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Critique de Dessert


Dessert
  22 novembre 2020
Celle-ci est pour :
"ultima prova d'orchestra". Michaël Glück. Couverture de Pascaline Boura.
"Ce poète à l'humour rosse et noir écrit en temps de « pandémie » des textes qui tiennent de la pensée profonde, de l'aphorisme ciselé, de la notice de dictionnaire, du rappel historique, entre ferveur musicale, désir lexicologique et humeur sautillante.
Lisons :

Je connais les paroles mais j'ai oublié la
musique.

Trop de glissandi dans la musique
russe ! Il y a tant de skis.

La joueuse de castagnettes n'aime pas
la crème de marrons.

Oui, la musique entraîne nombre de propositions qui tranchent, sèment sur la page des rencontres insolites comme si le dictionnaire avait commencé à s'effriter et à mêler ses pages.
En deux ou phrases ou vers, le poète s'interroge, s'étonne, croise, définit, appose, oppose, décline ses ferveurs, ses doutes :

Quand le chef lève la baguette, il faut ranger ton casse-croûte.

« Jusqu'au dernier soupir pointé », Gluck aura servi la musique et autant la poésie loufoque, harmonique et déréglée que lève la créativité inassouvie."
© Philippe Leuckx

Celle-ci est pour :
"ultima prova d'orchestra". Michaël Glück. Couverture de Pascaline Boura.
Avec ce troisième opus, l'auteur semble avoir bouclé son opéra. Rien que des réflexions sur la musique essentiellement classique mais pas que. On y trouve de très bons jeux de mots sur un sujet peu évident. Ceux et celles qui ne jurent que par le rapipop et la K-pop n'y comprendront pas grand-chose mais comme ils ne lisent pas…
© Eric Dejaeger in http://courttoujours.hautetfort.com/.../un-peu-de-pub-479...

Avec cette ultime répétition orchestrale, Michaël Glück clôt le triptyque qu'il a initié avec « prova d'orchestra » et « nuova prova d'orchestra ». C'est sa dernière répétition en musique et ça aurait pu être aussi la dernière publication de Jean-Louis Maurice Massot, le célèbre chef d'orchestre des Carnets du dessert de lune mais j'ai entendu dire que, comme tous les artistes dignes de leur statut, il projetait d'effectuer une dernière tournée avec deux nouvelles publications. On saura rapidement quand nous pourrons chanter, comme Eddy Mitchell :

« C'était la dernièr' séquence
C'était la dernièr' séance
Et le rideau sur l'écran est tombé »

Jean-Louis aurait ainsi pu conclure sa carrière éditoriale en musique et consacrer son temps libéré à l'écriture qu'il pratique avec le même talent qu'il choisit les textes et cultive ses légumes. Cette ultime répétition ne le sera donc que pour Michaël et ses lecteurs qui dégusteront donc pour une dernière fois ses traits d'esprit, calembours, aphorismes et autres jeux de mots musicaux qui rendent notre confinement moins triste. Il a dès son premier aphorisme situé son recueil dans cette maussade période : « En temps de pandémie, les musiciens ne joueront qu'une note sur deux et éviteront de pointer les noires dit-elle ».

Cette dernière répétition est courte, vive, alerte, enjouée, construite sur des jeux de mots fulgurants, drôles, parfois même hilarants :

« Ne jouez pas trop fort. le sourd dine »

« Quand le chef passe au piano, il faut écailler le bar dans le bac. »

Et quand l'auteur et son entourage ont fini de manger, il parle de musique dès qu'ils ont su que « La clef de sol est sous la paille à son », se lamentant encore et encore qu'« Il n'y a pas de prix Nobel de musique sans doute à cause du canon ». Mauvaises langues, ils répéteront encore que « Certains orchestres ne devraient jamais quitter la fosse ».

J'ai bien ri aussi quand j'ai lu ces jeux de mots déformant des noms propres pour en tirer le meilleur effet :

« Jazz, voilà la musique qui réveille ». (L'horlogerie c'est la spécialité de ma ville)

« La Walkyrie ? Pas de quoi en faire un fromage ». (La crème de gruyère est une autre spécialité comtoise).

« Elgar n'habitait Austerlitz ». (pour celui-ci, j'ai eu un pensée pour la BD Hägar Dünor).

La dernière répétition est close, l'orchestre va pouvoir se déchaîner en soufflant une tempête de notes mais nous n'oublierons jamais que « Les mots sont musique avant d'être des mots ; peu importe ce qu'ils vont dire, nous n'écouterons que leur chant ». Alors avec Michaël Glück chantons les mots … avant de chanter avec Eddy Mitchell !
© Denis Billamboz in Mes impressions de lecture
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