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Citation de levri


levri   03 avril 2020
Ombre âge, tome 1 de Olivier Larue
— Sans rire, vous voulez dire que vous ne savez vraiment pas ce que ça signifie ? »
L’autre fit un petit signe de dénégation. Mais il y avait quelque chose de faux dans son regard. Celui qui n’avait point de nom joua la carte de la naïveté. « Laissez-moi vous faire un bref récapitulatif. Tout en haut, il y a l’ Duc. C’est facile, c’est l’ seul type avec des yeux d’or, enfin, à dire vrai, on dit qu’il y en a deux voire trois par génération. Après vous avez les yeux d’argent. Ça, c’est les Comtes. Puis les yeux de bronze pour les Barons. Les Barons obéissent à leur Comte qui obéit au Duc mais ça j’crois qu’ c’est partout pareil, non ?
— Depuis la Lex Publica, à la fin du Prime Âge.
— Ouais, ça date pas d’hier, quoi. Bon, ça c’est le sommet de la caste noble, après vous avez le reste de la haute. Les guerriers, aux yeux rouges, les artistes, aux yeux bleus, et les courtisans, aux yeux jaunes. Tout ça, ça constitue la noblesse.
— Jusque-là, j’avais suivi. Même si certaines subtilités m’échappent encore.
— Ouais, ça peut paraître embrouillé au début, mais au bout d’un moment ça d’vient naturel. Après ça, vous avez, les artisans, yeux verts, les commerçants, yeux violets et les paysans, yeux orange. Et là déjà, ça s’complique. Parce que les artisans, ils vendent aussi ce qu’ils fabriquent, ce qui explique qu’on croise aussi bien des yeux verts que des yeux violets sur le marché. »
Non sans une certaine malice, son débit allait s’accélérant au fur et à mesure de ses explications. « Reste les yeux marron, continua-t-il, eux, ils servent de domestiques, de serviteurs, tout ce que vous voulez. Certains vivent chez eux, d’autres chez leurs maîtres. Ils sont payés, ils peuvent fonder une famille. Par contre, les yeux gris… Eux, ce sont les parias. »
Le hochepot arriva sur son tranchoir avec un gros morceau de pain en plus. « Voilà messire. »
Le sans nom s’interrompit brièvement et remercia sans façons. « Pour survivre, enchaîna-t-il la plupart se font esclaves. Leurs propriétaires sont alors tenus d’ les nourrir et d’ les loger, c’est tout. La haute noblesse en possède souvent beaucoup pour la guerre, ce sont des soldats qui coûtent moins qu’un quignon d’pain. Plus de la chair à canon en fait. Beaucoup, sont mendiants. »
Le Bruméen écoutait attentivement malgré le débit. « Et les yeux noirs dans tout ça ? demanda-t-il.
— Juste en d’ssous d’ tout c’ beau monde. »
L’étranger leva son unique sourcil. « Que peut-il, y avoir en dessous d’un esclave ?
— Votre vertu, dans le Duché des Brumes, c’est la Connaissance, non ?
— Très juste mais quel rapport ? — Comment sont perçus les ignorants chez vous ? »
Le Bruméen eut un rictus de dégoût. « Nous y voilà ! rugit l’Impatient en tapant de la main sur la table et en attirant de fait le regard furieux des deux Prêtres. C’est exactement ça ! Nous sommes la giclée d’ verjus sur les papilles albâtréennes ! Nous n’ sommes pas insignifiants, non, nous sommes pires que ça. Nous sommes de trop. Voilà ce que sont les Impatients.
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