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Critique de VACHARDTUAPIED


VACHARDTUAPIED
  17 avril 2013
Il publie aujourd'hui un livre au titre aragonien, C'est ainsi que les hommes vivent. Il a réussi le double tour de force de garder jusqu'à la page 1 106 une fraîcheur d'énergie intacte, sans jamais se départir d'un art accompli qui permet au lecteur d'entrer dans l'épaisseur du temps. Tout cela n'est pas rien.

Pierre Pelot fait courir son roman (oui, courir) entre les frontières de deux époques. La première ressuscite la rudesse du bas XVIIe lorrain. Une paysanne est brûlée pour sorcellerie. Son mari se précipite dans les flammes pour mourir avec elle. Ils venaient d'avoir un fils, Dolat, recueilli par les chanoinesses de Remiremont et "adopté" par l'une d'elles, Apolline d'Eaugrogne, qui en fait son filleul. D'étranges liens uniront la bien-titrée à l'enfance lézardée et le fils de la neige et du feu. Les heurs et malheurs du temps, les ambitions dressées les unes contre les autres à l'intérieur du duché de Lorraine, les ravages de la guerre de Trente Ans les jettent vers des destins imprévus. Ils se perdent, se cherchent, ils sont autant acharnés à vivre, à tuer, qu'à s'aimer. Apolline et Dolat, ou la cavale d'un amour en folie dans le giron du chaos.

Changement d'époque (mais non de lieu): nous voici à la fin du XXe siècle. Première neige dans les Vosges, après la tempête de 1999. Lazare, un journaliste parisien, convalescent d'un triple infarctus et victime d'une mystérieuse amnésie, remet ses pas dans les pas de son enfance pour tenter de comprendre ce qui lui est arrivé. Les deux histoires se rejoignent dans une mine abandonnée, quand un homme et une femme se retrouvent face à face, figés par la mort, dans l'ombre et le silence de la terre, par-dessus les siècles. C'est ainsi que les hommes vivent est aussi l'histoire d'un trésor enterré.

Un trésor? Non, plusieurs. L'or des mineurs, caché dans une galerie murée, symbolise l'or du temps, le trésor de toutes ces mémoires enterrées - celle de Lazare, celle d'Apolline - enfouies par les échevins et les clercs, désensevelies, sorties du puits sans fond, sous l'oeil d'un chat immobile, qui figure l'éternité des choses. Toute une époque est ressuscitée - jours de fête et jours de massacres, paysages de neige et de chaleur lourde, de forêts, de villes - et sa ronde de visages, magnifiquement rendus sur la grande toile du récit, créatures glacées ou brûlantes, hommes de peine, de plaisir, de guerre, qui semblent toujours un peu danser avec la mort, mais qui tous incarnent, chacun à sa façon, l' "humaine condition" dont parlait Montaigne. Dans l'inventaire des trésors du livre, chacun est prié de ne pas oublier l'auteur, Pierre Pelot.

On l'imagine dans l'immobilité de son village, ne cessant d'entasser des pensées et des rêves, cadeaux des forêts voisines à celui qui sait les regarder et entendre leurs chants. L'offrande des plus hautes cimes des arbres, là où s'accrochent les nuages, et celle des sources, où cascade la neige du temps qui passe et s'en va, sont la matière qu'il a pétrie. A bonne distance des cafés littéraires, Pierre Pelot a inventé un univers, porté par des scènes admirables, comme à foison, et par son talent des mots, qui sont autant de flambeaux sur une glace noire. le beau brasier...
Lien : http://www.lexpress.fr/cultu..
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