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Critique de viou1108


viou1108
  16 avril 2014
Brillant. Carrément brillant.
Et je ne parle pas que de la couverture de l'édition de poche.
Je parle du roman, et de son auteur Steve Tesich, paix à son âme pour notre plus grand malheur à nous, pauvres lecteurs désormais privés de son talent.
Mais en aucun cas je ne parle du personnage principal, Saul Karoo, quinquagénaire plutôt peu reluisant. Ou alors il faudrait dire de lui qu'il brille par son cynisme, sa lâcheté et son égoïsme. Un type pathétique et détestable. Ce qui n'empêche pas la « profession » de lui reconnaître depuis longtemps un talent certain : Karoo est doué pour réécrire des scenarii de films de façon à les calibrer « purs produits hollywoodiens grand public », quitte à massacrer des chefs-d'oeuvre en puissance.
Ce stéréotype de l'antihéros, qui se rêve en Ulysse au coeur d'une odyssée futuriste, est un raté. Son mariage, son fils adoptif, son assurance-maladie, sa santé, tout lui échappe. Même l'ivresse se refuse à lui, malgré les litres d'alcool qu'il ingurgite à la moindre occasion. Limite cinglé mais terriblement lucide sur lui-même, Karoo est incapable de sincérité. Menteur patenté, à force de manipulations et d'hypocrisie, il perd de vue la réalité, aveuglé par son déni. Jusqu'au jour où un éclat de rire sur une cassette-vidéo le bouleverse et laisse espérer que sa carapace de superficialité va bientôt exploser.
Et là, de détestable, Karoo en devient presque touchant. En tout cas pour le lecteur. Parce que sa future ex-femme continue à le trouver ridicule et méprisable.
Sur la voie de la rédemption (croit-il), Karoo tente alors de sauver les meubles de sa vie, de recoller quelques morceaux, de remplir le vide intersidéral de son existence. Il se voit en artisan d'un happy end en guimauve technicolor, grâce auquel le vrai Saul Karoo serait enfin révélé au monde.
Critique féroce d'une certaine industrie cinématographique cheap et sentimentale made in US, mais aussi d'une société superficielle, égoïste et décadente, ce roman pourrait être désespérant. Mais l'humour – noir, cynique – est présent à toutes les pages. Entre Ulysse et Oedipe, le roman de Karoo est une tragédie moderne dramatiquement drôle, avec des moments de réelle tension, voire d'émotion.
Un grand roman américain, magistralement écrit et traduit.
Virtuose.
Saisissant.
Brillant.

De la littérature, quoi.
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