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Critique de Sarindar


Je ne peux pas ouvrir un livre écrit par Rémy Porte sans me souvenir de la qualité humaine que l'on rencontre chez cet officier qui a servi son pays de multiples manières, y compris, pour finir comme référent "Histoire" pour l'armée de terre.
Récemment, plusieurs amis historiens, dont Fadi El Hage, lui ont rendu collectivement un très bel hommage, amplement mérité.
Ici, le lieutenant-colonel à la retraite soulève en une trentaine de points introduits sous forme de questions la problématique de l'étrange débâcle de 1940 et il envisage celles-ci de manière globale, en abordant tous les aspects du problème. Bref, il ne s'en tient pas au seul aspect militaire et il remet les idées en place. La qualité de l'armement n'est ainsi pas en cause dans cette défaite, où la France pouvait aligner autant d'engins blindés que l'ennemi : il n'y avait aucun déficit. Ce qui manquait, c'était le moral de vainqueur qui avait été ardent en 1914-1918, et qui avait permis à l'armée française de passer pour la meilleure du monde au sortir de la Première Guerre mondiale, mais qui semblait en être singulièrement absent en 1940, arc-boutée qu' était cette armée sur ses principes défensifs malgré les volontés d'un certain De Gaulle et de quelques autres, comme le général Étienne, à la réformer pour la doter d'une force motorisée capable de surprendre l'ennemi et en tout cas de le stopper en rendant aux unités française une capacité de mobilité. Rémy Porte, après d'autres, fait litière de l'accusation d'extrême responsabilité des dirigeants du Front Populaire dans le terrible effondrement de mai-juin 1940. Tout le monde sait que le front craqua en un mois, que les combats héroïques et louables de certains n'empêchèrent pas l'effet de sidération provoqué par la foudroyante avancée de l'armée allemande. En réalité, une admiration pour le régime totalitaire nazi parmi certains partisans de l'instauration d'un régime autoritaire en France autour de Pétain et un courant pacifiste assez prononcé en même qu'une certaine incrédulité face à une éventuelle défaite française, voire la volonté d'incriminer tel ou tel courant politique de gauche accusé de mollesse, minaient en France la volonté de tenir bon et de vaincre : cet état d'esprit traversait toute la société, et il est vain parfois de dire que tel ou tel est seul coupable ou plus coupable que les autres. La ligne Maginot, censée maintenir l'ennemi aux frontières, mais contournée, fut bien l'un des symboles de cette impuissance généralisée qui allait saisir toutes nos élites jusqu'à l'armistice désiré ardemment par Pétain pour asseoir son régime.
À chaque question posée, Rémy Porte prend soin d'apporter des réponses argumentées et nuancées et son ouvrage est complété par une solide bibliographie.

François Sarindar
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