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Critique de nameless


nameless
  18 novembre 2017
Dans le bureau d'un juge d'instruction, Martial Kermeur raconte sa vie, la somme des omissions et renoncements, les rêves inaccomplis, l'enchaînement des mauvaises réponses données à de bonnes questions, toutes les erreurs d'aiguillage qui l'ont amené à noyer Antoine Lazenec, dans la baie, à quelques encâblures, à peine 9 kilomètres, de la presqu'île bretonne où il vit.

Martial a toujours été un peu velléitaire, passif. Il n'a pas compris que sa femme allait le quitter, il n'a pas compris que son fils Erwan allait devenir une pile électrique qu'il a chargée durant des années, et puis quand il a été licencié de l'arsenal, avec le pécule de 400 000 francs (le prix d'une petite maison dans le Finistère en 1990) qui a anesthésié sa révolte sociale, il a envisagé d'acheter un bateau pour aller à la pêche.

Mais ça, c'était avant. Avant que débarque sur la presqu'île un beau parleur en costard, au portefeuille plus gros que le coeur, godasses pointues et brillantes, Porshe 911 pour en imposer, qui embrasse tout le monde comme à Marseille. Lazenec se présente comme un agent immobilier qui veut transformer la presqu'île en Saint-Tropez breton, construire un complexe touristique à la place du château et de son parc qui font partie du patrimoine local, faire de la commune une station balnéaire. Pensez donc, une station balnéaire sur une terre où poussent si bien les artichauts et les choux-fleurs, dans une bourgade où la simple pose d'un panneau de signalisation a toujours été un casse-tête ! Le président du club de foot, le maire succombent rapidement aux chants de sirène de l'escroc qu'ils considèrent comme l'envoyé d'ils ne savent quel dieu pour sortir la commune du marécage, du marasme économique, comme un messie qui va drainer la manne céleste du tourisme.

Bien sûr, si Martial n'avait pas confié ses indemnités de licenciement à Lazenec, il ne serait pas dans le bureau du juge à dérouler le fil des événements qui ont fait de lui un meurtrier. Léger par son nombre de pages, mais lourd par sa portée, Article 353 du Code pénal est un roman social, dont l'auteur nous oblige à nous positionner en juré. Sans jugement, qu'il confie à notre responsabilité, il raconte un fait divers et nous invite à nous interroger dans le silence et le recueillement, et à chercher dans la sincérité de notre conscience quelle impression ont faite sur notre raison, les preuves rapportées contre l'accusé et les moyens de sa défense. Au terme de cette lecture, il ne me reste qu'à répondre à cette question : quelle est mon intime conviction ?
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