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Critique de Eric76


Eric76
  05 mai 2019
Mon Dieu ! Que de chiffres, de pourcentages, d'abscisses et d'ordonnées, de graphiques colorés, de courbes, de points d'intersection… Toute une population de gaulois réfractaires mise en coupe réglée. Prodigieux travail même si parfois le tournis m'a pris. Jérôme Fourquet nous montre avec beaucoup d'acuité comment notre nation une et indivisible s'est transformée en quelques décennies en une nation multiple et divisée. le référentiel commun qui nous soudait et existait encore du temps de mon enfance, celui d'une France conservatrice et catho d'un côté et d'une France rouge de l'autre, s'est effondré face aux coups de boutoirs de l'évolution des moeurs, de l'individualisme, de l'immigration massive et de la mondialisation. En 2019, la société française est devenue totalement hétérogène. Elle est désormais constituée d'un archipel d'îles plus ou moins grandes, certaines conquérantes, d'autres en voie de disparition, s'ignorant « les unes des autres »
« Halalisation » des quartiers de banlieue victime de ségrégation ethnoculturelle, paupérisation de certains territoires, regroupement des élites dans les grands centres urbains, chacun vit sur son île, pratiquant l'entre-soi et le grégarisme.
L'élection présidentielle de 2017, où les clivages gauche/droite ont été balayés, est la première traduction politique d'ampleur de ces bouleversements. Nous avons en effet assisté à la confrontation brutale entre deux Frances, deux îles, qui ne se voient plus et se comprennent encore moins. Nous avons la France (ou l'île…) des « gagnants/ouverts » composée de l'élite, de cadres +++, adaptés à la mondialisation, favorables à l'Europe et à l'ouverture des frontières. Ils ont envahi les grands centres urbains, et leur mode de vie comme leur idéologie les éloignent du reste de la nation. Puis nous avons la France (ou l'île) des « perdants/fermés », celle des déclassés, des humiliés de la mondialisation qui vivotent dans des déserts culturels, administratifs et économiques. Ceux-là ne sont guère européens et voient dans le rétablissement des frontières une forme de protection. le mouvement des gilets jaunes, mouvement intrinsèquement violent, d'un nihilisme tapageur, un jour récupéré par l'extrême droite, un autre par l'extrême gauche, est la simple prolongation de cette confrontation et la preuve par A plus B que les élites sont déconnectées de leur réalité.
Aujourd'hui, les partis politiques, de la LFI, le RN à LAREM, par intérêt, par calcul, par paresse idéologique aussi, se positionnent en fonction de ces deux Frances. Même si j'ai fait mon choix, je n'en suis pas satisfait pour autant. C'est que je l'aime, mon pays ! et ça me fait mal au coeur de le voir se déchirer, se haïr, se fragmenter, se disloquer, se dissoudre, tomber en quenouille. Les conclusions de Jérôme Fourquet son hâtives et guère optimistes. Eh bien, moi, ne vous en déplaise, je veux encore rêver d'une grande et ambitieuse destinée commune.
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