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Critique de Seraphita


Seraphita
  15 avril 2015
Quand leur vaisseau spatial s'est écrasé sur une planète obscure, les terriens à leur bord ont préféré regagner leurs pénates. Seuls deux n'ont pas voulu prendre le risque d'un retour : Tommy et Angela sont restés sur cette nouvelle Terre pour y fonder une famille. Cette planète devient leur Eden, un Eden sombre qu'aucune étoile ne vient éclairer. La chaleur et la lumière sont produites par la flore et l'activité géothermique des tréfonds. Bien des générations plus tard, la Famille s'est agrandie. Pour autant, elle se cantonne à un espace restreint et le manque de ressources devient chaque jour criant. Dans cette communauté qui ne vit que dans l'espérance d'un retour sur Terre, qui entretient farouchement le culte des deux fondateurs, un adolescent, John Lampionrouge, décide de la conduire sur la voie du progrès et du mouvement. Mais la promesse du changement avive bien des craintes et des tensions se font jour…

« Dark Eden » est un roman de science-fiction écrit par Chris Beckett en 2012. Comme le souligne la quatrième de couverture, il « a reçu le prestigieux prix Arthur C. Clarke en 2013 ».
Bien que déroutant de prime abord, « Dark Eden » est un roman envoûtant de bout en bout : il dépeint à la fois un envers de la Terre, une planète marquée par une nuit éternelle, une obscurité et un froid sans fin, et, dans le même temps, un reflet frappant de l'humanité terrestre, un écho des forces et faiblesses humaines qui vient parler à chacun.

Cette fable mêle avec brio une trame de science-fiction avec les mythologies des origines de l'humanité : derrière Tommy et Angela, les fondateurs d'Eden, Adam, Eve et le paradis perdu ne sont pas loin. D'ailleurs l'inventivité de l'écriture traduit bien ce mélange des genres : des néologismes fleurissent tout au long de l'intrigue, dépeignant les particularités de cet Eden ; des fleurs étoiles poussent çà et là, des rats volants zèbrent le ciel, des laineux munis de lampions sur la tête marchent sans hésiter dans l'obscurité totale de Noir Neige, des ondulalgues tapissent et illuminent les mares d'eau. Et puis, on retrouve des idées humaines un peu déformées au fil des ans par une langue qui rogne et coupe peu à peu dans la langue humaine d'origine : la communauté assiste régulièrement à des « Strordinaires » qui possèdent des « Ordujour ». On n'oublie pas de rendre hommage aux fondateurs dans des Universères… le temps est découpé et nommé de manière bien particulière. Les termes sont calqués sur la reproduction et le sommeil : on raisonne ici en termes de « ventrées », « règles », « veille », …
Cette écriture peu commune met en valeur les personnages et les descriptions. Les principaux protagonistes sont attachants, leurs états d'âme explorés par le menu grâce à des changements de point de vue narratif à chaque chapitre. Une grande poésie se dégage tout au long de l'intrigue, une forme de naïveté parfois, une tendresse et un humour le plus souvent. Certaines descriptions sont fascinantes et leur dimension itérative conduit à entrer sans peine dans le récit et suivre les pérégrinations des personnages en quête de changement : « On a longé le bord de leur clairière jusqu'à Clôture-de-Famille, on a enlevé les branches qui bouchaient l'ouverture et on s'est enfoncés dans la forêt. A partir de là, on n'allait plus croiser d'abris ou de feux de camp : rien que des arbres brillants. Hmmmmph, hmmmmph, hmmmmph, faisaient les arbres. Hmmmmmm, faisait la forêt » (p. 11.)

Au fil de la lecture, on saisit la force et les limites des mythes, du narratif, dans la quête de sens éperdue de la société édenienne. Alors, quand on lit les derniers mots, on peut s'exclamer, en empruntant le vocable d'Eden : cette intrigue était tout simplement « Strordinaire » !

Je tiens à remercier Babelio et son opération « Masse Critique » ainsi que les éditions Presses de la Cité grâce à qui j'ai pu faire ce très beau voyage.
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