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Critique de Takalirsa


Takalirsa
  16 novembre 2016
Projetée dans ce livre sans vraiment connaître l'affaire évoquée, j'ai eu peine à réaliser qu'il était inspiré de faits réels tant les membres de la « Famille Manson » sont névrosés et leurs actes horribles.
Tout démarre dans le vieux ranch où squatte la bande de hippies crasseux, « des filles en majorité, toutes plus jeunes et plus sales les unes que les autres » qui « se baladaient à poil et laissaient tous les hommes les baiser », comme une « horde d'animaux sauvages ». Il y a quelques motards aussi, qui viennent profiter des activités illégales comme le deal de drogue, le trafic d'armes ou de voitures volées. Beaucoup de personnes gravitent autour de Manson et on s'y perd un peu, surtout que l'auteur met beaucoup (trop?) de détails dans son récit. Tous sont plus cinglés les uns que les autres, « les filles surtout, de vraies furies... Il fallait sans cesse freiner leur ardeur dévastatrice »... Des filles paumées, facilement manipulables, si bien embrigadées qu'elles entendent la voix de leur gourou même en son absence !

Je ne connaissais Manson que de nom et j'aurais apprécié que l'auteur les présente, lui et sa secte, avant que l'action démarre. Cependant, son profil se dessine au fil du roman et on referme celui-ci en ayant une idée assez précise de ce personnage crispant, aussi ridicule qu'horrifiant. Persuadé d'être la réincarnation de Jésus-Christ dont il a hérité les « pouvoirs surnaturels », il se revendique aussi d'Hitler et même de Satan. Homme instable qui exprime sans transition l'amour comme la colère, « il subissait depuis l'enfance des modifications de personnalité incessantes ». Les motivations de ce déséquilibré ne sont pas très claires, il évoque aussi bien le déclenchement d'une guerre raciale contre « les nègres » que l'isolement dans les profondeurs du désert. S'exprimant par paraboles, utilisant des incantations rituelles, il insémine dans l'esprit de « ses filles » tout un folklore qui les rend à la fois hystériques et soumises. Celles-ci sont mêmes persuadées que « Charlie était capable de passer d'un corps à l'autre, de s'incarner dans des animaux ou des objets » ! « Le paranoïaque qu'il était irradiait de beauté et d'autorité », malgré son physique chétif et insignifiant, son allure de clochard. Et puis Manson est malin, il a compris que pour éviter le retour à la case prison, « débrouille-toi pour ne rien faire toi-même ».

L'épisode de « la maison de l'horreur » traduit parfaitement toute la folie de la secte. La scène est un véritable carnage, un bain de sang : « En moins d'une demi-heure, la coûteuse villa des collines de Los Angeles était devenue une nécropole ». L'auteur mêle des éléments descriptifs issus de l'interrogation ultérieure des accusés à leur ressenti personnel, en partie fictif je pense. Fidèle à sa devise, le gourou n'y participe pas, envoyant ses fidèles les plus efficaces à sa place. Si l'homme, Clem, a le meilleur gabarit pour tuer, c'est la jeune Sadie la plus impressionnante. Pour elle, tuer est jouissif. Et surtout, elle est entièrement dévouée à son gourou, d'autant plus que « La Famille lui avait donné un cadre, des gens qui l'écoutaient assez gentiment et qui la supportaient plutôt mieux que tous ceux qu'elle avait connus jusque là ». Quant à Linda, ce sera la seule à culpabiliser (alors qu'elle n'a tué personne) lors de brefs moments de lucidité qui lui donnent envie de quitter cet environnement dépravé (« sauve-toi »).

Pour la même raison que l'affaire Sharon Tate a démarré sans préambule, on ne saura pas, dans ce livre, le fin mot de l'histoire, l'auteur ayant choisi de zoomer sur quelques heures de l'existence démente de cette secte. On ressort de cette immersion un peu éberlué, avec l'envie d'en apprendre davantage et en même temps une certaine répulsion. Un livre intense !
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