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MariekeZK
31 août 2017
Le coeur à l'outrage de HK
« Le cœur à l’outrage » de HK, un cri d’amour comme on en connaît peu, au milieu des cendres et des gravats.



C’est d’abord un témoignage. Le livre relate les évènements qui ont marqué récemment la Tunisie, pays d’origine des parents de Mohamed, et la France, pays où Mohamed et Elsa vivent et s’aiment.

Quand Andrzej Wajda a remporté la Palme d’or avec « L’Homme de fer », film sur la révolte ouvrière qui battait alors son plein, les journalistes français se sont écriés : pourquoi aucun artiste en France n’avait songé à présenter à chaud la révolte de mai 68 ! Aujourd’hui ils devraient être comblés. Après les attentats qui ont bouleversé Paris, en plein état d’urgence, HK a réagit immédiatement. Il a saisi au vol l’actualité brûlante et filtré l’horreur à travers l’âme meurtrie de ses protagonistes. Nous voyons les évènements successifs attiser leur révolte, rythmer leur vie et leur amour. Car, malgré le décor sombre et tragique, le livre est un magnifique chant d’amour.



Les amants du croissant de lune.



Mohamed, d’abord. Adorable dès la première phrase. Maladroit et faussement sûr de lui, c’est un rêveur au cœur tendre, un poète discret mais doué et inspiré. On se demande d’emblée quelle est la part de HK dans ce tchatcheur au charme fou. Avec sa force et sa fragilité, ses espoirs et ses tourments, avec son âme lumineuse et ses idées noires qui le terrassent, il est humain, vrai, adorable. A l’ombre de la royale Elsa, il semble suivre son petit bonhomme de chemin entre « l’Epicerie des poètes » où il travaille, son jardin secret où il écrit et sa famille qui le couvre d’affection. Discret et modeste, il laisse son talent et son âme parler à sa place et on comprend vite que c’est lui qui est au dessus des rois.

Elsa est différente. Lointaine, « réservée et discrète », elle est insaisissable. On dirait un personnage rêvé, imaginé. Illuminée certainement par le regard de Mohamed. Femme modèle, on ne lui trouve presque aucun défaut. Elle fait toujours exactement ce qu’il faut faire, ses choix professionnels sont impeccables, ses engagements sans faille. En plus, avec la tête dans les étoiles, le regard tourné vers un horizon lointain et des virées à vélos au clair de lune, elle a tout pour être la muse du poète en herbe. Elle est parfaite. Fascinante et glaçante. Face à elle on se sent godiche. Ah, si au moins une fois elle craquait devant un dessert qui lui coûterait un mois de gym ! Si, au lieu de se torturer avec un film d’auteur interminable, elle visionnait « Quatre mariages et un enterrement » ! On voudrait lui trouver une faiblesse, une faille qui la rendrait plus proche, mois princesse Didon, plus tendre aussi. Malgré son amour pour Mohamed, elle ne se départ pas d’une certaine dureté. C’est elle qui décide de rompre et c’est elle qui décide de renouer. « Elle a été rude pour tous les deux et surtout elle a été radicale ». En effet. Quand au bout d’un an elle revient, Mohamed dépose les armes à ses pieds, comme à l’accoutumée. Et même s’il nous assure qu’Elsa en a fait de même en d’autres occasions, on a du mal à y croire. Et puis merde ! Elle est un peu exaspérante, la princesse ! S’il faut attendre un attentat sanglant, une épreuve extrême, pour se jeter définitivement dans les bras de l’être aimé, autant dire qu’on tient à passer à côté de son destin. S’il y a quelque chose dans ce monde qu’on n’a pas le droit de repousser c’est l’amour. On peut tout remettre à plus tard : son travail, son engagement, son dîner, mais pas l’amour ! Surtout l’amour partagé ! Il a mille fois raison, le narrateur, quand il s’impatiente : « Mais alors quand diable ces deux-là vont-ils s’aimer ? »



Quand on ne ressemble pas à Kevin Costner.



Il y a quelque chose d’extrêmement touchant chez Mohamed. Sa sensibilité, sa tendance à broyer du noir, sa franchise qui lui fait avouer ses complexes et ses faiblesses. Quoi de plus humain ! Ses doutes, on les comprend. Il a beau savoir qu’il est bien mieux qu’un Kevin Costner, le problème est ailleurs. En tant que Costner ou Eastwood il passerait inaperçu. En tant que Mohamed, on l’embête. Non seulement quand la situation se tend. Combien de fois, lorsqu’il prend un verre, il doit subir « des débats sans fin, pas toujours productifs ni forcement très apaisés ». Même Elsa, au lieu de boire tranquillement sa bière, « remet une pièce dans la machine ». Donc, Mohamed s’explique. Il explique à merveille sa foi très intériorisée : « J’ai hérité de cette religion, celle de mes parents, je l’ai faite mienne et je l’aime. Pour moi, personne sur Terre ne peut répondre avec certitude aux grandes interrogations du monde : de sa naissance, de la vie, de la mort, de l’âme, de l’avant, de l’après, de l’infini, de l’univers, de Dieu, du hasard… Certains croient en certaines choses, d’autres croient qu’il n’en est rien, et d’autres encore s’en foutent complètement ! Mais dans tous les cas, personne ne peut dire qu’il sait ». Justement. Alors pourquoi, de nos jours, ceux qui croient qu’il n’en est rien ne laissent pas tranquilles ceux qui croient en certaines choses ? Après tout, dans les deux cas il s’agit bien d’une croyance, ce que HK fait si bien ressortir ! Il dit aussi : « La tyrannie, quelle qu’elle soit, commence très exactement au moment où certains d’entre nous se persuadent qu’ils détiennent la vérité ». Le paragraphe qui suit, chacun devrait l’accrocher au dessus de son bureau ! Ad memoriam. A moins de s’en foutre (et tant pis pour ceux qui s’en foutent) toute croyance authentique entraîne une réflexion sur l’essentiel, sur les grandes questions du pourquoi et du comment du monde. Et j’imagine que c’est de cela que ces deux croyants, Mohamed et Elsa, ont si souvent parlé, lui, en parfait équilibre avec sa quête de spiritualité et sa vie active, elle, un peu perdue parmi les ersatz de spiritualité.



J’ai mal, Elsa.



Le livre de HK est magnifique. Comme tous ses textes, il est très dense, il faut le lire plusieurs fois pour explorer sa richesse. A chaque lecture on découvre quelque chose de nouveau, un bouton dissimulé dans le feuillage ; on appuie et une porte s’ouvre sur un des jardins secrets de HK.

Tout est beau dans ce livre mais deux choses sont inimitables. D’abord la langue. On voit à quel point HK maîtrise l’écriture. Il a créé une prose poétique, mélodieuse, soumise de bout en bout à un rythme souterrain, avec des rimes intérieures, des allitérations et toute une orchestration musicale. On scande sa prose comme une chanson. On sent que ce livre est écrit par un poète-musicien. Ses phrases sublimes sont très simples, HK ne tombe jamais dans le piège d’un langage maniéré, artificiel et compliqué. Il affectionne ce mélange de sérieux et d’humour qui lui permet de désamorcer le trop-plein d’émotions : son exposé sur les « mais » et sur la théorie du « et puis merde » est un régal!

La deuxième chose absolument bouleversante, c’est cette explosion d’amour et de souffrance à la fin du livre, quand les deux amants en osmose se parlent par l’intermédiaire des lettres. On se demande quand pour la dernière fois on a lu des pages pareilles. D’une telle beauté, d’une telle intensité. Héloïse, Cyrano, Maïakovski à Lili Brik ? La lettre écrite après l’attentat du Bardo, quand Mohamed, blessé au plus profond de lui-même, voit trois mille ans d’histoire insultés et vingt deux vies enlevées au nom d’Allah… Quand il se sent obligé de parler de sa religion, de ses parents, quand il se justifie presque, alors qu’il n’a pas à se justifier ce qu’il sait très bien… Lorsque, à la fin de cette lettre déchirante, il écrit ses mots simplissimes: « J’ai mal Elsa, Je pense à toi, Tu me manques, A bientôt », on reçoit comme un coup de poing dans la poitrine, on a le souffle coupé et on ferme le livre, parce qu’on ne peut plus continuer.

J’ai toujours dit qu’écouter ou lire HK est une joie avec une pointe de souffrance. Une pointe de souffrance, car la beauté, comme de la douleur, peut être supportée jusqu’à un certain point. Au-delà, elle est insoutenable. Pour moi HK est souvent à la limite du tenable. Mais parfois où il dépasse cette limite. C’est quand il laisse parler son cœur et son âme. Quand il laisse exploser ce qui brûle en lui son art atteint des sommets.

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MonCharivariLitteraire
23 août 2017
Le mouchoir de la duchesse - Voyage au coeur de l'artisanat d'art... de Berengere Desmettre
Ce livre est une belle promenade dans l'artisanat d'art. Bérengère Desmettre nous fait partager sa passion pour les objets. Il ne s'agit pas d'accumuler les achats mais d'avoir un très bel exemplaire, de qualité et faisant écho à sa personnalité. Il doit être pensé, choisi, aimé et unique. L'auteur nous emmène à la rencontre de luthiers, des dentelières d'Alençon, de fabricants d'éventail.





Ce livre est aussi personnel car elle parle de ses souvenirs, de ce que lui évoque ces divers objets tel que le secrétaire de sa maman. Elle est ambassadrice de l'élégance et la finesse.





Le livre est beau avec de belles illustrations (j'aime particulièrement la photo de couverture) mais son principal défaut est qu'elle passe d'un objet à l'autre sans véritable transition ou coupure. On sotte d'un domaine à l'autre sans vraiment savoir pourquoi. Il est agréable de la suivre mais j'aurais apprécié une meilleure organisation. En outre, il finit par y avoir une sensation de répétition. En outre, on ne sait pourquoi elle choisit un objet plutôt qu'un autre.

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jeepax
10 juillet 2017
Barclay, une histoire de haute fidélité de Thérèse Chasseguet
Présenté en grande partie sous forme d'entretiens, « Une histoire de haute fidélité (1945-1984) » de Thérèse Chasseguet tente de mettre en avant l'image du patron bienveillant et visionnaire de la légendaire maison de disques française Barclay, décédé en 2005, mais aussi son côté humain voire paternel, au travers de témoignages d'artistes, arrangeurs et techniciens qui ont travaillé pour le sémillant Édouard Ruault : le chanteur Michel Delpech (disparu l'année dernière), l'ingénieur du son Gerhard Lehner, le compositeur et arrangeur Jean-Michel Defaye et quelques autres, jusqu'à sa propre secrétaire, Denise Molvinger. Les aspects controversés du personnage et de son entreprise sont cependant largement occultés pour ne laisser transparaître que la face reluisante de la médaille. L'écriture de l'auteure elle-même (qui fut cheffe de projet artistique dans la maison de disques), chargée de superlatifs à l'égard de Barclay, est presque toute entière dédiée à cette opération de « réhabilitation ». Les entretiens sont d'ailleurs parfois assez orientés et on peut regretter cette marche forcée vers la glorification du label qui a vu passer Ferré, Brel, Aznavour et tant d'autres, ainsi que de son fondateur, au détriment d'une chronique plus nuancée. Il reste que cet ouvrage, somme toute assez court, présente des personnages plutôt attachants et illustre bien le côté « grande famille » des disques Barclay, même si certains jalons de l'histoire sont quasiment passés sous silence, comme la mort tragique de sa seconde épouse Nicole, qui joua un rôle déterminant dans l'entreprise, ou les frasques sentimentales de cette figure du monde de la musique. A vouloir à tout prix prendre le contre-pied des clichés communément véhiculés par les médias, Thérèse Chasseguet tombe dans le même travers que les tabloïds : donner une image monochrome d'Eddy Barclay, pas plus réaliste finalement que celle du jet-setteur aux multiples femmes.

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