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Critique de EvlyneLeraut


EvlyneLeraut
  17 août 2021
« Il s'appelait, je crois, Daniel Veronese. Mais il ne portait pas ce nom-là quand je l'ai connu. »
« Histoire de Daniel V. est une oasis en plein désert. Incontournable, tremblant de beauté, unique et pur. C'est la voix douce du narrateur qui semble rassembler l'épars d'une identité foudroyée en plein vol en l'occurrence celle de Daniel V. Algérie 1962, la guerre et ses affres, les horreurs, les déchirures, les faux-frères et les trahisons. Pas de parti-pris ni de batailles rangées. Ici, c'est la communion des fraternités, ce qui résiste sous les sanglots silencieux.
« Daniel V. parle. Il parle, d'abord, du vieux Sanchez, de la main du vieux Sanchez dans sa main, de cette main terreuse aux ongles cassées. Des tombes qu'il fallait bien continuer à entretenir, parce que cela seul avait un sens, dans la folie de tout le reste, dans la folie des hommes et des évènements. »
La main de Daniel V. est prodigieuse. Dans celle d'un vieil homme, arabe, la terre entière ployée entre eux. Les pays sans frontières entrelac et concorde à ciel ouvert. Faut-il le silence sous l'insondable, sur la misère humaine, fleurs fauchées en plein champ, le drame des guerres pour une terre, un bout de mur ? Se croire l'autre et envahir jusqu'à ses pensées. le tabou est tarentule. « Histoire de Daniel V. » de cet homme énigmatique, maître de ses silences est bouleversante. Nous sommes en plongée dans l'éternité du poème de Vian « le déserteur » même si ce n'est pas le même cheminement, le symbole est gémellaire. Daniel V. est comme un paysage, une lumière tamisée, la foi visible, l'exemplarité et la rectitude. Quarante ans passés, la mémoire gorgée de pluie, l'évènementiel prend l'eau. Mais Daniel V. est immanence. Les souvenirs sont les larmes d'une guerre ambiguë, floutée de méprise. On imagine les oliviers, les poussières sauvages et rebelles qui s'élèvent dans les chemins où tant sont morts. On perçoit l'ombre de Daniel V. engagé volontaire, l'homme au nom perdu, dont le propre père « réfugié italien, un réfugié politique a fui le fascisme dans les années trente ». La clef est ici. Qui du narrateur ou de Pierre Brunet parlent ici-bas ? Les mémoires siamoises sont des écorchures sur le temps qui passe et qui n'oublie rien. Ce livre est bouleversant, une révérence à l'homme : Daniel V. qui n'a jamais mis un genou à terre. Un hommage posthume à la gloire de l'intégrité. Lisez ce flambeau, ce phénomène éditorial. Publié par les majeures Éditions Signes et Balises.
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