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Critique de Klenn


Klenn
  25 avril 2017
Détestant Rome, ou plutôt ce qu'elle est devenue, Juvénal fait de ses contemporains une peinture sans pitié. C'est un monde sur lequel « difficile est saturam non scribere » (« il est difficile de ne pas en faire la satire »). La Rome impériale s'est en effet transformée en une ville gigantesque, monstrueuse scène de théâtre remplie de bouffons qui s'ignorent et d'aigrefins: un lupanar. Il ne reste plus guère de choix aux vieux Latins : ils prendront la fuite et se réfugieront en province, ou devront se résoudre à faire la cour aux parvenus de tout poil, de l'empereur au gigolo enrichi. Enfin, et c'est le choix de Juvénal, ils peuvent se poster aux carrefours et hurler de rire à la vue, par exemple, d'un castrat, ancien esclave enrichi, qui peine à porter sa bague, tant la pierre est lourde !

Juvénal ignore tout du politiquement correct : il s'en prend tour à tour aux femmes qui, quand elles ne cocufient pas leurs maris, les empoisonnent par leur érudition avant de le faire pour de bon et de toucher l'héritage ; aux pères-la-pudeur qui dissimulent mal leur homosexualité sous leurs mâles paroles et leurs vêtements de soie diaphane ; aux riches à la fois raffinés dans leur dépravation et atteints d'une avarice sordide quand il s'agit de traiter leurs gitons ; aux efféminés qui se marient entre eux à défaut de pouvoir enfanter ; aux Orientaux de tout poil, esclaves affranchis, tout spécialement les Grecs, qui évincent les vieux Romains des responsabilités ; aux faux dévots, qui n'invoquent les dieux que pour mieux délester le gogo de son bel argent.
Juvénal n'hésite pas à aborder sur le ton de la farce le jeu politique, jeu dangereux où parler de la pluie et du beau temps vous vaut vite la disgrâce ou la mort. le tableau (parodie d'une oeuvre perdue) qu'il propose de la cour de Domitien, le « Néron chauve », s'il est riche de notations grotesques, rend très bien l'atmosphère cauchemardesque d'une époque exsudant la terreur. Enfin, dans la Rome de Juvénal, il arrive qu'une impératrice, plus souvent qu'à son tour, fasse le tapin ou qu'une princesse accouche d'une série d'avortons, tous copie fidèle de celui qui est à la fois leur oncle et père, l'Empereur.

On ne saurait parler sans anachronisme de liberté d'expression quand il s'agit de la Rome impériale, et Juvénal se garde bien de s'en prendre aux empereurs régnants. Ses contemporains verront dans ses propos des allusions à l'actualité de son temps, ce qui lui aurait valu l'exil en Égypte, sous couvert d'une vague mission militaire. Il y serait mort.

La langue de Juvénal permet de se faire une idée de la variété des parlers latins, selon les classes sociales et les régions. Elle est à la fois vigoureuse, voire crue, et savante. Juvénal aime jouer du contraste entre les moeurs des anciens Romains, frugaux et barbus, et celles de ses contemporains, perdus de luxe et efféminés
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