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Par canel, le 26/11/2012
Le cercle de
Bernard Minier
Le moteur hors-bord de 40 chevaux avait rendu l'âme peu de temps après leur départ ; la coque pourrie du vieux rafiot craquait à chaque coup de mer. Drissa songeait en claquant des dents aux passeurs libyens qui leur avaient pris leurs dernières économies pour leur vendre ce radeau en sachant qu'ils les envoyaient probablement à la mort, aux Touaregs de Gao, aux marchands d'esclaves de Dirkou, aux militaires et aux gardes-frontières, à tous ces charognards sur leur route qui s'étaient enrichis à leurs dépens à chaque étape de leur "voyage" - et il les maudissait. Une dizaine d'hommes et de femmes étaient déjà morts de soif pendant la traversée et ils avaient été jetés par-dessus bord, plusieurs enfants avaient de la fièvre. (p. 295-296)
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Par canel, le 24/11/2012
Le cercle de
Bernard Minier
"Ami est quelquefois un mot vide de sens, ennemi jamais." - Victor Hugo
(p. 123)
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Par canel, le 26/11/2012
Le cercle de
Bernard Minier
Les gens votent (...). Ils croient qu'ils décident... Ils n'ont aucun pouvoir de décision. AUCUN. Parce qu'ils ne font que reconduire à l'infini la même caste, élection après élection, législature après législature. Le même petit groupe de gens qui décident de tout pour eux. NOUS... Et quand je dis "nous", j'inclus nos adversaires politiques. Deux partis. Qui se partagent le pouvoir depuis cinquante ans. Qui font semblant de n'être d'accord sur rien alors qu'ils le sont sur presque tout... Cela fait cinquante ans que nous sommes les maîtres de ce pays et que nous vendons au bon peuple cette arnaque nommée "alternance". Les cohabitations auraient dû lui mettre la puce à l'oreille : comment deux pouvoirs aux options radicalement opposées pourraient-ils cohabiter ? Mais non : il a continué à gober l'escroquerie comme si de rien n'était. Et nous [politiciens], à profiter de ses largesses.
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Par canel, le 27/11/2012
Le cercle de
Bernard Minier
Ces dernières années, les officines [de détectives privés] s'étaient multipliées dans un monde où l'économie prenait de plus en plus les allures d'une guerre, et même des groupes ayant pignon sur rue n'hésitaient plus à y avoir recours. Des avocats représentant des petits porteurs dont on traquait la vie privée, des membres de Greenpeace victimes d'espionnage informatique, des personnalités politiques dont on "visitait" les appartements : le recours aux officines était devenu une pratique courante, établie, générale, malgré le boucan médiatique provoqué par les plaintes des victimes et les tentatives de certains juges pour mettre de l'ordre dans cette pétaudière. (p. 410)
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Glacé de
Bernard Minier
Il tombait une pluie fine et il n’avait pas de parapluie, mais il accueillit cette pluie comme une bénédiction. Il lui sembla qu’elle le lavait de l’ordure dans laquelle il baignait depuis plusieurs jours.
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Par Megelio, le 17/12/2012
Glacé de
Bernard Minier
Sous la surface gît une énorme masse de non-dits, de douleurs et de secrets. Personne n’est vraiment ce qu’il paraît.
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Par canel, le 24/11/2012
Le cercle de
Bernard Minier
(...) il y avait fort à parier que c'était la première affaire de cette importance que monsieur le procureur avait à traiter. Pour compenser son manque d'expérience, il affirmait son autorité. Parfois justice et police avançaient de concert, parfois c'était comme si chacune tirait à un bout de la même corde. (p. 41)
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Par canel, le 24/11/2012
Le cercle de
Bernard Minier
[Interrogatoire de police]
(...) l'atmosphère avait changé. Tant de pression et tant de peur. L'heure des aveux. Elle approchait. Les aveux spontanés, les aveux bidon, les aveux véridiques, les aveux fantaisistes, les aveux extorqués... J'avoue parce que ça me soulage du fardeau de ma culpabilité, j'avoue parce que j'en ai marre, parce que je suis trop fatigué, trop impuissant, parce que j'ai une envie irrésistible d'aller pisser, j'avoue parce que ce sale type, là, n'arrête pas de me souffler son haleine infecte à la figure, j'avoue parce qu'il me rend cinglé, avec ses hurlements, et parce qu'il me fait peur, j'avoue parce que c'est ce qu'ils veulent tous, dans le fond, et parce que je vais finir par faire une crise cardiaque, un infarctus du myocarde, une hypoglycémie, une insuffisance rénale, une épilepsie... (p. 69)
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Par canel, le 26/11/2012
Le cercle de
Bernard Minier
Vous savez ce qui me manque le plus [en prison] ? (…) Internet. On est tous devenu accro à cette saloperie, c'est dingue. Je suis sûre que la privation de Facebook va faire grimper en flèche le nombre de suicides dans les prisons. (…) 70% des détenues ici sont toxicomanes, vous le saviez ? Moins de 10% bénéficient d'un traitement de substitution. La semaine dernière, une fille s'est pendue avec sa ceinture. Elle en était à sa septième tentative et elle avait fait part de son intention de recommencer. Ils l'ont quand même laissée seule sans surveillance. (p. 280-281)
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Le cercle de
Bernard Minier
(début du livre)
SON ESPRIT N'ÉTAIT qu'un cri.
Une plainte.
Dans sa tête, elle criait de désespoir, elle hurlait sa rage, sa souffrance, sa solitude... - tout ce qui, mois après mois, l'avait dépouillée de son humanité.
Elle suppliait aussi.
Pitié, pitié, pitié, pitié... laissez-moi sortir d'ici, je vous en supplie...
Dans sa tête, elle criait et elle suppliait et elle pleurait. Dans sa tête seulement : en réalité, aucun son ne sortait de sa gorge. Elle s'était réveillée quasi muette un beau matin. Muette... Elle qui avait toujours aimé s'exprimer, elle à qui les mots venaient si facilement, les mots et les rires...
Dans l'obscurité, elle changea de position pour soulager la tension de ses muscles. Elle était assise par terre, adossée au mur de pierre, à même le sol de terre battue. Elle s'y allongeait, parfois. Ou bien elle rejoignait son matelas pouilleux dans un coin. Elle passait le plus clair de son temps à dormir, couchée en chien de fusil. Quand elle se levait, elle faisait des étirements ou bien elle marchait un peu - quatre pas et retour, pas plus : son cachot mesurait deux mètres sur deux. Il y faisait agréablement chaud ; elle savait depuis longtemps qu'il devait y avoir une chaufferie de l'autre côté de la porte, à cause de la chaleur mais aussi des bruits : bourdonnements, chuintements, cliquetis. Elle ne portait aucun vêtement. Nue comme un petit animal. Depuis des mois, des années peut-être. Elle faisait ses besoins dans un seau et elle recevait deux repas par jour, sauf lorsqu'il s'absentait : elle pouvait alors passer plusieurs jours seule, sans manger ni boire, et la faim, la soif et la peur de mourir la taraudaient. Il y avait deux judas dans la porte : un tout en bas, par où passaient les repas, un autre au milieu, par où il l'observait. Même fermés, ces judas laissaient deux minces rayons lumineux trouer l'obscurité de son cachot. Ses yeux s'étaient depuis longtemps accoutumés à ces demi-ténèbres, ils distinguaient des détails sur le sol, sur les murs que nul autre qu'elle n'aurait pu voir.
Au début, elle avait exploré sa cage, guetté le moindre bruit. Elle avait cherché le moyen de s'évader, la faille dans son système, le plus petit relâchement de sa part. Puis elle avait cessé de s'en préoccuper. Il n'y avait pas de faille, il n'y avait pas d'espoir. Elle ne se souvenait plus combien de semaines, de mois s'étaient écoulés depuis son enlèvement. Depuis sa vie d'avant. Une fois par semaine environ, peut-être plus, peut-être moins, il lui ordonnait de passer le bras par le judas et lui faisait une injection intraveineuse. C'était douloureux, parce qu'il était maladroit et le liquide épais. Elle perdait connaissance presque aussitôt et, quand elle se réveillait, elle était assise dans la salle à manger, là-haut, dans le lourd fauteuil à haut dossier, les jambes et le torse attachés à son siège. Lavée, parfumée et habillée... Même ses cheveux fleuraient bon le shampooing, même sa bouche d'ordinaire pâteuse et son haleine qu'elle soupçonnait pestilentielle le reste du temps embaumaient le dentifrice et le menthol. Un feu clair pétillait dans l'âtre, des bougies étaient allumées sur la table de bois sombre qui brillait comme un lac, et un fumet délicieux s'élevait des assiettes. Il y avait toujours de la musique classique qui montait de la chaîne stéréo. Comme un animal conditionné, dès qu'elle entendait la musique, qu'elle voyait la lueur des flammes, qu'elle sentait les vêtements propres sur sa peau, elle se mettait littéralement à saliver. Il faut dire qu'avant de l'endormir et de la sortir de son cachot, il la faisait toujours jeûner pendant vingt-quatre heures.
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