Par Couperine, le 25/02/2012
La Tour de Constance et le Chambon-sur-Lignon : L'oubli et le royaume de
Patrick Cabanel
Cela peut paraître saugrenu, mais nous avons tous dans la tour, et pas seulement les protestants, une poignée de vieilles dames, des parentes, que nous avons le droit de ne pas oublier. S'y enfermer avec elles, même pour quelques heures, n'est pas facile. Il est plus tentant de continuer son chemin par les rues multicolores d'Aigues-Mortes et de pousser jusqu'à la mer et aux pyramides de la Grande-Motte. Une telle luxuriance de liberté et de désirs fait trembler ce littoral d'Europe, que l'on regimbe à l'idée de s'écarter de la vie et d'entrer dans ce puits aérien où des femmes n'ont rien fait d'autre que de ne plus rien attendre. Au moment de passer le seuil, comme elles ont dû le faire en leur temps, celles dont les parcours reliaient à l'anneau d'Aigues-Mortes rongé de sel l'éventail du Midi huguenot, j'ai regardé du côté des montagnes, avec cette nostalgie brutale du pays vert et noir où le ciel offre à la terre un littoral bien plus puissant et odorant que la mer à la Camargue. On songe à Marie Durand et au granit du Bouchet-de-Pranles, dans son lointain Vivarais ; à Marie de la Chabannerie, près du Mazet-Saint-Voy ; à leurs compagnes, venues du Lozère ou des Boutières, de Lacaune ou de Vergèze : demandons avec elles encore un instant de répit, à parcourir les voilures du ciel que l'on plie avec les draps, là-haut, avant d'entrer dans la rotonde des mortes vivantes. (P23-24)
> lire la suite
Par Couperine, le 22/10/2010
Cévennes : Un jardin d'Israël de
Patrick Cabanel
Ils ont pris le désert.
Non parce que le pays est vide. Il est plein, à cette époque. Des hommes partout, des traces partout, des travaux partout. Non parce que les pierres ou quelque maquis le résumeraient tout: la Cévenne est un jardin, elle est un verger. Les hommes y ont pratiquement fabriqué la terre, je le redirai. Ce n'est pas le désert de Saint-Guilhem et de la Séranne, source, cloître et moines dans le silence médiéval et la garrigue calcinée. C'est celui des Hébreux: le Désert de l'ancienne Bible, dans laquelle ils vivent. Il y a aussi, pour eux, une Egypte, une sortie et une traversée, une mer Rouge, une terre promise. Ils se trompent de trois mille ans, mais ils savent lire à travers les lignes et ils sont libres. Ils dorment sous le ciel, ils prêchent à temps et à contre temps. Ils ont des avertissements, des visions, ils roulent dans la poussière et la sueur, les corps se tordent et hurlent, le français d'un Clément Marot et d'un Agrippa d'Aubigné coule à flots de ces bouches occitanes et c'est l'Eternel qui leur parle. Des choses très simples, comme dans l'Israël antique. C'est presque effrayant
> lire la suite