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Critique de Apoapo


Apoapo
  07 février 2016
Sous forme de roman épique, est contée l'histoire des membres du clan Ximen, parents et descendants du maître du village du même nom situé dans le nord-est de la Chine, entre le 1er janvier 1950 et le 1er janvier 2001. L'épopée représente une longue description picturale de l'évolution socio-politique de la République populaire en milieu rural depuis son instauration. le narrateur principal en est le chef de famille, Ximen Nao, fusillé par la Révolution, qui se réincarnera successivement en âne, boeuf, cochon, chien et singe avant de recouvrer la réincarnation humaine qui clôt le roman. L'un de ses descendants par alliance intervient aussi comme co-narrateur, parfois dialoguant avec lui, ainsi que le personnage qui porte le nom de l'auteur, lequel, s'il apparaît dès son enfance et que son identité d'écrivain se mêle avec auto-ironie aux péripéties des autres personnages, ne devient narrateur que dans la dernière partie du récit où le singe est muet. de sa position animale et à travers les avatars de ses réincarnations parfois reconnues, notamment par les personnages aimant le maître et fidèles à sa mémoire, celui-ci peut garder à la fois l'intimité domestique qui le lie à ses gens et un regard discret, humoristiquement critique de leurs vies et des principales étapes historiques que le régime a imposées au village : l'industrialisation forcée, la collectivisation des terres, la course au productivisme des coopératives d'élevage, la Révolution culturelle, la réintroduction de la propriété privée, la tertiarisation capitaliste, la précarisation des classes sociales.
Tout au long de cette lecture interminable et fragmentée, j'ai suivi ma clef de lecture du roman épique, ainsi que l'intuition, corroborée par un certain nombre de notes de la traductrice et par plusieurs indices disséminés dans le texte, que les références étaient nombreuses à certains classiques de la littérature chinoise. Cependant, celle-ci m'étant entièrement inconnue, la piste épique n'a finalement pu me parler que d'après l'epos homérique, et mes carences ont sans doute constitué l'obstacle principal à une jouissance plus compète de l'oeuvre. En effet, j'ai été confronté à un très fort sens d'étrangeté, aussi bien dans le déroulement narratif que dans le style et en particulier dans les métaphores du roman. En ce qui concerne le premier, j'ai été dérouté par le manque de l'unité que l'on prête habituellement au roman, remplacée par une suite de récits quelque peu disjoints – tout comme dans les poèmes homériques à y bien réfléchir – annoncés en début de chapitre comme dans certains livres anciens, et assez dissemblables, hétérogènes et non exempts de longueurs et de répétitions. En ce qui concerne le style, hormis l'étrangeté d'une langue éloignée que la traductrice a eu bien raison de rendre en dépit de la rudesse que cela entraîne nécessairement, cette même hétérogénéité est sans doute le fruit le plus clair des références littéraires multiples qui ne peuvent être comprises que par le connaisseur.
Parfois je me suis demandé si l'estime occidentale pour l'auteur nobellisé n'était pas due principalement à la plume du dissident. Cependant, en fin de lecture et me rappelant les récits les plus réjouissants qui déteignent sur ceux qui semblent plus ternes, je penche vers un jugement global plus indulgent vers l'auteur (et la traductrice) qu'envers moi-même.
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