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Critique de Pois0n


Pois0n
  22 novembre 2018
L'intrigue de la plupart des polars suit le travail des enquêteurs dans leur recherche d'un meurtrier. Dans L'homme du lac, l'identité de celui-ci nous est donnée presque dès le départ... en revanche, pour ce qui est de celle de la victime, le doute demeure presque jusqu'au bout des 406 pages du roman ! Enfin, l'on découvrira progressivement le mobile au cours de longs flashbacks, tandis que dans le présent, les enquêteurs s'acharnent à tenter de comprendre qui était cet homme retrouvé au fond d'un lac et comment il est arrivé là.

L'homme du lac est donc un roman très bien construit, et c'est quelqu'un d'allergique aux flashbacks qui écrit ça. Sans doute parce que ceux-ci sont assez judicieusement placés, apportant juste ce qu'il faut d'éclaircissements sur l'histoire au fur et à mesure que celle-ci progresse. On lit ainsi deux récits en parallèle, alternativement, de plus en plus entremêlés. Si la jeunesse du narrateur de ces flashbacks apparaît d'abord soporifique au possible et que l'on peine à comprendre où Arnaldur Indridasson veut nous emmener, on finit par se plonger sans mal dans cette Allemagne de l'Est de l'après-guerre baignant dans le communisme. Autant dire que niveau ambiance, c'est pas la joie pour nos jeunes expats envoyés là en échange scolaire : il fait froid, moche, les bâtiments sont insalubres et le Parti dirige tout et tout le monde d'une main de fer. Une dictature dont les jeunes communistes islandais n'ont au premier abord pas conscience... jusqu'à ce que le vernis s'écaille.

A côté de ça, soixante ans plus tard, l'enquête n'avance pas vite mais régulièrement et l'intérêt du lecteur est maintenu constant sans trop de mal. Là où le bât blesse, c'est lorsque le récit dérive vers la vie personnelle des différents enquêteurs... La rigolote Elinborg avec son livre de cuisine, passe encore, mais les démêlés familiaux et sentimentaux d'Erlendur gonflent rapidement tant ceux-ci sont à la fois trop présents et trop superficiels. Car ce qui n'était écrit nulle part sur la couverture, c'est que ce tome est le quatrième d'une série, et que si l'enquête se suffit à elle-même, le lecteur qui débarque se sentira complètement largué par tout le reste, là où d'autres auteurs comme Moussa Konaté parviennent sans mal à rendre leurs tomes vraiment indépendants sans pour autant ni gommer les intrigues personnelles d'un opus à l'autre, ni les rendre indigestes...

On passe donc véritablement du coq à l'âne pendant ces quatre-cent pages, entre le récit de Tomas de plus en plus prenant ; l'avancée des investigations, lente mais logique... et des digressions souvent chiantes qui n'apportent rien à l'histoire, ne rendent pas les personnages plus sympathiques, mais ralentissent au contraire le schmilblick.

Enfin, il faut avouer que la traduction, ou plutôt la qualité de celle-ci, n'aide franchement pas... Il est possible de fermer les yeux sur les quelques coquilles en goguette, en revanche, de nombreuses tournures de phrases sonnent franchement bizarres, comme s'il s'agissait de traductions littérales ; quand on n'a pas carrément droit à des répétitions de phrases entières à quelques lignes d'intervalle.

Bref, bien que l'équilibre entre enquête et flashbacks soit parfait, et que le mystère demeure entier aussi longtemps qu'il est nécessaire, les défauts de L'homme du lac empêchent ses qualités de vraiment convaincre. Ça se lit, mais c'est tout. Dommage.
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