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Critique de MicheleP


MicheleP
  11 mars 2018
Encore une enfance, dans la lignée de celles dirigées par Leila Sebbar (Enfance algérienne, juive, d'outremer, pendant la guerre etc.), mais celle-ci est dirigée par Martine Mathieu-Job, qui a repris le flambeau. Cinquante deux collaborateurs nés dans l'Algérie française, racontent leur découverte de la culture, si différente de leur expérience quotidienne, l'influence des instituteurs et des institutrices, dont les enfants tombent souvent amoureux, leur découverte du « bon » français, eux qui disent « estatue » pour "statue", "entention !"pour "attention" et « midicoule » pour « maître d'école ». Récits naïfs et pleins de fraicheur, qui montrent bien les qualités de cet enseignement généreux et attentif (le plus souvent), mais aussi ses défauts, ce qu'on a appelé le jacobinisme : bien des contributeurs regrettent que ne soient enseignés ni l'histoire, ni la géographie, ni la langue, ni le quotidien du pays où ils vivent, mais uniquement « la France éternelle », sa neige et ses sapins. Du point de vue historique, deux périodes sont particulièrement intéressantes (on regrette qu'à côté du nom des lieux qui figure en exergue n'aient pas été ajoutées des dates, mais on s'y retrouve quand même facilement). La première est la période de Vichy, avec le lever des couleurs tous les matins, mais surtout l'exclusion des enfants juifs, pour laquelle certains enseignants se montrent d'un racisme insupportable, pendant que les malheureux bambins humiliés ne comprennent pas ce qui leur arrive. La seconde concerne les dernières années de l'Algérie française, quand l'école commence à s'ouvrir largement aux enfants musulmans : les enfants « européens » découvrent l'altérité, les enfants musulmans se plient à une culture nouvelle et aux exigences des maîtres, sachant que s'ils se plaignent chez eux, ils seront punis aussi par leurs parents, et continuent la guerre d'Algérie dans la cours de récré à coup de chansons détournées, « vive la France et ses alliés » devenant « vive l'Algérie et son drapeau ». Il y a ceux qui s'assimilent et ceux qui résistent.
Et tout cela donne au final les intellectuels vieillissants que nous sommes, universitaires, poètes, metteurs en scène, dramaturges, psychanalystes, romanciers, dont il est toujours amusant de lire les souvenirs.
Aujourd'hui, où l'école de l'époque coloniale est sujette à tant de controverses, la lecture de ce recueil apporte son éclairage de sincérité, de simplicité et de fraîcheur.
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