonyme d'encre et de papier composé d'auteurs amis en Sorbonne (Paris IV)", bref d'auteurs qui restent anonymes, sous le nom de "Nuées locustes". Je précise que je ne les connais pas, mais que mes aventures sur Facebook m'ont fait e-croiser le chemin de Julie de Fontanges, leur éditrice, que je remercie pour la belle aventure qu'elle m'a fait vivre.
L'écrit pour expérience de création intrigue d'abord par son titre. Je l'ai compris comme une ellipse de "Je n'ai que l'écrit pour faire l'expérience de la création", mais sans doute y a-t-il autant de manières de le comprendre que de lecteurs. Et n'est-ce pas bien normal, puisque c'est un recueil de poésie ?
Pour moi, qui en lis peu, la poésie était un exercice avec des règles très strictes, qu'on apprend à l'école : le nombre de pieds par vers, leur parité ou pas, le nombre de vers, l'agencement des strophes, les sacro-saintes rimes, tout cela codifie le genre et me paraissait emprisonner la pensée. Mais là, c'est de tout autre chose qu'il s'agit : toutes les transgressions possibles de ces codes coexistent. Pas de sonnets, pas d'alexandrins, parfois la musicalité de plusieurs impairs, plus souvent des ruptures de rythmes : on trouvera tout aussi bien le presque classique "Les nuages sont parcelles / D'inquiétudes universelles" que l'énigmatique "Faire Bloc / Faire Bloc pour l'Existant / Lois de la densité PESER pour exister / Lois de la gravité PLEURER pour surmonter / SURVIVRE pour évaluer les pertes / pour évaluer les cataclysmes". Transgression dans la ponctuation et la mise en page (que je ne peux pas reproduire ici) : "Poussière.de po.èmes/ temps .mort", qui invite à injecter de la poésie dans l'univers de nos adresses mail (pourquoi pas un domaine @temps.mort ?). Transgression jusque dans l'usage de la typographie : "Quand le sol se dérobe sous nos / pieds, on cherche tjrs à se raccrocher / à ce qui est à notre portée" (le tjrs est de l'auteur).
Donc des sonorités, de la musicalité sans soumission à l'impair, des surprises à chaque page. Est-ce que pour autant, le recueil est dénué de sens ? Pas du tout, et c'est même l'inverse, car il a deux sens : celui de sa structure, et celui donné par la subjectivité du lecteur.
Sens dans la structure même du recueil, d'abord. Il y a trente poèmes, le dernier étant laissé à l'initiative du lecteur, qui sont listés dans une table des matières. le fil conducteur que l'on ne pressentait que confusément au moment de la lecture devient alors très frappant : quatre poèmes ancrés dans le passé, celui de la naissance (type "L'écrit comme éclosion"), sept poèmes ancrés dans le présent (type "L'écrit comme cueillette"), cinq poèmes tournés vers l'avenir (type "L'écrit comme non-pensée"), trois poèmes revenant vers soi (type "L'écrit comme fidélité") et enfin neuf poèmes en route vers les autres (type "L'écrit comme sauvetage"). Parmi ces derniers, l'ultime est laissé à l'initiative du lecteur : "L'écrit comme passation" ; pour moi, c'est dans cette chronique que cette passation peut se concrétiser. L'écrit pour expérience de création emprunte donc le chemin de la vie, depuis la naissance jusqu'à la transmission à d'autres qui continueront l'oeuvre après le poète : vous avez dit sens ?
Sens donné par la lecture subjective de chaque lecteur, aussi. Bien plus qu'avec un roman, on ressent cette évidence : un écrit échappe toujours à son écrivain pour devenir l'objet de son lecteur, qui, véritablement, associe librement au fur et à mesure de ce qu'il lit et en construit le sens, son sens. le poète le sait : "Ils arrivent / Les nuages aux longues ailes noircies / par des rêveurs incapables d'écrire / Ils me demandent de prendre la plume / Pour eux", mais aussi "J'ai / le cerveau criblé de pensées / de pensées qui ne sont pas les miennes". Alors en refermant L'écrit pour expérience de création, que me reste-t-il ? Une impression de soleil, de légèreté, de musique aussi. Pourtant, je ne suis pas certaine que ce soit l'intention d'un auteur qui écrit le dérangeant "Trombinoscope étrange / de la vergeture des éléments". Mais la structure que j'ai décrite m'a menée, moi, dans un univers moelleux, où tout est commencement, cheminement, espoir d'arriver à un ailleurs et d'y rencontrer son semblable. Or, mon chemin personnel est lumière et musique : ce sont donc les images que j'ai associées à cette lecture. Quelles seront les vôtres ?
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Citations et extraits (5) Ajouter une citation
MarcelineBodierMarcelineBodier   29 mars 2018
Chaque phénix est persécuté
Il ne sait où trouver habitat
Dans la tranquillité du ciel mûr
Dans le foyer de flammes renaissantes

Que n'as-tu horizon des rapides
Le temps de nous prêter oreille ?
Que n'as-tu oiseau du continent
Conscience de nos emportements ?

(L'écrit comme présence)
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MarcelineBodierMarcelineBodier   29 mars 2018
J'ai rêvé d'écrire
et me suis réveillée à cet
impératif catégorique
Pour ne pas sombrer dans l'oubli.de la
nuit.nuit.Enfermement du noir.

(L'écrit comme acclimatation)
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MarcelineBodierMarcelineBodier   29 mars 2018
Et la nuit se déchire pour composer le jour
Et le jour se détourne pour appeler la nuit

(L'écrit comme danse)
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MarcelineBodierMarcelineBodier   29 mars 2018
Vie changée en négatif : jours noirs
et nuit blanche

(L'écrit comme cliché argentique)
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MarcelineBodierMarcelineBodier   29 mars 2018
Promettez-moi
- encres invisibles -
de ne pas renoncer à l'appel de mon nom

(L'écrit comme formulation de soi)
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