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Critique de Francinemv


Francinemv
  25 novembre 2021
Est-il besoin de présenter Baru cet enfant du Pays-Haut ?
Multiprimé à Angoulême, (Alfred 1985 du meilleur premier album pour « Quéquette blues », Alph'Art du meilleur album en 1991 pour « Le chemin de l'Amérique » et en 1996 pour « L'autoroute du soleil » et enfin Grand prix 2010 pour l'ensemble de son oeuvre) Baru, adepte des portraits de groupe, a été le premier à raconter des histoires du point de vue de la classe ouvrière et de ce que l'on appelle les petites gens.

Bella Ciao, c'est dit-on son grand oeuvre.
« Quel prix doit payer un étranger pour cesser de l'être et devenir transparent ? »
Cette question est le fil conducteur de Bella Ciao. Et c'est à travers l'histoire de l'immigration italienne que l'auteur va tenter de répondre à cette question universelle toujours d'actualité. Aussi les 2 tomes déjà parus, s'ouvrent tous deux sur le prix du sang : la tuerie des Salines d'Aigues-Mortes en 1893 pour le tome 1 et le massacre de la Légion Garibaldi ces volontaires italiens combattant pour la France sur le front de l'Argonne en 1914 dans le tome 2, histoire de rappeler que si aujourd'hui on vante l'intégration des Italiens, il ne faut pas oublier pour autant la violence qui leur a été faite.

Petit rappel pour commencer
La trilogie Bella Ciao dont le tome 1 Uno est paru en octobre 2020 et le tome 2 Due vient de paraître est une saga familiale qui s'achève à la fin des années 70 lors du démantèlement des hauts fourneaux. Nous sommes dans les années 2000. Prenant pour point de départ son repas de communion dans les sixties et suivant le cours de ses souvenirs, le narrateur Teodorico Martini va reconstituer l'histoire de sa famille qui s'est trouvée confrontée aux évènements et conflits majeurs du XXème siècle. Pour cette fiction réaliste, Baru va utiliser une nouvelle forme de structure narrative qui ne sera ni linéaire ni chronologique puisqu'elle suivra la mémoire de Teo qui elle, évidemment ne l'est pas et mêlera fiction pure (en couleurs), réalité arrangée (lavis de gris) et réalité factuelle (constituée de documents authentiques, de croquis où l'auteur se met en scène et de textes pour prolonger son propos.

Dans Uno, le premier tome, le récit s'articulait autour de 3 thèmes : tout d'abord l'origine de la chanson Bella Ciao avec une réflexion sur la fiabilité de la mémoire.
Alors , Bella Ciao, chant des partisans italiens ou complainte des mondine, ces ouvrières saisonnières des rizières des plaines du Pô  ? Les deux, en réalité. Quant à savoir lequel est apparu le premier …
Second thème la naturalisation du nono et l'hommage rendu à son propre père et enfin troisième thème l'engagement politique avec en toile de fond le communisme et la lutte contre le fascisme par l'engagement dans les brigades internationales.
Avant de s'achever sur l'incontournable recette des cappelettes

Alors dans Due, nous voilà de retour au repas de communion où d'autres souvenirs vont refaire surface. On retrouve le même arc narratif, et passés les souvenirs du nono rescapé de la légion Garibaldi, retour à la communion avec quelque chose de plus joyeux : l'épisode de la taupe, réminiscence d'un gag de Reiser que Baru avait déjà utilisé dans la Communion du Minot dont il reproduit la page. Pas celle de Reiser les ayant droits ont sympathiquement refusé mais celle de la son propre album la communion du minot. Mais revenons au repas de communion. Quoi de mieux pour digérer que de guincher ? Alors on sort  l'accordéon, on va chercher le violon. Mais n'oublions pas que nous sommes dans les années 60. Alors quand la jeunesse s'en mêle, une galette des Chaussettes noires va atterrir sur le tourne disque. Alors évidemment , la génération des parents va riposter avec Mamma de Villa. Et tout ça se passe entre rires et larmes
Et puis, vous savez comment c'est, un mot de trop et vont remonter à la surface des souvenirs douloureux de la seconde guerre moniale où certains s'engagèrent aux côtés des fascistes italiens alors que d'autres rejoignaient la résistance entraînant trahison et drame qui n'ont pas épargné la famille Martini.
Tout comme ma chronique, la journée de communion touche à sa fin et le saint lundi pointe le bout de son nez tout comme la nostalgie dans l'évocation du désir de retour au pays dans Rittorno, le dernier chapitre.
Et si dans Astérix, tout ce termine par un festin à la belle étoile, dans Bella ciao, tout se termine par une recette et cette fois-ci, c'est le tiramisu

Comme Baru, je suis une « Italo-lorraine, une bâtarde fière de l'être », mais on a pas besoin de cela pour être profondément touché par Bella Ciao où s'entremêlent tragédies de l'histoire et comédie à l'italienne, de belles tranches de vie avec leur lot d'engueulades, de rigolades dans lesquelles on retrouve le trait, la drôlerie, la truculence des Années Spoutnik et de Quéquette blues. On rit, on pleure et on reprend une part de Tiramisu.
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