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Critique de gabb


gabb
  31 mars 2019
Avec des si, on peut mettre Paris en bouteille.
On peut aussi, pour peu que l'on se nomme C.J Sansom et que l'on ait un peu d'imagination, faire tomber Londres dans l'escarcelle de l'Allemagne nazie dès 1940, et ainsi abréger l'atroce conflit que l'on sait.

Pour cela rien de plus simple : on transforme légèrement l'issue de la réunion qui se tint entre les principaux dirigeants britanniques le 9 mai 1940, on évince Churchill du pouvoir et on confie à Lord Halifax les rênes du pays.
Laisser reposer quelques années, attendre que la population finisse par s'accommoder du joug allemand, et observer, douze ans plus tard, l'état d'un pays transformé en satellite du Reich.
Voilà la recette d'une uchronie assez réussie, qui certes n'a rien de particulièrement original (une fin alternative à la seconde guerre mondiale ayant déjà constitué le point de départ de nombreuses fictions dans le même genre) mais qui reste très plaisante à lire.

Le soin apporté à la vraisemblance des faits, pourtant inventés de toutes pièces, est évident et confirmé par les notes de l'auteur (passionnantes !) en fin d'ouvrage.
Le travail de documentation sur l'histoire politique et sociale britannique des années 30 à 50 fut apparemment colossal, et tout l'intérêt de l'exercice consista ensuite à ne "réviser" qu'un minimum d'évènements historiques, pour ne faire dévier que de quelques degrés la trajectoire de la Réalité.
L'univers parallèle auquel C.J Sansom aboutit nous semble alors tout à fait plausible, et c'est finalement sans difficulté que le lecteur s'immerge dans cet empire en déclin, souverain en apparence, soumis dans les faits à l'autorité d'un Adolf Hitler gravement malade mais toujours au pouvoir, douze ans après la fameuse réunion du 9 mai, le pivot du drame.
Nombreux sont d'ailleurs les personnages historiques qui occupent encore des postes à reponsabilités en 1952 et qui interviennent dans le roman, à commencer par Churchill qui a pris la tête d'un réseau de résistance clandestin, mais aussi Reinhard Heydrich ou Hermann Göring.

La trame géopolitique tissée par l'auteur est donc très aboutie : elle fait la part belle aux dissensions profondes qui déchirent, parmi les citoyens du Royaume-(dés)Uni, les résistants opposés à toute entente avec le parti nazi, les pacifistes prêts à tous les compromis pour éviter la guerre et la masse des collaborationistes partisans d'un étroit partenariat avec le régime hitlérien.
Tout cela nous donne une idée assez juste et plutôt effrayante de ce qu'aurait pu devenir la France pétainiste sans la ténacité et le courage de certains héros.

OK je suis trop long, j'abrège et je vous passe les détails sur l'histoire d'espionnage sans grand relief qui occupe le coeur du récit (en deux mots, un fonctionnaire sans peur et sans reproche rejoint la Résistance, et se voit chargé de la protection d'un scientifique psychologiquement instable et détenteur d'un lourd secret qui intéresse autant Berlin que Washington). L'aventure traine un peu en longueur, et la fin m'a semblé carrément bâclée.
Il n'empêche que C.J Sansom a réussi à réinventer assez finement toute une époque, et à dépeindre avec justesse l'état d'esprit d'un peuple à la dérive, encore traumatisé par la grande guerre et dirigé par une classe politique défaillante. Son univers alternatif nous aide à comprendre que l'histoire du monde se joue parfois à pile ou face...
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