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Critique de wivin


wivin
  12 novembre 2016
[Livre reçu dans le cadre de l'opération Masse Critique]

Je connaissais les éditions Esperluète pour l'enivrant « Voyage d'hiver » de Anne brouillard, un livre-accordéon épais et de petit format qui parcourt un long, très long paysage onirique. J'avais aussi feuilleté en bibliothèque « un thé aux nuages », en accordéon également. J'ai donc été étonnée par la taille de l'enveloppe qui est arrivée chez moi. Positivement étonnée par le grand format (A4), qui met bien en valeur les planches d'illustrations, puis déçue de constater que le livre n'était pas en accordéon mais avait une reliure classique. Je suis vite revenue de ma déception. Il s'agit ici d'un autre genre d'album, avec beaucoup de texte et des illustrations semi-figuratives, bien mises en valeur par le grand format.

Je m'intéresse aux publications d'Anne Herbauts depuis une bonne dizaine d'années. J'aime ses albums car ils sont pleins de subtilité tout en s'adressant à un public d'enfants. Ils osent sortir du schéma narratif « situation initiale, élément déclencheur, aventures, fin ». Ils sont ouverts, on peut les comprendre de différentes façons et donc avoir des discussions intéressantes une fois l'album refermé. « Les moindres petites choses » est un gros coup de coeur. J'aime aussi beaucoup « Un jour Moineau ».

Avec « L'histoire du géant », nous sommes dans un autre registre que les albums jeunesse que j'avais pu lire de cette auteure. le texte, de part son vocabulaire et sa narration, s'adresse plutôt à un public adulte. Les images, qui sont bien des illustrations car elles sont en lien avec le texte, se rapprochent de l'art moderne semi-figuratif. Elles invitent à prendre le temps, dans de longues contemplations.

C'est un conte poétique, très rythmé, valsant, qui nous est proposé. Il nous emporte dans le flot de la danse des feux de la Saint-Jean. le langage utilisé est très riche. Plus qu'une démonstration d'érudition, il s'agit ici d'un jeu espiègle, d'une danse avec les mots dans lequel l'auteure s'est lancée.

Il me semble en lisant ce livre être face à un conteur. Un de ces excellents conteurs qui parviennent, par leur histoire, à toucher au plus profond de nous ce qu'il y a d'intrinsèquement humain. Qui touche quelque chose en nous que nous n'avions pas vu. Qui parle à notre âme et à notre instinct à la fois. de la douleur. Car c'est de douleur qu'il s'agit ici. Pas d'une horrible douleur soudaine, mais d'une douleur sourde et lente, qui s'implante, reste, traîne. Plus qu'une histoire, ces sont des images qui sont évoquées. Des images liées à des sensations.

La forêt dans ce récit se pare de toute sa force mystérieuse. le géant et la forêt ne sont qu'un, ils vivent ensemble, respirent ensemble. Les petites gens parcourent la forêt et ressentent le géant. Il y a une tendresse dans cet album pour ces gens d'autrefois qui vivaient si proches de la terre, qui l'écoutaient et la ressentaient dans leur quotidien, simplement.

Un album à lire et à relire. Dont on s'imprègne.

Un livre qui me fait penser à d'autres légendes de géants. La chanson « Les pleurs du géant » de Émily Loizeau, avec ce même mystère évocateur. La colline « Le tombeau du géant » à Botassart (Belgique), où un autre géant repose sous une forêt. Des géants qui se répondent. Parce que l'image mythique du géant parle subtilement de l'imaginaire collectif européen, depuis la Grèce Antique en passant par les légendes moyenâgeuses et les contes traditionnels. Il parle de puissance, de splendeur et de grandeur.

Ce géant-ci à toute la puissance d'un tout-petit enfant. Qui tombe, souffre, émet sa plainte infinie du début des temps, puis dort.
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