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Critique de mumuboc


mumuboc
  05 février 2018
Un livre que j'avais depuis des mois sur l'étagère, qui ne m'attirait pas plus que cela et dans le cadre d'une prochaine rencontre du club de lecture, je cherchais dans mes "trésors" un livre sur le thème de : Mémoires. Souvenirs d'enfance le sujet correspondait, j'attrape ce gros livre (en volume) et je me lance et dès le démarrage on ne pense qu'à aller plus loin ..... Découvrir un soir, alors qu'on se rend à cocktail mondain dans les beaux quartiers de New York, sa mère qui fouille les poubelles.....  Pas commun comme situation et cette rencontre lui remet en mémoire son enfance et ses parents en particulier. 

Famille peu commune : les parents Rex Walls et Rose Mary, lui figure forte, chercheur à ses heures, elle, artiste : peintre, poétesse, élèvent leurs 4 enfants dans un esprit de liberté, de responsabilité, pas de barrière autre que celles qu'ils se mettent, ils doivent se prendre en charge, assumer leurs actes, ne pas se plaindre, vivre l'instant, manger quand l'argent est là, se soigner si possible sans médecin ni médicaments, se laver rarement. 

Le clan vit de bric et de broc, plus souvent dans le dénuement complet, partent à la "cloche de bois" dès que les créanciers sont trop pressants, dorment à la belle étoile, dans la voiture, une belle aventure quand vous vivez dans une région ensoleillée, plus compliquée quand c'est dans un état où l'hiver est rude, où la pluie vous arrose dans votre lit (enfin lit disons plutôt carton....). La faim est souvent présente et même quand l'argent rentre on préfère acheter du matériel pour peindre, de l'alcool pour le père qui rêve de construire un château de verre pour sa famille où la lumière serait omniprésente, rêve de démanteler la mafia des syndicats, joue, gagne, perd, filoute, cherche à mettre au point le Prospecteur, machine à trouver de l'or :

En outre, il avait besoin d'argent pour financer ses recherches sur les techniques d'extraction de l'or.

- Les seules recherches que tu mènes portent sur la capacité hépatique d'absorption d'alcool, rétorquait maman. (p109)

Les enfants : Lori, Jeanette (l'auteure), Brian et Maureen s'accommodent comme ils peuvent de ce contexte, car il y a de l'amour malgré tout, beaucoup d'amour en particulier entre Rex et Jeanette : il est son maître, elle est sa plus belle réussite. Mais c'est une éducation à la "dur" comme on dit, Jeanette à 3 ans aura une grave brûlure suite à la chute d'une casserole d'eau bouillante alors qu'elle faisait cuire les saucisses, Lori sera révélée tardivement comme myope et découvrira enfin les détails du monde grâce à une paire de lunettes gagnée de haute lutte par une enseignante.

Elle (la mère) n'était pas pour les lunettes. Quand on avait de mauvais yeux, il fallait les exercer pour qu'ils se renforcent. Les lunettes c'était les béquilles. Cela empêchait les gens à vue basse d'apprendre à voir le monde par eux-mêmes.(p132)

Les enfants malgré le contexte sont une intelligents voir surdoués, lisent beaucoup, souffrent parfois de la faim, du regard des autres sur leur aspect : vêtements, saleté, odeurs etc..... mais il n'y a jamais de violence au sein de la famille. On est libre, on s'accepte tel que l'on est. Surtout qu'ils ont des trésors et que la vie aurait pu être bien autre et je vous laisse découvrir cela. On est ébahi, révolté, on découvre un univers familial assez particulier et déroutant.

Une telle enfance laisse bien sûr des traces et la fratrie n'aura qu'une idée s'est de fuir afin de survivre et s'offrir un futur possible. Il y a une vraie solidarité entre eux et c'est ce qui va leur permettre de s'en sortir, plus ou moins bien.

Attention ne vous faites pas de fausse idée : Rex, malgré son alcoolisme qui le mènera jusqu'au délirium tremens, aime ses enfants, Rose Mary vit dans un monde, son monde, peut être aurait-elle préféré ne pas avoir d'enfants, mais ils sont là et ils n'ont qu'à se débrouiller car elle, elle a un autre destin. Bien sûr ils ne voient pas leur déchéance comme un échec, pour eux c'est une richesse, c'est un choix, ils ne savent jamais de quoi  sera fait le lendemain et sont en fin de compte eux aussi de "grands enfants" mais il faut peut-être aller chercher les causes dans leur passé et ils refusent même d'entrer dans le système établi

On est parfois horrifié des conditions dans lesquelles sont élevés ces enfants, se demandant comment ils ont pu échapper au pire, comment ils ont pu surmonter cela, peut-être comme des sortes d'animaux avec un instinct de survie.

Roman autobiographique, se déroulant dans les années 1960, dont un film a été tiré très récemment et dont je vous mets la bande annonce 

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=y91hbjzs0gk&w=560&h=315]

elle reflète totalement l'ambiance du roman et une certaine idée de la vie pour ces deux parents totalement décalés.

J'ai beaucoup aimé : l'auteure est toujours partagée entre l'amour de ses parents "différents",  et son désir d'avoir une vie plus stable, manger à sa faim, avoir un confort de vie, être une enfant comme les autres. Mais une telle éducation fait grandir bien plus vite et il y a un moment où la survie exige l'éloignement.

Récit découpé en 5 parties, 5 étapes de cette vie cahotique.

Et comme le dit Rose Mary à la fin du récit :

Je ne me suis jamais ennuyée avec votre père
Lien : http://mumudanslebocage.word..
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