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Critique de nadiouchka


nadiouchka
  30 avril 2019

Après avoir lu et chroniqué, il y a peu de temps, « Taqawan », un excellent ouvrage de Eric Plamondon, j'avais hâte de lire « Oyana » et voilà, c'est fait. On passe ainsi des saumons à des baleines (balea, dont l'une figure sur la belle couverture de ce livre). Mais il ne s'agit pas que de cela, l'histoire va bien plus loin et commence par cette lettre :
« Pour toi, Xavier
Je te dois un tas d'explications. Ça risque d'être long. J'essaie depuis plusieurs jours de trouver comment le faire. (…) Pour que tu comprennes dans quel état d'esprit je me trouve, je n'ai pas jeté mes premiers brouillons. Je veux que tu saches mes tâtonnements, que tu saisisses par mes débuts avortés ce que cela me coûte. » (p.13)
« J'ai décidé d'écrire parce qu'il m'est impossible de parler. Je pense que je ne veux pas entendre les mots que je dois dire. Certains en particulier… (…) Alors ce que tu vas lire sera douloureux, comme il est douloureux pour moi de l'écrire. Tu vas découvrir la face cachée de celle avec qui tu vis depuis des années, qui en a été aussi heureuse que parfois dépitée. La vie a décidé que je devais faire face à mes fantômes. Peu importe ce qui en résultera. » (p.18)

Mon début de chronique est peut-être un peu long mais je l'ai trouvé nécessaire pour placer le contexte. Il s'agit en effet d'une lettre d'adieu, celle d'Oyana (le nom basque de l'héroïne) qui est née pendant un attentat de l'E.T.A. Elle a passé sa jeunesse dans le pays Basque puis s'est mariée avec Xavier, rencontré au Mexique et ils partent vivre à Montréal.
Nous sommes en mai 2018 : Oyana se demande si elle ne va pas retourner dans son pays natal et l'E.T.A a été dissoute ; l'E.T.A dont le drapeau représentait un serpent enroulé au-dessus de la devise : « Bietan jarrai »
(« Continuez dans les deux voies») et dont le nom est constitué des initiales de « Euskadi » - « Ta » - « Askayasuna » (Pays Basque et Liberté).

Ainsi, Oyana nous livre ses souvenirs à travers de courts chapitres – elle fait des révélations étonnantes, elle qui n'était pas une « abertzale » (militante), a dû fuir et de « Oyana Etchebater, elle est devenue Nahua Sanchez. »

Avec ce court ouvrage, Eric Plamondon arrive à en faire un récit où resurgissent des fantômes (du père de Oyana – de l'attentat de 1973 contre le bras droit de Franco – de la mère et de son enfant victimes collatérales où Oyana faisait partie du commando mais en ignorait la gravité…).

L'auteur qui maîtrise superbement sa trame, fait monter la tension petit à petit. On passe de l'ombre à la lumière – de rebondissements – de retours sur le passé – on voit comment la vie de Oyana a été bâtie sur un mensonge. Aucun temps mort pendant la lecture : Guerre d'Espagne – E.T.A - les «années de plomb» au Pays Basque ainsi que la traditionnelle chasse à la baleine…
Oyana a besoin de « remonter à la source, celle du mensonge ou celle de sa vie. »

Cet ouvrage est d'une grande intensité. L'auteur y a inséré des coupures de presse – des rappels de faits historiques sur l'E.T.A – des documents nous informant de l'histoire politique du pays Basque…. - une réminiscence : « le 11 septembre m'a ramenée à la dure réalité » - énumération aussi des victimes de plusieurs années d'attentats « des GAL, d'anciens membres de la Légion et de l'OAS » (p.75)...
Il réussit également à nous faire entendre, en fond de ce roman épistolaire, de la musique avec par exemple, Janis Joplin… et on voyage également avec l'héroïne en admirant de beaux paysages.

Concernant mon ressenti ? Il est le suivant : c'est court, c'est beau, c'est intense. Une vraie réussite avec tous les remords de l'héroïne. L'auteur le fait en se basant donc sur des faits réels – tout est véridique et le dénouement inattendu.

Mais je dois à présent arrêter de « jaser » plus longtemps et dire « à tantôt » pour un autre récit car « je suis tombée en amour » pour ce livre « Oyana » (ici nous sommes dans l'ambiance québécoise puisque l'auteur est né au Québec. Par contre, il a choisi de vivre à Bordeaux : le climat…).

Je me permets de « donner un bec » non seulement à EricPlamondon pour ce livre "Oyana", mais aussi à la Maison d'Éditions Quidaméditeur. 😍
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