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Critique de enjie77


enjie77
  01 août 2019

Dans un style lyrique, Valérie Rossignol nous invite à participer à son aventure de la création partagée. Dans ce mot « partagé », Valérie Rossignol entend tout ce qui se joue entre son modèle et l'artiste.

Dans une première partie, elle relate la création en sa qualité de sculptrice, inspirée par un modèle masculin dénudé et, dans une seconde partie, elle adresse une lettre à un homme de chair dont elle est amoureuse. Les mots qui sont choisis s'épousent dans un récit nés de la plume d'une femme, de son regard, de sa sensualité, de son toucher, de ses émotions, de sa conscience.

Pour l'avoir vécu, le travail de la terre, de l'argile, à sculpter procure une sensation qui vaut toutes les séances de relaxation, de méditation mais participer ainsi à une séance où Valérie Rossignol donne vie à un homme de terre, a été une lecture jubilatoire. Elle nous confie les sensations intimes qui se mettent à l'oeuvre au cours de la réalisation de sa sculpture.

J'ai été subjuguée par sa capacité à nous impliquer dans cette expérience. Elle explique très bien cette subtile alchimie qui se passe en elle. Comment elle perçoit cette ouverture en son for intérieur qui sans celle-ci ne pourrait accueillir l'ébauche du projet. Elle ne peut ni ne doit séparer le corps de l'esprit au risque de dénaturer sa réalisation. C'est très beau ces passages où elle décrit l'étude du corps de son modèle, de ses muscles, de sa cambrure.

La force de son observation et l'abandon de son modèle créent une totale disponibilité pour recevoir l'émanation de l'être qui se dessine à travers la vision des signes imprimés sur la peau. Elle lit le corps. « le corps donne à sentir les perceptions tactiles du modelage comme s'il n'était plus objet mais source » - (page «30) – Elle voit au-delà des apparences, les échanges de regard, les attitudes du corps, la beauté du corps, décuplent ses sens, c'est presque une expérience mystique ! Mais c'est de cette intimité partagée que naît la sculpture.

C'est un retour aux origines, l'homme de terre s'incarne dans ses mains, l'homme de terre est en mutation, sa vie est fragile, le moindre coup et son corps éclate en morceaux

L'amour du beau geste comme de l'être humain est essentiel, il faut une compréhension aimante pour mieux ressentir les perceptions que suscitent l'immobilité de la pose, le silence, la clarté de la pièce, la circulation d'une énergie qui rend l'instant fécond. le modèle est examiné et ne peut se dérober. Ce n'est plus que le corps qui se dévoile mais l'âme. C'est un véritable lâcher prise.

Il y a des passages extrêmement émouvants voire poignants lorsqu'elle décrit les séances avec cet ami gravement malade et où elle écrit « J'ai sculpté son aura, ce qu'il restera de lui quand il sera mort : son éternité. » (page 36)

« L'art permet de créer une réalité. le modelage me permet d'appréhender un homme que personne n'a connu et ne connaitra jamais, un être de chair dans un instant vécu ». (page 40).

La création jaillit des mains, elles prennent, elles donnent, elles touchent, elles accomplissent, elles possèdent, elles transmettent, elles dominent, elles maîtrisent, elles guident. J'ai pensé à la très belle chanson de Goldmann « Sur une arme les doigts noués, pour agresser, serrer les poings, mais nos paumes sont faites pour aimer, y a pas de caresses en fermant les mains …… » mais dans ce récit, elles donnent naissance !

Et puis, il y a la nudité qui provoque en chacun de nous des sentiments différents selon notre histoire. Je n'oublierai jamais la réflexion d'Erri de Luca dans « La nature exposée » devant la statue du Christ nu page 42.


En revanche, la deuxième partie, la lettre qu'elle écrit à l'homme aimé, m'a moins captivée. C'est un hymne dithyrambique, ce n'est pas le fond qui m'a dérangée mais la forme, ce lyrisme m'est apparu surfait. Bien que j'aie compris le parallèle que faisait Valérie Rossignol entre l'homme de terre et l'homme de chair, l'acte d'amour est création, il me semble que la forme ne se prête plus aux lettres d'amour d'aujourd'hui. Cette missive aurait gagné en plus de simplicité et en plus de chaleur, aucune émotion ne s'en dégage.

Néanmoins, rien que pour savourer la première partie et la très belle préface de Belinda Cannone, je conseille de lire ce petit ouvrage qui m'a été offert par Babelio et les Editions « L'arbre Hominescent » que je remercie vivement et qui publie des ouvrages consacrés aux travaux artistiques de la représentation de l'humain. Henri-Paul Badet qui a initié Valérie Rossignol au modelage d'après un modèle vivant, clôture ce livre.
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