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Critique de babounette


babounette
  27 février 2021
Mon combat contre l'emprise et le suicide forcé - Témoignage - Yael Mellul - Éditions Michel Lafon - Sorti le 25 février 2021 - Lu entre le 24 et 26 février 2021.

Un tout tout grand merci à Babelio et aux éditions Michel Lafon pour l'envoi de ce témoignage passionnant de Yael Mellul, avocate pénaliste de formation - Masse critique du 10 février 2021.

Première critique sur ce livre tout nouvellement édité, je vais faire de mon mieux. A plus d'un titre, ce témoignage est passionnant car il nous entraîne dans le parcours ô combien difficile de Yael Mellul, née à Massy dans l'Essonne de parents juifs séfarades vivant au Maroc, communauté juive importante dans ce pays. Arrive la guerre des Six-Jours, ils ne sont plus les bienvenus et la famille décide de partir pour la France, à Massy où vit une partie de leur famille et Yael y naît en 1971, petite dernière d'une fratrie de deux aînés, un frère et une soeur. Dans cette communauté, les hommes ont tous les droits, les femmes aucun.

Mais Yael bouillonne d'idées, elle est un peu rebelle et ne veut en aucun cas "être une bonne épouse et femme au foyer" comme le veut la tradition. Elle entreprend des cours de droit à l'université Tolbiac, ensuite à l'école d'avocats. En 1995, elle prête serment et rencontre Simon qu'elle épousera à 26 ans. Elle est recrutée par le cabinet d'avocats de Patrick Quentin travaillant pour la Licra, association venant en aide aux victimes de racisme.
C'est là que Yael Mellul se penche sur un dossier de violences faites aux femmes. En 1995, Simon et Yael ont un fils, Dan. Ensuite, elle change de cabinet et travaille pour maître Guigui, à l'époque de "L'
Angolagate", une très grosse affaire de trafic d'armes.

Mais la vie n'étant un long fleuve tranquille pour personne, son employeur est contraint de fermer son cabinet pour raison personnelle, voilà Yael au chômage à 35 ans. Elle prend bien cette pause et se consacre à son fils et son foyer. Mais l'ennui arrive, au bout de deux ans, elle ne supporte plus son immobilité, pendant que Simon grimpe les échelons, elle se sent inutile et coincée.
Un coup de téléphone d'un copain avocat déprimé ayant perdu un procès pour harcèlement moral "Il n'y a rien dans le code pénal sur le harcèlement moral dans le couple . le juge nie l'existence des violences psychologiques dans ces cas-là", va faire jaillir l'étincelle qui va remettre Yael sur pied de guerre, elle veut savoir, elle veut comprendre, elle est sidérée par le vide juridique sur ce sujet, elle lit les ouvrages de Marie-France Hirigoyen, de Paul-Claude Racamier, grand psychiatre, le 1er à avoir identifié la perversion narcissique. Yael va passer des heures à la bibliothèque du Palais de justice pour trouver un début de base de travail et tombe sur un article du Code du travail sur le harcèlement moral. Entretemps, son couple va mal, ils divorcent en 2008 "sans joie mais sans amertume".

Et voilà notre combattante partie sur la nécessité d'une définition légale sur les violences à caractère psychologique. Elle va bosser comme c'est pas possible, franchir les étapes une à une, rencontrer des hauts-placés du pouvoir sous le gouvernement de D. Villepin. Elle fonde l'association "Femmes et libre" qui luttera contre les violences conjugales. Elle portera plainte dans l'affaire Krisztina Rady, 1ère épouse de Bertrand Cantat. En 2007, François Fillon devient 1er ministre, Yael prendra contact avec Valérie Létard sa secrétaire d'État chargée de la Solidarité. "Rien ni personne ne peut m'arrêter" dira-t-elle.
Le 9 juillet 2010, après son audition à l'Assemblée Nationale, la loi "relative aux violences faites spécifiquement aux femmes, aux violences au sein du couple et aux incidences sur ces dernières sur les enfants" est votée sous F. Fillon. Sa lutte continue. En 2011, Yael Mellul est nommée "femme de l'année" par le magazine Marie-Claire.
Mais malgré sa connaissance du sujet, malgré sa volonté, malgré son intelligence et son métier, Yael tombe dans les filets d'un homme manipulateur qu'elle épouse et qui va faire de sa vie un enfer. Il va l'entraîner dans les abîmes de la souffrance morale. Elle en perdra son fils qui ne veut plus vivre avec une maman qui "se laisse faire", il va vivre chez son père. Elle finit par avoir la force de divorcer et ayant tout perdu, emploi, appartement, ne pesant plus que 38 kg, elle va s'installer à Massy chez ses parents. Son petit garçon lui manque terriblement et elle s'en veut de lui avoir fait subir cela. Aidée par sa famille et une amie qui ne la lâchera pas, Yael redresse petit à petit la tête, elle entrevoit le bout du tunnel.
Elle se sent "prête à affronter toutes les tempêtes pour mener à bien son nouveau combat : faire entrer le suicide forcé dans le code pénal".
EN 2018, 217 FEMMES SE SONT SUICIDÉES APRÈS AVOIR ÉTÉ HARCELÉES PSYCHOLOGIQUEMENT. C'EST DEUX FOIS PLUS QUE LES FÉMINICIDES.
Mélissa - défenestrée, elle avait 24 ans
Morgane - suicide par pendaison - elle avait 37 ans
Adeline - suicide par médicaments - enceinte de 4 mois - elle avait 34 ans
Ilona - suicide par intoxication au monoxyde de carbone - elle avait 29 ans
Emelyne - suicide par pendaison - elle avait 29 ans
...
"Toutes les victimes sont d'accord. Les mots détruisent autant que les coups. Les bleus s'estompent, les fractures se consolident, mais la privation du libre arbitre, l'altération des capacités de discernement, la destruction psychique , la perte de dignité, c'est d'abord ça la destruction humaine. Une destruction qui mène à l'envie d'en finir pour s'en libérer".

Début 2020, le ministre Edouard-Philippe a retenu la proposition de loi sur le suicide forcé.

"Il s'agit à présent de plaider cette cause au Conseil de l'Europe, le but étant d'intégrer ce délit à la Convention d'Istanbul".

Yael Mellul continue son combat, c'est devenu dit-elle sa principale préoccupation. "Avec les violences psychiques sur les jeunes, je sais déjà comment je vais devoir batailler, mais qu'importe, j'ai,appris à avoir le cuir épais. Et comme toujours j'irai jusqu'au bout de mes convictions. Ce sont elles qui donnent un sens à ma vie".

C'est sur ces dernières phrases de Yael que je vais finir ma chronique. Ce fut pour moi une lecture difficile mais ô combien nécessaire et passionnante aussi tant le sujet m'interpelle. Je vous écris toute mon admiration,
Madame, je vous adresse tous mes remerciements pour votre combat qui je l'espère fera bouger la loi dans d'autres pays, pour votre acharnement à combattre ce fléau qu'est le harcèlement moral.

Lisez ce livre amis-es babélionautes, il remue, il secoue, il révolte mais au-delà, il apporte le réconfort de savoir qu'il y a de belles personnes qui se démènent pour que toutes ces souffrances ne soient plus de simples faits divers.
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