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Critique de Bernacho


Bernacho
  10 juillet 2016
La tragédie antique, ce ne serait pas un peu comme Superman ? Répéter encore et toujours la même histoire ? Plusieurs reboots au cinéma, une foule de séries animées, des séries filmées, des séries live, et bien sûr les comics. Dans la tragédie grecque aussi, il y a deux grandes familles de personnages : les Atrides (DC Comics) et les Labdacides (Marvel). Dans la tragédie grecque, on sait qui va mourir, quand, où, et de la main de qui. Avec les super-héros, c'est bien pire on sait qu'ils ne vont pas mourir (si seulement un scénariste miséricordieux pouvait nous faire disparaître les quatre fantastiques...)

Je me demande bien jusqu'où pousser l'analogie. Pour éviter un ennui profond, les majors semblent avoir choisi de réunir tous leurs personnages en sociétés, et jouer sur l'interaction entre eux. Les tragédiens antiques devaient recourir à d'autres procédés. Peut-on envisager que la dramaturgie se soit développée pour contrer l'ennui du spectateur sur des histoires sans surprise ? Il faudrait en souffler un mot à Hollywood.

Pour le vérifier, nous avons un témoin : Electre. Les trois grands tragédiens du siècle de Périclès : Eschyle, Sophocle et Euripide, ont en effet abordé tous les trois ce sujet dans leurs pièces. Ce n'est pas le seul sujet, mais le temps ayant sacrifié la plus grande partie de leur oeuvre, c'est le seul dans ce qui nous en reste.

Lisons donc les trois tragédies, dans l'ordre : l'Electre d'Euripide après l'Electre de Sophocle, mais d'abord les Choéphores d'Eschyle.

L'histoire d'Electre était sensée être connue des spectateurs. Si vous la connaissez, vous pouvez zapper le texte masqué.



Avoir recours à une histoire connue permettait aux tragédiens de gagner du temps. Les pièces était représentées pendant une heure environ. Mais on en donnait quatre à la suite (trois, plus une tragédie satyrique), qui pouvaient être liées thématiquement, comme ici les Euménides (que je n'ai pas lu) suivant les Choéphores.

Les choéphores, ce sont les porteuses de libation qu'on faisait sur le tombeau d'un mort - ici celui Agamemnon -, un rituel religieux.

Eschyle ne s'embarrasse pas de fioriture morale, ni de grand épanchement émotionnel, ne s'écarte pas du mythe, va droit au but. Entre l'oracle qu'il n'est pas question de défier, sa soeur remontée à bloc, le choeur des choéphores elles-mêmes qui sont à fond pour la vengeance, et le rêve prémonitoire sans ambiguité de Clytemnestre, Oreste suit la voix tracée sans que l'on se pose trop de question, et subit son châtiment sans broncher. Ce sont les dieux, même s'ils ne sont pas incarnés dans cette pièce, qui pilotent tout ça. Les personnages suivent leur destin. C'est expédié rondement.

Des trois versions, la pièce d'Eschyle est peut-être la plus pure, suivant le modèle classique de la tragédie, mais me semble aussi la moins intéressante.

Comment Sophocle et Euripide traitent-ils le sujet ? le suspens est insoutenable. Restez sur radio Bernacho pour connaître la suite après une page de réclame !
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