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Critique de Presence


Presence
  13 juin 2020
Ce tome fait à la fois suite à Lazarus, tome 5 : Génocide programmé (épisodes 22 à 26), et à Lazarus, tome 6 (X+66, 6 épisodes venant développer des personnages secondaires). Il contient les épisodes 1 à 3 de la saison Risen, initialement parus en 2019, écrits par Greg Rucka, dessinés et encrés par Michael Lark, avec l'aide de Tyler Boss, et mis en couleurs par Santi Arcas. Il s'agit d'épisodes à la pagination double, Rucka & Lark ayant fait évoluer leur stratégie de publication. le tome s'ouvre avec une page de résumé de la situation et des événements précédents, suivi par un trombinoscope occupant 2 pages replaçant les principaux personnages, au nombre de 25 parmi la famille Carlyle et ses serfs, la famille Morray, la famille D'Souza, la famille Vassalovka, la famille Armitage la famille Bittner, la famille Hock, et la famille Rausling.

En février de l'an +68, dans l'ex-province canadienne du Nunavut, une base de la famille Carlyle attend l'arrivée d'une invitée de marque : Tatania Kopylov. Elle arrive en tant que passagère d'un véhicule militaire tout terrain et pénètre dans le bâtiment principal. À l'extérieur, son arrivée a été remarquée par les caméras espions d'un commando mené par Gorgon. Une fois Kopylov à l'intérieur, le commando passe à l'action et abat tous les gardes postés à l'extérieur. Les membres du commando éteignent leur dispositif électronique individuel de camouflage et s'approchent furtivement des bâtiments. Ils exécutent sans bruit les sentinelles postées. Un commando arrache un oeil d'une sentinelle tuée et s'en sert pour débloquer le système de reconnaissance de sécurité. Lui et son coéquipier peuvent ainsi pénétrer dans le bâtiment, neutraliser définitivement les surveillants au poste de commande, et aller libérer la gouverneure Miranda Aklaq de sa cellule. Pendant ce temps-là, dans le bâtiment principal, Tatiana Kopylov est en train de négocier avec Rudy Aklaq, le gouverneur en poste. Ce dernier exige de parler directement au père de Tatiana. Elle s'exécute en mettant en marche un communicateur projetant un buste 3D de son père.

L'autre partie du commando fait irruption dans la salle, Forever Carlyle étant à sa tête. Les 4 gardes sont tués en l'espace d'une seconde, et Rudy Aklaq est neutralisé : il s'agenouille. Johanna Carlyle pénètre dans la pièce et explique les charges qui pèsent sur lui : haute trahison pour avoir pris le pouvoir en lieu et place de sa soeur Miranda, et pour avoir laissé des militaires de la famille Vassalovka pénétrer sur le territoire de la famille Carlyle. C'est au tour de Miranda Aklaq de pénétrer dans la pièce. Johanna Carlyle la charge de prononcer la sentence à l'encontre de son frère. Cela étant fait, Johanna Carlyle indique au père Kopylov que sa fille ne rentrera pas immédiatement, et elle entame des négociations avec elle. Dans un complexe implanté dans la partie sud de la Sierra Nevada, Bethany Carlyle supervise l'entraînement et les tests de Forever (Eight) sur un tapis de course. Elle exige d'augmenter significativement la vitesse du tapis : le monitoring de Forever passe au rouge et elle finit projetée contre le mur. Étendue sur le sol, elle souffre de plusieurs articulations disloquées. Sous le regard réprobateur du personnel soignant, Bethany Carlyle leur intime de ne pas intervenir et elle continue à mesurer le temps nécessaire à Forever pour récupérer. James Carlyle se permet de faire une remarque négative à sa soeur qui le remet incontinent à sa place. Après la fin de l'épreuve, Marisol Occampo vient réconforter Forever. À Puget Sound, Malcolm Carlyle est conduit à la grande salle de réunion pour un comité stratégique avec sa fille Johanna Carlyle et les principaux généraux au service de la famille.

Greg Rucka a conçu un récit au long court, mêlant anticipation, dystopie, politique fiction et opérations militaires brèves impliquant des unités très petites. le lecteur commence par noter la précision de date : +68. Au vu du temps qui s'est écoulé entre ce tome et le précédent, il est possible que le lecteur ait un peu perdu de vu certaines des caractéristiques de la série. Il est tout de suite remis dans le bain par la première séquence : les 5 pages d'intervention du commando de Gorgon. 2 d'entre elles sont silencieuses montrant à la fois la situation des différents bâtiments, les gestes et les frappes précises des soldats. Il faut un petit temps au lecteur pour se rendre compte qu'il a assisté à énucléation d'une rare efficience. Pour autant, il n'est pas plus préparé à un combat de 23 pages dans le deuxième épisode. Il n'imaginait pas que les auteurs puissent consacrer autant de pages à un combat. Après coup, il mesure mieux la pertinence de cette longueur : Forever Carlyle et les autres Lazarus sont mis en avant comme des combattants hors pair, un tel combat permet de montrer l'étendue de leurs compétences. D'un autre point de vue, le lecteur de comics s'attend à quelques pages plus ou moins chorégraphiées, mettant surtout en avant des poses esthétiques et des coups sadiques. Dans les faits, il suit avec facilité des mouvements et des coups qui s'enchaînent logiquement, à la fois par rapport au positionnement des personnages et à leurs postures, à la fois en rapport avec les caractéristiques du site (relief, objets) où l'affrontement se déroule. Rucka & Lark ont sciemment décidé de consacrer une telle place à ce combat à la fois pour montrer les prouesses des Lazarus, à la fois parce que ça pèse psychologiquement sur eux. Accessoirement, cela fournit le quota d'action pour l'épisode. le dernier contient à un nouveau un affrontement spectaculaire entre Lazarus, et il se déroule de manière très différente de celui de l'épisode 2.

La qualité de la narration visuelle se retrouve également dans la consistance des décors. Michael Lark promène le lecteur dans une zone enneigée du Nunavut, dans un bois en périphérie de Vladivostok, donnant une impression de réalisme sans recourir à un rendu photographique, avec une complémentarité remarquable de la mise en couleurs de Santi Arcas auquel il donne des consignes précises. Dans le premier épisode, Malcolm Carlyle sort de réunion et va s'asseoir sur un banc dans le parc de la propriété pour contempler la mer. le lecteur éprouve la sensation de s'asseoir à côté de lui, de profiter du calme de l'eau paisible, de la douce fraîcheur de l'air, de la tranquillité de ce coin de verdure éloigné du bruit. Lark & Arcas apporte le même soin à l'architecture et aux façades des bâtiments, ainsi qu'aux intérieurs. le lecteur aimerait bien pouvoir disposer d'un fauteuil dans la base du Nunavut et profiter de la vue de l'immense baie donnant sur les plaines enneigées, ou profiter du canapé moelleux dans l'appartement de Bethany Carlyle, ou encore du salon des appartements de l'épouse de Malcolm Carlyle. Par contre, il se sent moins détendu dans les laboratoires de Bethany Carlyle, ou dans la base à proximité de Vladivostok, du fait de leur aménagement froid et fonctionnel.

Grâce au trombinoscope en début d'ouvrage, le lecteur n'éprouve aucune difficulté à replacer chacun des personnages, même les secondaires. Par exemple, il identifie immédiatement Seré Cooper, la journaliste télé. Grâce à des dialogues ciselés, Greg Rucka sait leur insuffler un minimum de personnalité, et même plus. La vie de la plupart est entièrement conditionnée par leur position sociale : leur libre arbitre ne dispose que de peu d'options pour s'exprimer. Pour autant, le lecteur continue d'éprouver de l'empathie pour Forever Carlyle, s'inquiétant de savoir quel impact durable auront les missions d'élimination ou d'assassinat d'ennemis, espérant qu'elle aura l'occasion de rencontrer Eight, tout en s'interrogeant sur l'effet d'une telle rencontre. Plus le récit progresse, plus il se retrouve également émotionnellement impliquée avec Johanna Carlyle, à la fois inflexible dans son exercice du pouvoir, à la fois accusant le coup du poids des responsabilités.

Dans ce tome, la fibre de politique fiction s'éloigne du sort du commun des mortels (les serfs des familles, et les rebuts), se focalisant plus la stratégie de contre-offensive de Johanna Carlyle pour éviter l'invasion des territoires par une autre famille. le scénariste montre qu'il n'y a pas trente-six possibilités : il faut vaincre l'ennemi et l'anéantir, ou être anéanti soi-même. Les règles du système s'imposent, sans échappatoire possible, que ce soit à l'échelle de l'individu ou à l'échelle des familles nation. le lecteur ne dispose pas de toutes les informations nécessaires pour anticiper les décisions de Johanna Carlyle, ni pour mesurer leurs conséquences à court ou long terme. Dans ce tome, les intrigues de palais prennent également de l'importance, en particulier au sein même de la famille Carlyle. Bethany entretient une relation particulière avec son frère James, et elle joue un jeu obscur avec les informations sur la santé de son père, et peut-être sur celles de Eight. Johanna Carlyle manipule avec précaution Forever, tout en l'assurant d'une totale transparence. L'épouse de Malcolm Carlyle et la mère de ses enfants intrigue par son absence. James Carlyle découvre que les relevés télémétriques de Forever sont vraisemblablement piratés par une tierce partie non identifiée.

Greg Rucka, Michael Lark et Santi Arcas ont mis à profit le changement de rythme de parution pour peaufiner ces 3 épisodes doubles. le lecteur replonge avec facilité dans la série, malgré sa densité. Il se souvient rapidement qu'il l'apprécie entre autres pour ses séquences d'action époustouflantes, avec de nouveaux affrontements mémorables. Il retrouve vite son affection pour Forever Carlyle et constate qu'il en éprouve également pour Johanna et deux ou trois autres personnages. Il s'immerge dans des environnements solides et plausibles, et sa dépendance à l'intrigue retrouve toute son intensité.
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