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Critique de Donna22


Donna22
  16 septembre 2016
Dernier livre d'une longue liste bibliographique, celui-là représente une synthèse de tous les précédents pimentée par un testament marquant. Je m'essaie à un bref résumé du résumé.

L'homme ne perçoit jamais rien pleinement. Il peut voir, entendre, toucher, goûter, mais de façon très limitée. Il a besoin d'outils scientifiques pour pouvoir percevoir des choses trop petites, trop grandes, trop éloignées, trop faibles ou trop subtiles pour ses sens primaires : jumelles, amplificateur électrique, etc. Cette perception consciente limitée par nos sens comporte des aspects inconscients : il y a des événements dont nous n'avons pas pris note consciemment mais que notre inconscient a bien enregistré, subliminalement, à notre insu. Ces événements reviennent dans notre esprit conscient via une intuition, une réflexion profonde, une pensée secondaire, un rêve ou des agissements car l'inconscient influe nos actes quotidiennement.
Les idées, images et sons sont relégués à notre inconscient quand on ne leur accorde plus d'intérêt, plus d'énergie affective, plus d'attention consciente.
L'inconscient est une puissance qui influe nos actes conscients de manière de moins en moins visible chez l'homme moderne. Alors que la volonté de l'homme primitif se heurtait aux superstitions, aux peurs et aux obstacles invisibles, celle de l'homme moderne semble ne se heurter à rien. Il est tout à fait capable de traduire ses volontés en actes à tel point qu'il pense être maître de lui-même et ne dépendre d'aucune puissance autre que celle de sa volonté et de sa conscience. “Vouloir c'est pouvoir” non ? Eh bien non, pas vraiment, pas si on fait preuve d'un minimum d'introspection, pas si on est incapable de dominer nos humeurs et nos émotions. Nos dieux et démons intérieurs n'ont pas disparu, ils ont juste changé de nom : alcoolisme, tabagisme, hyper-médicalisation, abus de pilules, alimentation impulsive et excessive, somnambulisme, oublis, lapsus, humeurs, inquiétude, appréhensions, problèmes psychologiques, névroses, tics, etc.

Concernant les rêves : il existe des symboles oniriques typiques et fréquents chez les gens : rêver de chute, de vol, d'être poursuivi par des hommes hostiles ou des animaux sauvages, d'être nu ou ridiculement vêtu en milieu public, d'être pressé, perdu dans la foule, en combat avec des armes inutilisables ou sans défense, en train de courir sans arriver nulle part, de devenir très grand ou très petit (pour les enfants surtout), etc. Dans tous les cas, une bonne interprétation du rêve doit se faire avec intelligence, avec minutie, en ne négligeant aucun détail, en gardant à l'esprit leur charge affective et en usant de beaucoup d'intuition. Car c'est l'intuition qui dit au rêveur quand son interprétation est bonne. Il “sent” quand le message a été saisi, compris, quand les symboles ont bien été révélés. A ce sujet, les objets inanimés coopèrent souvent avec l'inconscient dans la fabrication de symboles : les pendules qui s'arrêtent, les miroirs qui se brisent, les tableaux qui tombent quand leur propriétaire décède par exemple.
Il y a cependant un tas de symboles qui ne sont pas produits par notre inconscient et qui sont le bagage historique qui nous a été transmis par nos ancêtres primitifs et avec lequel on vient au monde. Ce type de contenu onirique a été baptisé par Freud “les résidus archaïques” alias “les archétypes” pour Jung. Cet héritage est en chaque humain, cultivé ou analphabète, intelligent ou stupide. Ce contenu historique est le lien entre le monde rationnel objectif et le monde de l'instinct.
Les rêves nous disent quand notre conscience est influencée par les préjugés, les erreurs, les fantasmes, les désirs puérils. Ils nous alertent quand notre vie devient artificielle et éloignée de l'instinct, de la vérité, de la nature. Mais leur fonction est moins de nous faire la morale que de rétablir notre équilibre psychologique, combler les manquements de notre conscience, nous dire les choses vitales que notre conscience ne nous dit pas. Il compense les déficiences de personnalité et peut avertir du danger d'une démarche, montrer un événement de façon prémonitoire, pour avertir ou pour annoncer. Ils sont parfois inspirés d'une attention bienveillante, parfois pas.

Pour finir, C.G. Jung boucle sa doctrine en se faisant très critique sur le conservatisme inné de l'homme moderne face à la psychologie, le refoulement de son intérieur, la peur profonde et superstitieuse de l'inconnu et de la nouveauté. C'est très caractéristique des sociétés modernes rationnelles qui ont dressé des frontières psychologiques solides entre la conscience objective et les racines primitives de l'humain logées dans l'inconscient. Elles rejettent tout ce que le bon sens ne parvient pas à expliquer, et s'éloignent du même coup toujours un peu plus de l'instinct. L'homme moderne est tellement préoccupé par ses pensées conscientes qu'il a oublié de se demander ce que son inconscient pense de lui. Il pense encore que la conscience est Raison et que l'inconscience est Déraison. S'il s'agissait d'une autre science, ce concept serait pris pour ridicule : Les microbes seraient-ils Raison ou Déraison ? L'inconscient est un phénomène tout aussi naturel, sérieux et aussi digne d'attention que les microbes. Il n'est ni stupide ni dénué de sens, il est même intéressant et intriguant. Il contient tous les aspects de la nature humaine : le bien et le mal, la lumière et l'ombre, la beauté et la laideur, la profondeur et la sottise. Un homme qui n'a jamais regardé un microbe au microscope n'est pas crédible. de la même façon, les hommes qui n'ont jamais approché l'inconscient ne peuvent rien en dire de pertinent. Et pourtant le monde voit l'inconscient comme un dépôt à ordures morales, un amas de bêtises indigne d'attention.
Avec tous les signaux et symboles oniriques qui s'élèvent toutes les nuits des dormeurs de la planète, on reste indifférent et désintéressés. Pourquoi personne ne veut les déchiffrer ? Sans doute parce que ce domaine a peu à voir avec les problèmes de ce monde : la vente et l'achat. Mais le sens de la vie et le désir du coeur humain ne se trouve pas dans la possession d'un compte bancaire. On est en plus à une époque où les sciences étudient la nature sous toutes ses dimensions, à l'exception du psychisme de l'homme. Pourquoi ?
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