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Critique de Alfaric


Alfaric
  11 juin 2017
Dans la 1ère partie du double diptyque du cycle "Rigante" les héros celtes finissaient par l'emporter sur les légions romaines, mais 800 ans plus tard plus les choses changent et plus elles restent les même puisque impérialisme, colonialisme, acculturation et déculturation forcées font leur retour dans les Highlands avec la domination des Varlishes qui ont été jusqu'à s'approprier la légende de Connavar et Bane (de la même manière qu'IRL les descendants des Angles et des Saxons ont récupéré la légende d'un certain Dux Bellorum brittonique). Nous sommes donc toujours dans un univers parallèle pas très différent du notre, par bien des aspects dans une uchronie car on reconnaît immédiatement les Îles britanniques du XVIIe siècle divisées entre Anglais, Gallois, Écossais et Irlandais mais aussi entre Cavaliers partisans du Roi et Têtes-Rondes partisans du Parlement…


Si le tome 3 était la quête initiatique de Kael Ring qui nous permettait d'embrasser le fabuleux destin de Jaim Grymauch qui de sa propre volonté intégra le Panthéon des Highlands, le tome 4 est la quête initiatique de Gaise Macon qui nous permet d'embrasser le fabuleux destin du Moïdart qui de sa propre volonté accepte son nom d'âme de Faucon du Saule avant de SPOILER. Comment le tyran haï et redouté de tous dans le tome précédent finit aimé et respecté de tous, au point de SPOILER ? Accrochez vos ceintures : c'est parti pour le décollage !

Après Connavar, Bane et Kael Ring le récit de Maise Gaicon est une fois de plus celui du Héros aux mille et un visages connu de tous ceux qui appartiennent à l'humanité et méprisé par ceux qui appartiennent aux petits cercles intello prout prout résolument décidés à faire culturellement la pluie et le beau temps…
Si David Gemmell ado mal dans sa peau s'était trouvé un mentor en la personne de Bill Woodford héros de la WWII, Gaise Macon ado mal dans sa peau s'est lui trouvé un mentor en la personne de Mulgrave le maître d'armes humaniste qui au bout du bout l'accompagnera jusqu'au coeur des ténèbres… C'est juste dommage que l'événement déclencheur qui fait bifurquer le héros du Côté Obscur soit exactement celui des tomes précédents (Gaise Macon est un ado mal dans sa peau qui finit par trouver l'amour et une âme soeur avant que celle-ci lui soit brutalement enlevée lors d'un événement autant tragique que sanglant), car en parallèle on voit un jeune homme devenir un vieux soldat qui au fil des massacres se radicalise au point de se persuader qu'on ne peut combattre le mal que par le mal… Et après plusieurs années de séparation les retrouvailles entre Gaise Macon et le Moïdart valent leur pesant de cacahuètes : le fils, qui n'est pas sûr d'être le fils de son père, découvre un père qui a considérablement changé, pour le mieux, et le père, qui n'est pas sûr d'être le père de son fils, découvre un fils qui a considérablement changé, pour le pire… C'est vertigineux, et la vérité finale ne nous sera astucieusement jamais vraiment révélée…

Depuis le prologue nous suivons les machinations d'un gros crevard qui fait durer la guerre, la désolation et le malheur juste pour en discréditer tous les acteurs et être celui qui proposera la fin du chaos et qui remportera le gros lot. Si j'ai tout de suite identifié ce gros con d'Oliver Cromwell et derrière ses Rédempteurs fanatiques les Puritains intégristes, on peut aussi penser à tous ces gros cons qui misent sur la théorie du choc pour renforcer leurs pouvoirs (suivez mon regard du côté de tous ceux qui poussent des cris d'orfraie à chaque attentat pour renforcer des lois de sécurité qui servent essentiellement à fliquer les honnêtes citoyens mais pas les criminels en puissance : remember l'Inquisition !).
Nous sommes dans les guerres civiles anglaises (et les Anglo-saxons qui vilipendent la Révolution Française ont tendance à oublier leur propre histoire : si Robespierre avec son massacre de la Vendée est un proto Staline, que dire d'Oliver Cromwell et de son génocide de l'Irlande ?), et au final la part belle est faite au POV de Gaise Macon surnommé le Fantôme Gris au sein de l'armée royale en guerre contre les conventionnistes commandés par le héros Luden Macks, vous n'avez rien compris au roman et c'est bien dommage)… Tout y est : canons, piquiers, lanciers et mousquetaires ! C'est même regrettable que David Gemmell n'épouse pas plus franchement les grands classiques de la littérature militaire car il est particulièrement efficace en ce domaine (jusqu'à pousser le vice à reprendre de fort jolie manière dans le grand final le baroud d'honneur des blessés de la Bataille de Rorke's Drift ^^) : attaques, contre-attaques, bombardements préventifs et canonnades de la dernière change, charges de cavalerie sabres au clair, carrés de piquiers qui serrent des fesses, salves de mousquets et duels de snipers, mais aussi diplomatie, infirmerie, logistique, profiteurs de guerres et criminels de guerre ! (la littérature historique anglo-saxonne est riche, très riche, beaucoup plus riche que la littérature historique française qui se complaît dans sa médiocrité depuis des années et des années)

Seule la victoire est belle, donc la fin justifie-t-elle les moyens ? La dimension morale est centrale et hante tous les protagonistes du drame, a fortiori quand plus personne ne sait en quoi il croit et pour quoi il se bat, les vieux carriéristes envoyant au casse-pipe donc à la mort les jeunes idéalistes… La bonne société royaliste qui se gargarise de ses valeurs morales qui les distingueraient de la vulgaire plèbe forcément dénuée de valeurs morales profite d'un armistice pour attaquer les républicains et assassiner leurs leaders… Comment dire ? Allez-vous faire foutre vous et tous vos représentants actuels !!!
Parmi l'immense comédie humaine mise en scène par l'auteur qui rassemblent anciens personnages et nouveaux personnages (blablabla j'aime pas la fantasy car c'est trop compliqué avec tous ces personnages… blablabla je préfère les drames conjugaux dans un 2 pièces-cuisine parisien c'est plus sérieux et plus stylé… Soupirs…), on retrouve certes les tribulations de Kael Ring dans les Highlands, les intrigues de Moïdart dans le Nord, les complots de Winterbourne dans le Sud et les exploits militaires de Gaise Macon, mais aussi l'amitié entre un apothicaire qui aime son prochain et un peintre qui déteste son prochain, le Pinance ordure aristocratique qui retrouve la lumière en lui trop tard pour être sauvé, les frères Cochland qui en dépit de leur choix de vie embrasse la lumière plutôt que les ténèbres, Hunsekker le misanthrope exécuteur des basses oeuvres qui découvre les joies de l'héroïsme (et de l'amour partagé comme dans un bon vieux récit de cape et épée, le second degré en plus ^^), l'idéaliste Caretha la voyante et l'opportuniste Aran Powdermill le psionique, le roturier qui monte en grade parce qu'il est prêt à tout et au reste pour monter en garde opposé au roturier qui monte en grade parce qu'il n'est que force et honneur, Rayster l'homme de nulle part qui prouve par l'exemple qu'un homme se définit par ses actes et non par ses origines, les compagnons d'armes Taybard Jaekel, Kammel Bard, Banny Achlain et Jackon Gallowglass, dont l'un d'entre eux est tellement dégoûté par les horreurs de la guerre qu'il finit par préférer être tué que de tuer à nouveau (ah ça, on est loin d'un GRR Martin qui explique qu'il faut raconter une histoire par tous ses points de vue mais qui raconte ses histoires fantasy uniquement avec des personnages issus de la caste aristocratique)… Et cerise sur le gâteau / cherry on the cake, le Moïdart qui nommé gouverneur du Nord a toujours été dans la peau du méchant gouvernant d'une main de fer dans un gant de fer, et qui se retrouve par le caprice des événements dans la peau du gentil dernier espoir du monde libre : il reste fondamentalement lui-même, c'est-à-dire un animal politique prêt à tout et au reste pour atteindre ses objectifs, mais peu habitué à une telle situation c'est pour lui comme une révélation sur le chemin de Damas… Rigantes et Varlishes doivent s'unir ou périr, car nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous allons mourir tous ensemble comme des idiots… Mais dans ce cas quid de l'ennemi ? Il n'est pas de meilleur manière de vaincre un ami que de s'en faire un ami, mais que c'est difficile avec des homines crevarices qui n'ont fait que diviser pour régner…

Pour boucler sa saga "Rigante", David Gemmell reprend dans le dernier quart de son roman un peu trop facilement les formules qu'il avait déjà usitées dans les années 1980 : les paladins noirs (les Dezhem Bek / les Corbeaux Rapaces qui nourrissent leur magie de sang et de larme), le mago psycho (Winterbourne), le méchant millénaire (Cernunnos), auquel il faut ajouter élu, prophétie et épée magique… On retrouve donc tous les archétypes de la Fantasy détournés en clichés par le Big Commercial Fantasy (y compris celui de l'ange déchu, du messie devenu antéchrist, avec le dieu désigné pour sauver les hommes qui corrompu par leurs défauts en devient le tyran puis le bourreau en se justifiant par des discours écolos-intégristes ressemblant fort à des sophismes pseudo-philosophiques de pervers narcissiques), et c'est bien dommage car la clé de voûte du récit c'est un individu tourmenté qui entre un père biologique qu'il hait de toutes ses forces mais qui finit par l'accepter et un père adoptif qu'il aime de toutes ses forces mais qui finit par le rejeter, doit faire des choix cruciaux qui impliquent tant sa propre survie que celle de l'humanité toute entière… le final est traité pas de course donc suspens hollywoodien et tragédie christique ne sont pas optimisés : l'auteur est fidèle à ses principes de ne pas verser dans le roman fleuve, mais c'est finalement contreproductif tellement il a de choses à dire ! Et malgré la fluidité de l'alternance entre des POVs définitivement humanistes, cela n'est pas bonifié par une traduction qui recourt toujours trop facilement au terme « maléfique » qui reste peu ou prou niais au possible…


La Malédiction de l'Ours est celle de l'auteur et de tous ses personnages, c'est la graine du mal plantée en chacun de nous… L'épilogue résume toute la philosophie de David Gemmell, située entre maximes du Mahatma Gandhi et pensées de Léon Tolstoï, humanisme stallonien et existentialisme moorcokcien : le guerrier amérindien Saoquanta pourrait laisser mourir de faim les colons varlishes, et d'un petit mal pourrait ainsi résulter un grand bien, la fin justifiant ainsi tous les moyens… Mais comment pourrait-il faire face au Grand Esprit avec un tel crime sur la conscience ? Malgré toutes les prédictions des devins il choisit de venir en aide à son prochain, car il n'existe pas de meilleur moyen de vaincre un ennemi que de s'en faire un ami… (N'en déplaise à tous les gros rageux suprématistes qui gouvernent le monde et qui quand leur heure viendra seront bien reçus en bas !)
Il s'agit bien sûr de Squanto de la tribu des Wampanoags qui offrit aux premiers colons américains Thanksgiving, auquel répondit plus tard William Penn le fondateur de l'Etat de Pennsylvanie qui toute sa vie combattit l'exploitation des Amérindiens et l'esclavage des Africains… La chaîne d'amitié continua malgré les gros rageux suprématistes au pouvoir, puisque que William Penn est à travers sa statue de Philadelphie la figure tutélaire de tous les personnages de la saga "Rocky" qui bouleversa le monde entier en marquant à jamais la culture populaire de son empreinte… Non la boucle n'est pas bouclée, car c'est désormais à vous de continuer la chaîne d'amitié en devenant meilleur pour construire un monde meilleur !
Lien : http://david-gemmell.frbb.ne..
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