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Critique de montmartin


montmartin
  10 octobre 2019
Ce roman magnifique, nous raconte l'histoire de Diego Rivera et Frida Kahlo qui ne pouvaient vivre l'un sans l'autre. Claire Berest nous fait vivre les amours tumultueuses de deux êtres passionnés. Elle nous peint avec précision de 1928 à 1954 cet univers d'artistes où toutes les occasions sont bonnes à faire la fête, où les classes en lutte se réconcilient le temps d'une cuite.

Chaque titre de chapitre est une nuance de bleu, de rouge, de jaune et de noir. Toute une vie qui s'étale sur une palette. Jusqu'au dernier chapitre émouvant intitulé gris cendre, comme les cendres de Frida.

Deux êtres que tout oppose, le physique d'abord, Diego est éléphantesque, il est laid Diego, d'une laideur gustative qui ouvre l'appétit. Frida toute frêle, avec ses seins et sa moustache, sa tête de terre cuite et ses sourcils épais, ses tenues extraordinaires, les gens pensent qu'elle s'est échappée d'un cirque, elle jure comme un charretier. Leur univers d'artistes sont aux antipodes, la peinture de Diego atteint de gigantisme, la peinture de Frida est souffrance et solitude. Mais on dit que les contraires s'attirent. Elle ne voit que lui, sans même à avoir à le regarder. Diego Rivera, à son contact les grains de beauté brillent. le peintre le plus connu du Mexique, elle une métisse qui a vingt ans de moins et une colonne brisée en sus.
« Quand tu es choisie par Diego, tu as l'impression de respirer plus haut que les autres. »

Diego la demande en mariage comme une blague. Elle est sa compagne, sa confidente, ses yeux, l'enfant de son âme. Diego ne dissimule pas ses aventures, toutes ces femmes qui sont comme des friandises dans sa poche. Frida aussi couche ailleurs, surtout avec des femmes.
« Frida est explicite : il n'y a rien de sale dans le sexe, Lucita, c'est le regard posé dessus qui est sale, parfois. »
Mais ce récit est surtout une vie souffrance.
« Elle gèle ses douleurs avec l'alcool pour donner à son corps l'illusion et l'élan d'être neuf. »

Le tramway qui entre littéralement dans le bus et la ferraille qui entre dans le corps de Frida. Frida, insatiable, téméraire, audacieuse qui ne jouait qu'aux jeux des garçons depuis l'enfance, à quinze ans elle avait des fourmillements dans les mains, dans la tête, des idées d'insurrection, des images d'extases à venir, un corps insolent. Aujourd'hui, elle est enfermée dans un corset. Frida la fille qui boite, Frida jambe-de-bois. Sa journée se résume aux besoins vitaux du nourrisson : manger, dormir, déféquer. Son dos, son cou, un pied, une jambe, son sexe. Tout a mal. On la sort une fois par jour, comme un petit animal. On la visite, telle une plante verte qu'on arrose. Elle se rêvait médecin, elle se rêvait valide aussi.
Une rechute brutale, retour à la case départ, position ligne droite, absence de mouvement. Son lit devenu sa maison, sa prison. Alors elle commande à son père, des pinceaux, des couleurs, un chevalet et de la toile. On installe un grand miroir au-dessus du lit, de sorte qu'elle puisse voir son corps figé et elle se met à peindre la réalité. Elle peint parce que c'est tout ce qui lui reste. Des autoportraits, des tableaux sombres, déroutants, torturés, mais sublimes.
À la suite de Diego et Frida, Claire Berest nous fait pénétrer dans le milieu artistique bouillonnant des États-Unis qui est une opportunité en or pour Diego. Les puissants Henry Ford et Rockefeller sont excités par l'insolence de Frida.

Diego veut rester aux États-Unis, Frida veut rentrer au Mexique. Les papiers du divorce, elle tourne à une bouteille de cognac par jour ou deux.
« - Je bois pour noyer ma peine, ma belle Lucita, mais cette garce apprend très vite à nager. »

Nous voici à Paris, Montmartre, André Breton et les surréalistes « un ramassis de bavards pédants qui dissertent dans le vide du matin au soir. » Frida sème sa légende et sa mauvaise réputation. Mais elle ne peut oublier Diego un homme qu'elle aime plus que sa peau
« — Tu sais pourquoi je pleure ? Parce que j'ai été victime de deux horribles accidents dans ma vie. Diego, le premier, c'est le tramway. L'autre c'est quand je t'ai rencontré. »

L'auteure analyse les tableaux de Frida, les décortique « elle peint juste ce qu'elle voit, une peinture de couleurs explosives, de fluides, elle aime le détail. »
Un roman d'une grande sensibilité, porté par une écriture sensuelle qui fait ressortir à merveille cette passion destructrice entre deux monstres sacrés où tout est excès, l'amour comme la souffrance. Un roman coloré comme sont les tableaux et les tenues de Frida, un hymne à la vie, à l'amour.

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