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Critique de zaphod


zaphod
  27 avril 2015
Petit exercice de lecture partagée avec Ing, ma complice de toujours.
http://www.babelio.com/monprofil.php?id_user=122392

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Cher Zaph,

Je t'écris des Bimini, archipel des Bahamas... "quelle veinarde", es-tu déjà sans doute en train de penser !
Et bien détrompe-toi : ma guigne légendaire m'a suivie jusqu'ici, l'annonce de l'arrivée d'un ouragan m'oblige à rester cloîtrée à l'hôtel, où je me lasse déjà de suivre les allées et venues d'américaines embijoutées et les bonds hystériques de gosses incapables de tolérer plus de cinq minutes d'enfermement ...

Ce qui me sauve, c'est la bibliothèque mise à disposition des touristes, dans laquelle j'ai trouvé ce titre d'Hemingway, dont tu m'as parlé il y a quelque temps (sans me souvenir si tu l'avais lu), et dont l'action se déroule justement ici, à Bimini.

....
16h53

Lecture bien entamée... Et une pause s'impose, car je peine un peu. Ce roman est écrit sur un ton que je finis par trouver monotone. Un ton égal, que l'auteur évoque des détails insignifiants du quotidien ou des scènes plus extraordinaires qui, du coup, semblent manquer de couleur, et paraissent interminables (je pense notamment à cet épisode de pêche, où l'un des enfants du personnage principal ferre un énorme espadon pendant plusieurs heures).

Et puis j'ai du mal avec certains dialogues, surtout ceux auxquels participent les garçons du héros, qui font preuve d'une maturité intellectuelle et psychologique que j'ai du aml à trouver crédible pour leur âge.

En même temps, je me sens un peu coupable... Parce qu'Hemingway, quand même. Allez, je repars à la dérive...

Bises,

Ingannmic

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Coucou Ing!

Bimini! Quelle veinarde!

Ou pas. Car tu vois, je ne suis pas sûr que je t'envie.
Bimini, pour moi, c'est un peu l'île des pirates. J'aime y aller en imagination, mais je n'ai pas l'impression que c'est un endroit réel, je dirais même que je préfère qu'il reste imaginaire.
Et pourtant, tu m'écris de cet endroit! J'en viens donc à me demander si toi, tu es bien réelle. Mais oui, puisque je te connais. A moins que moi-même je ne sois pas réel non plus, ce qui expliquerait tout de manière logique.

Donc, dans cet endroit imaginaire, je me suis mis à boire des Daiquiri en compagnie d'Ernest (les Daiquiri, eux, sont bien réels).
Alors, c'est sûr, il y a des faiblesses dans ce bouquin, tu en pointes certaines, et je ne peux qu'abonder. le remake du "vieil homme et la mer" m'a fait particulièrement mal. D'un autre côté, il n'y a pas de corrida, c'est à porter à son actif. C'est aussi une publication à titre posthume. Est-ce que le livre était vraiment terminé? On peut être indulgent.

Mais il y a quelque chose (et c'est peut-être en partie du aux Daiquiri et aux premiers beaux jours - as-tu essayé en buvant des Daiquiri?). Il y a ce mélange de nostalgie et de résignation mélancolique.
Oui, il ne se passe pas grand chose, peut-être parce que tout s'est déjà passé, et il ne reste plus qu'à attendre un dénouement, par exemple celui qui vient à la fin de la troisième partie.
Pour moi, il y a quelque chose de dangereusement attirant dans cette prose, un chant des sirènes morbide et magnifique.

Cette fois, j'aime le titre français "Îles à la dérive", mieux que le titre anglais (Islands in the Stream), car il évoque aussi des personnages à la dérive.
Et quoi de plus tentant pour moi que de me laisser dériver avec Ernest, un Daiquiri à la main?

Bises
Zaph.
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Mer des Caraïbes, le 15/04/2015

Salut Zaph,

Tu avais raison. Pas à propos de ma possible irréalité : une gueule de bois carabinée me rappelle depuis ce matin à quel point ma tête, mes paupières et mes cheveux sont bel et bien réels...
Non, je parle des Daïquiri !

Quel pouvoir magique, quelle alchimie nait de l'alliance rhum/Bimini/Ernest, je ne saurais dire... toujours est-il que parvenue aux deux tiers de ces Iles à la dérive (j'aurais moi-même eu bien besoin cette nuit d'un sextant pour regagner mon bungalow), il s'est opéré une sorte de séduction, et j'ai presque malgré moi été prise par le charme mélancolique qui se dégage de ce récit, qui est d'une tristesse insondable, dont on a l'impression qu'elle durera toujours.

N'empêche, il y a encore certains points qui me gênent. Quand il évoque par exemple le moment où le héros parle et je crois qu'en réalité c'est bel et bien ce passage à autre chose qui l'intéresse, cet après, cette existence devenue vaine et comme dénuée de toute émotion, que l'on vit presque machinalement, en évitant de trop penser pour ne pas souffrir.
C'est à mon avis la façon dont il arrive à rendre cet état de (paralysie émotionnelle) qui est intéressant et paradoxalement touchant.

Ce que j'aime aussi, c'est la relation que le personnage principal entretient avec ses chats...

...

Bises.

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Salut Ing,

c'est énervant, on finit toujours par être d'accord!
Et les histoires de chats m'ont aussi amusé, mais elles cadrent bien avec le reste. Finalement, qu'est-ce qui est important quand on a perdu l'essentiel? Pourquoi pas les chats?
Si je devais te contredire sur une chose, (nous sommes coupables d'un joli spoiler, pas vrai?) je ne pense pas qu'il "expédie" justement, d'après moi, il n'arrive pas à passer à autre chose, mais en bon macho qui se respecte, il ne va pas se laisser aller à des confidences larmoyantes de gonzesse, il préfère souffrir en silence.

Bon, ma conclusion, c'est que la prochaine fois, on ferait mieux de boire les Daiquiri ensemble au lieu de les boire chacun dans son coin!

A plus!
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Nassau, le 20/04/15

Cher Zaph,

Je t'écris ces quelques lignes depuis l'aéroport de Nassau, où je viens de terminer cet étrange roman, qui m'a tantôt agacée, tantôt profondément émue...
J'ai ajouté un avertissement pour le spoiler, bien que cela aurait une belle occasion de punir les indiscrets qui lisent notre courrier...

Allez, je file, mon avion est sur le point de décoller.
A bientôt autour d'un verre !
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