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Critique de Presence


Ce tome comprend une histoire complète indépendante de toute autre. Il contient les 4 épisodes de la minisérie, initialement parus en 2015, écrits par Mike Carey, dessinés et encrés par Mike Perkins, avec en mise en couleurs réalisée par Andy Troy.

La première séquence montre une jeune femme essayant d'échapper à un poursuivant invisible dans une maison à étage, avec un grand terrain. Elle saute par la fenêtre et va se réfugier dans l'abri de jardin où elle y est rattrapée par ce qui ressemble à un mort vivant. le récit revient 6 mois plutôt et reprend une narration chronologique. Katie Shackley est une jeune femme qui n'a jamais quitté les États-Unis et qui est restée proche de ses parents dont elle n'habite pas très loin. Elle a décidé d'aller séjourner en Angleterre. Elle met son appartement en ligne sur un site d'échange, et a la surprise qu'il soit repéré et demandé rapidement, contre un séjour dans une grande demeure à Stratford, appelée Rowans Rise. Quelques jours plus tard, elle explore Rowans Rise, pendant qu'Emily Coles séjourne dans son petit appartement. Katie respecte la demande d'Emily de ne pas pénétrer dans sa chambre.

Un ou deux jours plus tard, il se produit une panne de courant. En remontant de rétablir l'électricité dans la cave, Katie trouve la porte de la chambre ouverte et va y jeter un coup d'oeil. le soir elle se rend dans un pub, et se fait importuner par un gars du coin. Elle est tirée de ce mauvais pas par l'agent James Hallam qu'elle revoie par la suite, en dehors de son uniforme. Elle lui montre l'aménagement particulier de la chambre d'Emily. Un soir, elle croit voir un intrus derrière elle, dans la salle de bain et elle appelle la police. L'agent Hallam se déplace avec sa cheffe pour prendre sa déposition et inspecter les alentours.

Mike Carey a écrit deux des séries longues publiées par Vertigo, parmi les plus mémorables : Lucifer, et Unwritten (avec Peter Gross). Il a également écrit la série Hellblazer du numéro 175 au numéro 215. le lecteur éprouve forcément un minimum de curiosité pour ses histoires. Mike Perkins travaille régulièrement pour Marvel (par exemple sur la série Captain America écrite par Ed Brubaker, ou sur la série Carnage écrite par Gerry Conway), après avoir débuté dans l'hebdomadaire anglais 2000 AD. Dès l'ouverture, le lecteur comprend qu'il s'agit d'une histoire qui s'inscrit dans le registre de l'horreur, avec à la base une maison hantée. Effectivement, il retrouve plusieurs conventions propres à ce genre. Ça commence avec les batteries du téléphone portable de Katie Shackley qui se déchargent inopinément. Ça continue avec les plombs qui sautent, et le premier spectre fait son apparition dès le premier épisode. L'auteur a même fait le choix de montrer une apparition ou un mort vivant dans la séquence d'ouverture pour être sûr d'accrocher tout de suite l'attention du lecteur. En procédant ainsi, il désamorce une partie du suspense quant à la véritable nature du récit et à l'existence d'une forme de vie dans l'au-delà. Pour insister encore un peu, Katie Shackley semble posséder une forme de sensibilité particulière aux esprits encore présents, après que l'individu soit décédé.

Pourtant malgré cet affichage dès le début, le lecteur ne sait pas trop quelle tournure va prendre le récit. Mike Carey prend le temps de montrer sa protagoniste découvrir la maison de Rowans Rise, se promener dans les environs, se lier d'amitié avec James Hallam. Il la voit prendre conscience qu'il y a quelque chose de pourri à Rowans Rise, et tenter d'en apprendre plus. En fait, les auteurs ne misent pas l'intérêt du récit dans les apparitions de créatures surnaturelles ou d'esprits fantômes. Il apparaît rapidement que la narration s'attache surtout à montrer comment Katie Shackley retrouve une par une les pièces du puzzle, et les assemble. le lecteur la voit donc se rendre à la bibliothèque qui en est restée aux microfiches, parler avec quelques-uns des habitants pour recueillir des avis en direct, se rendre à l'hôpital pour rencontrer la soeur d'Emily Coles. Il devient vite visible que Mike Carey s'amuse bien à glisser quelques spécificités anglaises pour fournir une touche d'exotisme au lecteur américain. Il y a bien sûr l'étrange arbre des lamentations dans le jardin, le pub, le magasin qui vend de tout, la représentation de la pièce Hamlet, l'adresse mail d'Emily Coles qui évoque la chanson Emily Play de Pink Floyd (écrite par Syd Barrett), ou encore l'uniforme tellement reconnaissable de la police avec le casque bombé, sans oublier un petit tour en barque sur le fleuve.

Sur ce plan touristique, Mike Perkins joue le jeu. Il réalise des dessins descriptifs avec un bon niveau de détails. le lecteur peut donc lui aussi profiter des aspects touristiques de la narration visuelle. La demeure Rowans Ruin doit compter une bonne dizaine de pièces, et sa façade présente une architecture anglaise qui évoque effectivement les maisons de campagne. L'aménagement intérieur est moderne, fonctionnel et agréable. le pub est assez grand, avec un bon taux de fréquentation, et des poutres apparentes au plafond. le lecteur peut apprécier les ferrures du siège sur le canot. Il détaille également les façades de Stratford, en particulier celles avec des poutres apparentes, et l'aménagement de la bibliothèque. le dessinateur prend le temps pour donner une apparence consistante à ces éléments afin que le lecteur puisse se projeter dans ces lieux. Andy Troy réalise une mise en couleurs naturaliste, ajoutant les ombres quand les sources lumineuses le nécessitent. Il prend soin d'utiliser des teintes un peu plus vives le jour, et un peu plus sombres la nuit. Cette région de l'Angleterre apparaît très verdoyante, plutôt sous le beau temps (une scène de pluie quand même), agréable pour un séjour touristique.

Mike Perkins prend également soin de détailler les aménagements intérieurs, ainsi que les différents accessoires. Les personnages sont dotés de tenues vestimentaires normales, pas exclusivement utilitaires, mais sans affèterie. Les uniformes (police, infirmière) sont représentés avec exactitude. Katie Shackley est souvent en jean et teeshirt, dans des tenues décontractées, sans être révélatrices. le dessinateur représente des individus adultes, se comportant normalement, sans langage corporel exagéré, sans qu'ils ne posent pour des attitudes destinées à les mettre en avant. Enfin ils ont des morphologies normales, et différenciées. le corps de Katie Shackley n'est pas idéalisé, ni gonflé pour paraître plus sexy. Mike Perkins sait jouer de l'épaisseur des traits de contour pour effectuer des réglages sur le niveau de détails, afin que ses dessins n'apparaissent pas surchargés et restent facilement lisibles. le lecteur prend donc plaisir à se tenir à proximité de Katie Shackley pour voir ses faits et gestes, et l'accompagner alors qu'elle progresse dans son enquête.

Le dessinateur anime les personnages avec des expressions des visages mesurées, et des gestes d'adultes. le lecteur apprécie de voir des personnages sourire, ou faire une grimace de temps en temps, attestant de leurs émotions, des fluctuations de leur joie de vivre. Perkins doit également intégrer les éléments surnaturels de l'intrigue. Autant les personnages vivants font montre d'un naturel convainquant, autant les spectres semblent plus artificiels. Ils n'apparaissent qu'à de rares reprises, et pour peu de temps. Andy Troy leur applique une couleur verdâtre pour que le lecteur différencie au premier coup d'oeil, les morts des vivants. L'artiste les représente dans des postures exagérées, comme pour un mauvais acteur en train de sur-jouer son rôle de mort vivant. le lecteur peut comprendre qu'il s'agit des conséquences d'une forme d'hébétude qui accompagne cet état transitoire entre la vie et la mort, mais le résultat est artificiel, et prête plus à sourire qu'à frissonner.

Puis vient le temps de conclure le récit, de tout révéler, et de l'affrontement physique. L'épisode 4 est tout entier consacré aux révélations pendant une bagarre acharnée. le lecteur est un peu pris par surprise que le récit bascule ainsi dans l'action. Mike Perkins continue à se montrer convaincant, mais il succombe à la tentation de dramatiser chaque mouvement, avec un angle de prise de vue en diagonale, tranchant fortement avec le rythme plus posé des 3 épisodes précédents. Mike Carey a imaginé une motivation originale pour le tueur, mais il mélange ça avec l'intervention physique des spectres, ce qui ramène le récit dans un registre plus basique de surnaturel. Enfin, certains événements majeurs (quelques morts) se déroulent hors champ de la caméra, n'étant indiqué que dans les dialogues, ce qui leur ôte une partie de leur impact émotionnel. du coup le lecteur éprouve la sensation que le récit quitte le terrain d'une enquête plausible, pour rejoindre le terrain d'un récit plus convenu, avec des interventions surnaturelles moins crédibles et plus insipides.

Le lecteur se réjouit à l'idée de lire une nouvelle histoire consistante et sensible de Mike Carey, bénéficiant de planches d'un bon niveau. Il accompagne Katie Shackley de bonne grâce, pour une enquête réaliste dans la campagne anglaise, en profitant de l'évocation visuelle, précise sans être obsessionnelle de cette région de l'Angleterre. Il déchante un peu en découvrant le dénouement occupant le dernier épisode, qui tire l'ensemble vers le bas et le banal.
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