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Critique de SZRAMOWO


Livre jeunesse (je hais cette catégorisation de la littérature) écrit en 1954, pour les enfants ; insatiables curieux et profanes avérés, un peu comme moi à propos du jazz.
On lit page 15 " le jazz est une musique qui provoque le mouvement, qui mène à la danse ; ce n'est pas seulement une musique qu'on écoute."
La partie historique de l'ouvrage remonte à l'origine du jazz mais aussi à l'origine de la musique, avant l'invention d'instruments dédiés ; le rythme, marqué à l'aide de différents ustensiles, pour accompagner les tâches difficiles, les exodes, les privations de liberté.
Le chant des bateliers de la Volga est cité comme référence d'une chanson rythmique dont l'objectif est de donner du coeur à l'ouvrage.
Les tambours africains sont une des origines du jazz, quand le seul espace de libertés des esclaves aux USA était la musique et le chant.
Le petit Louis Armstrong dont on suit l'évolution au rythme de la création de cette nouvelle musique joue dans différents groupes dont les musiciens utilisent le washboard, la jug, les bones, les petites cuillères, des peignes recouverts d'une mince bande de papier soie, des basses bricolées à partir de bassines en fer blanc et des guitares aux cordes métalliques montées sur des boîtes à cigare. Les seuls instruments réels étant l'harmonica ou le kazoo.
C'est une musique qui fait appel à la mémoire des musiciens, qui n'est pas écrite et que chacun fait évoluer lorsqu'il l'interprète.
Les influences sont multiples, par exemple à la Nouvelle Orléans, l'influence française,espagnole, et créole vient fusionner avec le rythme africain.
Les paroles que chantent les musiciens sont soit des onomatopées, soit le reflet réaliste de leurs souffrance ou de leurs sentiments.
Spirituals, jubilees, sorrow songs, sont interprétés par des Minstrel Bands, des spams bandS, parmi ces chansons, les plus célèbres sont Dixie, Oh Susannah, Swanee River.
De façon très pédagogique Langston fait progresser le profane dans l'univers du jazz depuis ses premiers balbutiements. Pédagogie réussie puisque le lecteur exprime une satisfaction bruyante à mesure qu'il avance dans le récit et laisse tomber le profane en lui.
Vient ensuite la partie théorique présentant les caractéristiques de la musique et ses liens avec le blues, le ragtime et le boogie woogie.
Blues 12 mesures, avec ses breaks, ses riffs et ses syncopes, repris par les jazzmen qui fait que le jazz, dit l'auteur, plus qu'une musique est une façon d'interpréter la musique.
"(...) l'homme seul ou la femme solitaire dans une plantation qui inventait une mélopées des champs ou un blues, le pianiste qui ne savait pas lire la musique et jouait un morceau en déchirant (ragging), avec une mesure déchirée (rag time), les musiciens sans instruction qui apportaient leurs instruments pour passer le temps au coin des rues ou dans de petites salles de club. Voilà comment le jazz est né. Et il ne s'agissait pas simplement de jouer de la musique. Il s'agissait de jouer - comme d'un jeu - avec la musique, pour le plaisir."
Vient ensuite le temps de l'institutionnalisation du jazz, suite aux guerres mondiales, à son exportation vers l'Europe et son appropriation par des musiciens blancs ; mais aussi son rôle et son développement dans la lutte des afro-américains pour l'égalité des droits.
Les orchestres s'étoffent, la musique s'écrit, le piano et des instruments à vent comme le saxo sont de plus en plus utilisés.
Armstrong se voit offrir sa première trompette. On connait la suite.
Le jazz est analysé, chroniqué, promu, et des revues comme JAZZ HOT en France voient le jour.
Un livre utile, qui se lit avec plaisir.
Je ne peux résister à la tentation de citer quelques phrases clefs de la note rédigée par Pauline Nunez en fin d'ouvrage :
"livre aussi singulier qu'une harmonie typique de la musique dont il parle."
"(...) en composant avec sa nature d'apparence simple mais teintée de profondeurs significatives."
(le jazz ?) "Un baume possible offert par la communauté africaine-américaine à son pays pour essayer de cicatriser les blessures du passé, et pour joueur désormais à quatre mains, noires et blanches."
Un petit ouvrage (moins de 80 pages), grand par les thématiques qu'il évoque.
Autres intérêts du livre :
La liste des musiciens par instrument joué, (on y retrouve aussi bien Oscar Peterson, que Guerschwin que Kid Ory ou Jelly Roll Morton)
Une liste de disques clés par genre musical
Les 100 enregistrements préférés de l'auteur
l'index des lieux, des musiques, des chansons, et des personnages
A lire même si vous n'êtes plus un enfant.


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