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Critique de StephV


StephV
  23 novembre 2011
Excellente biographie d'un personnage plus que controversé de l'histoire de France, « Jean sans Peur, le prince meurtrier » de Bertrand Schnerb est avant tout un travail universitaire, documenté, rigoureux. La personnalité de Jean sans Peur émerge de cette oeuvre qui s'attache à comprendre ses actions et motivations. Se dessine le portrait remarquable et circonstancié d'un personnage que l'historiographie classique a noirci à plaisir. Cette étude minutieuse du deuxième duc de Bourgogne se veut aussi la réhabilitation d'un homme dont on a surtout retenu le rôle dans l'assassinat politique de Louis d'Orléans. Bon connaisseur de l'État bourguignon, Bertrand Schnerb en restitue l'ambition et la puissance, réévaluant sa place dans l'émergence de l'État moderne. Ayant déjà consacré une étude à l'histoire et aux structures de l'État bourguignon, l'auteur se concentre sur l'aspect humain en laissant les questions d'histoire institutionnelle au second plan. La réflexion est centrée sur le rôle que Jean sans Peur joua dans les affaires politiques du royaume de France. Mais, avant tout, l'auteur a voulu suivre ce prince du berceau à la tombe et s'intéresser au monde dans lequel il a évolué. Il a tenté de mettre en lumière des aspects qui, auparavant, avaient été soit ignorés, soit négligés.
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La biographie de Jean sans Peur met en lumière un certain nombre d'éléments d'histoire politique, sociale et culturelle. Elle offre d'abord l'image de ce que peut être l'enfance et l'éducation d'un prince de la Maison de France. La formation politique de Jean sans Peur, commencée à l'âge de la majorité, est lente et soignée. Certes son père, Philippe le Hardi, ne lâche pas facilement la main, mais il confie à son fils des missions politiques qui lui permettent de s'initier à la gestion des grandes affaires de ses futures principautés. Dans la période de formation du prince, la croisade de Nicopolis (1396, Turquie) constitue un épisode d'affranchissement et d'autonomie. Il est clair que Jean sans Peur prend une large part d'initiative dans cette entreprise qui lui offre la possibilité de se mettre en avant. L'expérience des horreurs de la guerre, de la défaite et de la captivité constituent sans aucun doute un élément déterminant de sa future existence. Loin de le rendre amer, la croisade le fait sortir de l'ombre. Les sources le décrivent comme ayant fait preuve de courage, de sang-froid et d'abnégation. L'accueil que lui réserve la cour de France à son retour de captivité est très révélateur. Dans les années qui suivent, il semble que les tensions politiques aient progressivement modifié les relations qu'il entretenait avec son cousin Louis d'Orléans. C'est l'opposition de plus en plus marquée entre Philippe le Hardi et Louis d'Orléans qui explique le changement d'attitude de Jean sans Peur à l'égard de ce dernier. Ce qui apparait clairement, c'est la volonté de Louis d'Orléans de monopoliser le pouvoir en écartant le duc de Bourgogne du processus de décision. Jean sans Peur, en devenant duc, hérite d'une querelle qu'il n'a pas provoquée, mais une fois impliqué, il use de méthodes de plus en plus radicales. La sécurité et la prospérité de ses seigneuries, sa situation financière, la réforme de l'État royal, la crainte incontestable d'être lui-même victime d'un assassinat, la part importante de ses conseillers dans la décision finale sont autant de facteurs qui conduisent Jean sans Peur au meurtre de Louis d'Orléans (1407). Les sources documentaires permettent également de nuancer les jugements qui ont été portés sur la cour du duc. Loin d'être un moment faible dans l'histoire de la Maison de Bourgogne, son principat s'inscrit dans la grande tradition des Valois. Son entourage se constitue en une société politique structurée. Sur le plan institutionnel, la fonction du chancelier ducal se détache nettement. Son intégration à la noblesse est un indice de l'importance du caractère aristocratique de l'encadrement de l'État princier. Si les nobles jouent un rôle essentiel dans le conseil, dans les armées et à la cour du duc, tout un personnel de professionnels du droit et des finances intervient au niveau supérieur du gouvernement bourguignon. La masse impressionnante de témoignages documentaires concernant la piété du duc, sa culture et ses divertissements montre combien ces aspects de sa vie sont riches. le personnel clérical de haut vol, la qualité de la chapelle musicale et les grands noms de l'histoire de la musique qui y sont attachés, l'enrichissement de la bibliothèque ducale, le mécénat... en sont autant d'indices. Leur utilisation à des fins politiques et diplomatiques est incontestable, mais il est aussi vrai qu'ils constituent des éléments essentiels de la culture de la Maison de Bourgogne. L'étude des actions politiques de Jean sans Peur permet de mettre en lumière la place qu'y occupe l'activité diplomatique. Elle témoigne de son goût évident pour la diplomatie directe et de sa recherche de rencontres au sommet. Fin connaisseur de la psychologie de ses interlocuteurs, il sut capter la sympathie d'Henri V. Mais sa méthode a des limites et le mène finalement à sa perte à Monteneau, le 10 septembre 1419, lors d'un rendez-vous prévu avec le futur Charles VII.
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