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Critique de paulotlet


paulotlet
  05 février 2013
J'ai lu ce livre à sa sortie, en 1992. C'était quelques mois après la chute du Mur et des dictatures de l'Est. A l'euphorie avait succédé une cruelle désillusion, à travers l'expérience catastrophique des démocraties populaires, c'était toutes les idées de progrès social qui étaient vouées aux gémonies. le livre de Langlois apportait un peu d'oxygène. Je reproduis la critique que j'en avais faite dans le peuple du 15 mai 1992.

Y a-t-il encore un socialisme possible? Y a-t-il encore un socialisme souhaitable? Depuis la chute du Mur de Berlin, la gauche traverse une phase critique de son histoire. La plupart des partis socialistes semblent avoir renoncé à changer le monde. Tout messianisme politique proscrit, il ne nous reste qu'à accepter l'injustice, les inégalités, qu'à admettre enfin que nous vivons dans le meilleur des mondes possibles.

Dans un petit essai qui sort aux éditions Les Belles Lettres, Denis Langlois en appelle à une refondation de la gauche. "Ce n'est pas la révolution qui est dépassée, c'est la violence". le ton est donné. "Les partageux ne meurent jamais" est un pamphlet, un vrai, avec juste ce qu'il faut de mauvaise foi, cette pointe de partialité qu'on accorde volontier au polémiste. Denis Langlois n'en pose pas moins de vraies questions: comment être satisfait par une société injuste, comment donner un souffle nouveau à la gauche.

Fort de son expérience au sein du groupe à l'origine de "l'appel des 75", cette coordination contre la guerre du Golfe qui avait un temps regroupé des forces de progrès, Denis Langlois en appelle à la constitution d'un vaste contre pouvoir, une fédération de tous ceux qui, à travers leurs différences, partagent le désir de changer la vie.

Mais comment transformer le monde dès lors que les cerveaux sont conditionnés, que le peuple est convaincu que tout changement porte la dictature en lui? Rompre avec le centralisme, bannir tout dogmatisme, donner des libertés, réhabiliter l'individu: Langlois voudrait inventer une façon différente de faire de la politique, favoriser un bouillonnement permanent.

"C'est une absurdité, écrit-il, de croire qu'on peut faire le bonheur des gens sans eux ou malgré eux". Toute prise de conscience passe par le développement de l'esprit critique.

On peut regretter le côté didactique de l'ouvrage. Il se livre à une sorte d'inventaire des conditions à réunir pour réveiller la gauche, donne des recettes, et à certains moment on a l'impression de lire un guide du militant. On l'aurait voulu moins pratique, plus idéologique.

D'autre part, le soutien de Langlois aux nationalismes, parce qu'ils veulent supprimer l'Etat jacobin et rapprocher le pouvoir des gens, est pour le moins étrange. Car même si on comprend bien ce que signifie l'encouragement des luttes visant à l'émancipation des peuples opprimés, force est de constater que les nationalistes sont rarement libertaires et autogestionnaires.

Créer une alliance multinationale ouverte et pluraliste, une coordination de tous ceux qui veulent changer le monde, construire une société meilleure est un but auquel on ne peut que souscrire, mais de grâce ne nous infligez pas vos drapeaux.

Malgré ces quelques réserves, il faut lire "Les partageux ne meurent jamais" parce que c'est un texte plein d'espoir, parce qu'à l'heure où d'aucuns souhaitent "réveiller le dormeur", toute réflexion sur l'avenir de la gauche est la bienvenue.
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