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Critique de fanfanouche24


fanfanouche24
  10 juillet 2018
Je remercie abondamment l'ami, lecteur compulsif comme moi, qui, par ses derniers commentaires fort convaincants concernant ce récit autobiographique...
m'a donné l'envie immédiate de le découvrir !

Je reconnais, avec quelque honte, ne jamais avoir rien lu de cet écrivain...

On m'a offert, il y a quelques années "L'invention de la solitude", qui attend toujours patiemment , sur mes rayonnages, mon bon vouloir !

Cette fois, je me suis décidée à me commander en Babel, "Le Diable par la queue", dans lequel je me suis aussitôt plongée avec grand intérêt. Ce texte très personnel donne une idée très riche et précise de cet éminent écrivain, de son parcours, de ses convictions, de sa volonté très jeune de ne pas adhérer au moule social conformiste proposé par la société américaine, et par ricochet, ses parents...

Il nous raconte l'Amérique des années 50, l'Argent-Roi, la société consumiériste...Des valeurs matérialistes qui très tôt, ne lui convenaient pas ! Il rêvait d'autre chose...tout en ignorant précisément ce qu'il souhaitait obtenir, en dehors de ce besoin irrepressible d'écrire. Une attirance certaine vers l'anarchie, et les "sentiers...non battus " !!

"L'argent fut la ligne de faille, il était devenu l'unique et incoercible source de désaccord entre eux. (...)
Je n'ai jamais réussi à comprendre comment un sujet aussi peu important, toute proportion gardée, a pu causer entre eux tant de difficultés. Mais l'argent, bien entendu, n'est jamais seulement l'argent. C'est toujours autre chose, et c'est toujours quelque chose en plus, et ça a toujours le dernier mot. "(p. 14)


Des portraits, des rencontres [ dont celles avec l'écrivain, Jerzy Kosinski, le poète, Jacques Dupin, directeur des publications à la galerie Maeght ], ses goûts, sa passion pour le cinéma (à tel point qu'il a songé un moment faire l'IDHEC, et devenir réalisateur ],ses aventures à Paris , aux Etats-Unis, comme au Mexique, sans oublier ses embarquements sur des pétroliers, pour travailler et voir le monde !...

De petits boulots en petits boulots, il engrange images, souvenirs, personnages...Il a cependant incessamment affaire avec les mots, entre ses travaux de traduction ou de chroniqueur littéraire, et ses propres tentatives....

"Si je considère aujourd'hui cette époque, je trouve quasi impossible d'assimiler le nombre de livres que j'ai lus. Je les dévorais en quantités stupéfiantes, je consommais des pays, des continents entiers de livres, jamais je n'en avais assez. Auteurs dramatiques élisabéthains, philosophes présocratiques, romanciers russes, poètes surréalistes : je lisais comme si mon cerveau avait pris feu, comme si ma survie même était en jeu." (p. 41)

En lisant le parcours, les anecdotes de la jeunesse, les années de précarité de Paul Auster, j'ai l'impression de naviguer entre Panaït Istrati et Jack London !!!

Le même refus du profit, de la loi de l'argent, la défense des opprimés, des pauvres, des exclus du système...


Une lecture très tonique, très vivifiante, dans nos sociétés de plus en plus marchandes...et âpres, économiquement. Les deux grands axes de cette autobiographie : les mots, l'écriture, les livres...et les rapports complexes que l'auteur entretient avec l'argent...et la normalité sociale. La persistance à rester aux confins du système !!!


"Je n'ai jamais eu faim, je n'ai jamais eu froid, je ne me suis jamais senti en danger de rien perdre de ce que je possédais. La sécurité allait de soi et pourtant, en dépit de l'aisance et du bien-être qui régnaient chez nous, l'argent y était un sujet de conversations et de soucis incessants.
Mes parents avaient tous deux connu la Crise, et aucun des deux ne s'était complètement remis de ces temps difficiles. Ils avaient l'un et l'autre été marqués par l'expérience de la disette, et chacun en portait la blessure à sa manière. (" le Diable par la queue suivi de "Pourquoi écrire ?" , Babel, 1999.p. 13)

**** un petit opus très vivant et coloré... qui me sera sûrement précieux pour que j'aborde ses romans, avec une attention accrue, et un oeil plus averti !
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