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Citation de babel95


Un bonheur de plus en plus fort

Un amandier en fleur qui explose de blancheur, comme à chaque printemps, bousculant le ciel, le repoussant aux limites de la toile. Ce tableau inachevé est la dernière oeuvre de Bonnard. Celle qui reposait sur son chevalet à sa mort. Ses proches racontent que, jusqu'au dernier moment, le peintre modifia la toile, notamment le sol sous l'olivier : "Ce vert, sur ce peu de terrain en bas à gauche, ne va pas. Il faut du jaune...."
L'amandier est le premier arbre à refleurir au sortir de l'hiver. Ses fleurs jaillissent dans le pressentiment et l'impatience du printemps qui revient. Le revoici donc, ce printemps qui nous bouleverse à chaque fois. Et ce qui nous bouleverse plus encore, c'est qu'il revienne : nous sommes toujours animalement émerveillés par cette présence et par ce retour. Comme si chaque printemps ne pouvait être que plus beau que le précédent, comme si ces éternels recommencements exerçaient un effet cumulatif sur notre bonheur. Comme si tous ces cycles, toutes ces éclipses n'étaient là que pour faire grandir en nous l'instinct du bonheur, et la conviction de sa nécessité. Si, chaque année, nous sommes émerveillés par ce printemps, n'est-ce pas parce que notre intelligence du bonheur s'est accrue ? Et parce que notre regard est devenu lui-même plus perçant ? Plus à même d'aller vers l'essentiel : vers le bonheur d'être vivant, tout simplement.

(tableau de Pierre Bonnard, l'amandier en fleur, 1947 musée national d'art moderne, Paris)

Contrairement à Van Gogh, Bonnard fut un artiste reconnu de son vivant, heureux dans son époque. Il continua de peindre avec plaisir jusqu'à ses derniers jours, malgré son âge avancé. Chaque année, inlassablement, Bonnard était touché par le printemps, et le dernier qu'il a vécu fut exceptionnel. L'amandier poussait sous la fenêtre de sa chambre dans sa maison du Canet, et "jamais peut-être l'arbre ne se vêtit d'une robe plus somptueuse qu'en ce printemps-là, comme s'il voulait lui promettre des jours de douceur", selon l'un de ses biographes. Sa peinture, simple et lumineuse comme cet amandier, nous rappelle cette leçon de bonheur fondamentale : ni dans le futur, ni dans le passé, mais dans le présent de la vie.
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