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Critique de petitsoleil


petitsoleil
  29 janvier 2013
un livre fort intéressant ! tout d'abord le titre, bien trouvé, avec son "as if" management, qui reprend la tendance actuelle aux anglicismes pour tout et partout ... et puis une couverture sobre mais le titre et sa mention du mal-être au travail, donc un livre qui m'avait "fait de l'oeil" depuis un moment chez Mollat

je ne sais pas si le livre est amplement distribué en France, il l'est en tout cas chez Mollat (la plus grande librairie indépendante de France, pour ceux qui par hasard ne connaîtraient pas encore ce monument de la culture bordelaise)
ca me parait normal, l'auteur étant, entre autres, enseignant à l'université de Bordeaux ! le livre est sorti par une petite maison d'édition, le Bord de l'Eau

dans ce livre, l'auteur, Michel Feynie, se définit à plusieurs reprises comme anthropologue "indigène", car il a été, entre autres, salarié et fonctionnaire pendant des années chez "LP", époque révolue aujourd'hui
"LP" étant l'entreprise qu'il analyse le plus, mais il décortique aussi la rhétorique managériale et institutionnelle d'autres entreprises

un ouvrage clair, sensé, intelligent, dont la lecture n'est pas fastidieuse contrairement à d'autres ouvrages traitant du monde du travail aujourd'hui

j'émettrai seulement deux bémols
- un peu trop de notes de bas de page, qui nuisent parfois à la lisibilité
peut-être que certaines notes et remarques auraient dû être rejetées en fin d'ouvrage (les références à d'autres livres, par exemple, qui sont de toute facon détaillées dans la bibliographie à la fin), et peut-être que d'autres auraient pu être regroupées avec les annexes ...
sûrement aussi, pour certaines précisions, cela aurait pu trouver sa place directement dans le corps du texte, car elles sont intéressantes ! et éclairent la compréhension du reste
est-on vraiment obligé de multiplier les notes de bas de page pour être crédible et pris au sérieux ? pas sûr ...

- trop souvent, l'auteur utilise le verbe "proposer" là où on sent clairement que la hiérarchie, le top management, etc, veulent IMPOSER ... nuance

ayant émis ces 2 petites réserves, mon avis plus général sur le livre
une structure bien pensée et un propos intéressant, non pas sur le mal-être au travail mais sur ses CAUSES, récurrentes et finalement communes à de nombreux secteurs, aux entreprises publiques, privées, en cours de privatisation ... l'auteur met en lumière ce qui reste normalement dans l'ombre, les coulisses, les "petites phrases" (comme en politique) mais ne s'arrête pas là ...

j'approuve sa position sur le sujet, aimer le travail en général, aimer son travail en particulier, ne dispense surtout pas d'une vision critique et lucide sur l'évolution générale du monde du travail, l'évolution de ses collègues, des méthodes de management et de contrôle qui s'imposent de plus en plus ...

j'apprécie aussi l'humilité de l'auteur, qui rappelle qu'il n'est pas linguiste (lors de l'analyse de la rhétorique managériale, par exemple) et qui rappelle surtout, à plusieurs reprises, que son ouvrage n'est qu'un POINT DE VUE sur le sujet
on sent une humilité et une sincérité dans ces propos
d'ailleurs, il ne se pose surtout pas en expert, et montre une distance très critique avec les cabinets de consultants et d'autres intervenants qui gravitent dans le monde de l'entreprise aujourd'hui

dans la première partie, l'auteur analyse le "as if" management dans les communications institutionnelles, les journaux internes, les grand-messes
chez "LP" et dans d'autres entreprises par la suite

dans la deuxième partie, le "as if" management est plus analysé dans ses pratiques quotidiennes : grandes déclarations suivies de consignes contradictoires, très contraignantes, souvent irréalisables et irréalistes, dénuées de bon sens, de vrai fondement (si ce n'est que consignes et méthodes ont été préconisées par un cabinet de consultants)
la révolte des différents corps de métiers soumis à ces injonctions étouffantes est croissante, mais se fait parfois en sourdine ... quand elle éclate, le management fait "comme si" tout se passait bien ... "as if" !
l'auteur a pu, chez "LP", côtoyer des managers, des commerciaux, des personnes "en mobilité", des personnes qui ont choisi des mesures de pré-retraite (qu'on nommera officiellement "mesures d'âge" et autres artifices, pour ne pas trop avoir l'air de contredire les consignes gouvernementales sur l'emploi des seniors)

enfin, dans la troisième partie, l'auteur évoque les INEVITABLES conséquences d'un ... management inconséquent ...
du "as if" management, qui sévit depuis de nombreuses années déjà
un inévitable mal-être de nombreux employés, cadres, managers ...
les stratégies de contournement, ou parfois de fuite, des salariés
et les stratégies élaborées par les managers pour assouplir un peu le système, trop rigide, et pour faire mieux accepter ce type de management

parmi les stratégies : utilisation des RTT, espoir de quitter l'entreprise, implication forte dans la vie personnelle, etc, les réponses des salariés sont très variées, mais je rejoins l'auteur sur le fait que la précarisation généralisée, les privatisations, l'individualisme, la crainte du chômage et du déclassement ont beaucoup limité les stratégies COLLECTIVES de révolte et de changement

ah si une petite critique encore, bien que j'aie beaucoup apprécié ce livre globalement : dans l'analyse des raisons qui font que les salariés supportent parfois ce type de management
je ne pense pas, fondamentalement, que les raisons évoquées suffisent
l'auteur évoque :
1) la soif de pouvoir présente en chacun de nous, le narcissisme
raison bien réelle certes, mais qui ne concerne pas tout le monde ...
2) le fait que les chefs et managers s'entourent toujours de courtisans, eh oui, on n'a rien inventé depuis le Roi-Soleil (ah si, des sigles, des normes, des méthodes de management bizarres, et les logiciels de reporting ... comment aurais-je pu l'oublier)
3) le fait que parfois, les managers prennent un peu en compte le mal-être des salariés

je pense tout de même qu'au-delà de ces 3 raisons, il y a une majorité de gens qui aiment le travail en général, leur travail en particulier, et qui ont le bon sens de garder leur savoir-faire, et de garder "le goût du travail bien fait", pour d'autres cela peut être le "sens du service" et un côté relationnel développé
(raison, il me semble, plus souvent évoquée dans l'ouvrage de Bernard Maris "Anti-manuel d'économie")

enfin dans un contexte de crise économique prolongée, la volonté de travailler le plus souvent et le plus longtemps possible, peut nous faire accepter des choses qu'on trouverait inacceptables dans un contexte de prospérité économique ... restons toutefois vigilants et critiques

le regard porté sur les mutations subies lors de la dernière décennie par "LP" est très pertinent aussi, on aurait sans doute pu écrire des choses similaires sur d'autres entités, par exemple "FT" ... les privatisations se font souvent dans la douleur et par la force en France, le dialogue social est très pauvre, cela reste à méditer !

un ouvrage que je vous conseille vivement
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