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Citations de Suzanne Doppelt (14)


imitant légèrement l'oiseau…


imitant légèrement l'oiseau elle se tient dans l'air d'une manière
parfois d'une  autre, plus ou moins longtemps contre  et  avec
l'agitation du vent, son vol est naturel mais sans  ailes  et sans
organes analogues, chaque bulle se déplace parmi les bulles de
son espèce, il leur arrive même de former des grappes follement
explosives, elle ne chante pas et ne fréquente ni les arbres ni les
fils électriques, un non-oiseau qui tient un peu de lui. De la mou-
che aussi et du petit dirigeable, elle traverse l'espace lorsqu'un
simple courant d'air la dévie de son axe, pour bien l'apprécier
mieux vaut la suivre de très près dans l'ombre ou alors dans la
lumière, le corbeau ne vole que le jour, le hibou ne vole que la
nuit, elle vole le jour et la nuit, dès lors qu'un jeune homme se
met à la tâche. En vue d'y voir plus clair, vers  le haut  il fera
beau, vers le bas il pleuvra, vers midi la nuit commence, vers
minuit le jour se prépare, à peine un oiseau mais un oiseau
malgré tout, un drôle d'augure
...
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dix veilleuses ne valent pas une lampe…


dix veilleuses ne valent pas une lampe et dix gouttes d'eau ne valent pas une veilleuse et pourtant il rayonne un léger spectre, un faible éclat mais un éclat quand même, car c'est l'air et la lumière qu'il prend à la pointe de son pinceau ou à l'autre bout du tube où se concentrent puis se replient le temps plus l'espace en entier par son corps un bon conducteur électrisé. Un soupçon de lumière qui ondule, glisse comme il peut dans l'air, un point silencieux divaguant et imitant légèrement l'oiseau, on doit le suivre des yeux pour retenir la leçon, une leçon très spéciale, les propriétés de la matière, la marche du temps ou l'usage du monde, à chaque ouvrage son éclairage et à chaque âge son plumage. Toute lumière a une bouche, et parle, celle-ci se tait pour ainsi dire, elle répète une histoire sans parole avec du souffle dont les héros électrisés servent de modèle officiel, du savon, de l'eau et plusieurs colorants font une simple réaction mais de quoi éclairer le tout
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la logique sauve de l’ennui et l’exercice de la mélancolie, ou alors le carré ou la renoncule d’eau et le cresson des fontaines, quand on est née sous la lune un nuage très feutré avec son odeur de poudre à canon tandis que le soleil brille à qui mieux mieux elle pleure de ne plus être une enfant, la face noire le regard éteint comme celui d’une statue. Atterrée retirée aussi muette qu’un lièvre, le coude au genou le menton sur la main elle doit déplier l’ensemble, il faut changer les formes et revoir les décrets, qui est taranta laisse-la danser qui est mélancolie chasse-la dehors, avant que tout ne revienne pareil au printemps suivant, elle doit se déplier et beaucoup s’énerver danser cette année et beaucoup batailler. Une vraie fureur pour se figurer comment les choses absentes imposent leur présence, dans une expédition commune elle plus le petit fantôme sans couleur qu’elle abrite en rêve, un jeu avec l’espace, une idylle renversante et inavouable mais bien connue de tous
on n’est jamais laid quand on a de belles dents, de vraies perles qui servent à tout, celles du loup à mettre en pièces, celles de la vache qui ramassent ou de l’araignée, une paire bien disposée pour percer la peau du cou ou alors des pieds, telle dent telle morsure et tel poison rêvé à Galatina comme ailleurs, une étrange maladie d’une rare fixité. L’anémone donne des convulsions qui ressemblent à un rire et la douce-amère hallucine, lui est un moteur brut à deux temps, chaque année il fait son effet, un venin mélancolique qui arrête le mouvement et les pensées avec, porte l’ennui jusqu’à son comble avant de déclencher une valse affolée, danse Maria et danse fort car la tarentule est vivante et non morte. Mélancolique c’est son chant quand elle mord et remord qu’il faut refaire, son ton, sa qualité et ses vibrations histoire de dissoudre le poison dans le mauvais passé, son esprit est tourné elle a besoin de six grains d’ellébore ou de musique pour réussir au mieux son duo de choc.
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Aucun vent n’y passe, la maison est poreuse tandis que la cave ne l’est pas ou si peu, une chambre basse sans vue ni perspective, aucun jour même de servitude et une fraîcheur digne d’un frigidaire, un lieu sans saisons et sans âge où repose en désordre un bel assortiment, un tas mal entassé, une somme d’engins et les spécimens naturels, à peine un chemin où poser les pieds. Difficile exploration sauf pour les rats domestiques et l’araignée commune, pour l’homme souterrain qui dialogue avec une grenouille, peu visible car les fantômes ne se voient pas à la chandelle pourtant c’est bien au sous-sol que se trouve l’âme de l’endroit humide et ventriloque, son retour périodique et son petit secret, on y descend et parfois on ne remonte jamais. Commence alors une sourde animation, l’ensemble se recompose, une chose devient la suivante, un règne passe dans un autre, aussi tranquille que les êtres les plus lents, ceux de la nuit qui marchent au ralenti et à l’abri, mais peu à peu le rythme croît et se complique, la cave est cinétique, ce n’est plus une chambre basse, à la place les couloirs en rhizome s’étirent et varient, des forces libres qui sous les fondations dessinent un réseau de guerre et d’exil. Une très bonne cachette en compagnie des bêtes, des songe-creux et des reliques, une seule entrée pour ce fond obscur et indébrouillable d’où l’on sort toujours perdu, y sont de quoi se nourrir, les provisions de l’année et les générations spontanées, même dans certaines le vin ou l’eau ruisselle
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elle a établi sa base, un petit chemin souterrain et vertical qui ne va nulle part, à la fois il y fait chaud et froid c’est sa chambre noire sans aucune image intérieure, un simple trou dans la terre ferme le contraire d’un réseau, une réussite il suffit d’un seul pour faire une passoire ou un bon poste d’observation, d’ailleurs devant elle est postée. Soit sur un fil à haute tension au coin d’une fenêtre, un angle mort où elle fait la morte un artifice nécessaire à sa survie, l’araignée loup qui attaque pied avec pied s’en est venue pied avec pied s’en va, là se logent les esprits fatigués, au pré ou au champ son terrier a commencé le contraire d’une toile mais un bricolage digne de l’ouvrage, dont une entrée celle devant laquelle on se tient. Avant de partir vide et suspendu comme une bulle de savon, de la poussière cosmique déplacée par de l’air comprimé, voler parmi d’autres débris glisser serpenter danser puis retomber sur la terre ferme aussi plate qu’une punaise
les taches sont parfois des cailloux et les rayures des brindilles, un champignon devient une souris la grenouille une feuille morte, du reste combien de feuilles n’en sont pas – le criquet-feuille, la mante-feuille, le poisson-feuille, triple-un, est animal, végétal, minéral et sidérale la matière passe d’une forme à l’autre, c’est une beau camouflage saisonnier. Plus un beau mélange des genres quand l’homme s’associé à une araignée ou autre sa doublure d’invisible, pour faire un peu comme elle, même rythme même gymnastique, des torsions et des états, en zigzag plusieurs fois imitant aussi les fourmis, tout bouge impersonnel, l’œil tourne et la matière repasse d’une forme à la suivante. Mais adhère bien à son hôte, c’est un faux camouflage digne d’un mage éclairé et une activité sans relâche celle où il s’agit au cours d’un service très spécial de sortir par un pouce du pied par un doigt de la main ou alors par le fin bout du pan de ta chemise les pensées et les actes inaboutis
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j’ai pris les arbres…



j’ai pris les arbres, l’herbe, là où c’était un peu sec, un peu brûlé et je les ai fait devenir vert, un vert qui renvoie bien l’écho et la lumière, un vert anglais au sud-est de la ville, Maryon Park de façon qu’il ressorte, un beau tableau vaguement abstrait, flottante non pas une tache sombre proche de l’oiseau ni un insecte écrasé mais un visage, pour le voir on doit s’appliquer
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« La morsure de la tarentule fixe l’homme dans son propos, c’est-à-dire dans la disposition d’esprit où il se trouvait quand il a été mordu » écrit Léonard de Vinci, et ce passé souvent mauvais ne cesse de revenir. Pour arrêter la transe périodique due à son venin, inoffensif pourtant, il faut la musique, la danse et des couleurs. C’est ce que montre le petit film de Gianfranco Mingozzi, Tarantula, inspiré par Ernesto De Martino, tourné en 1961 dans le Salento, région très blanche et poussiéreuse du sud de l’Italie. Sur cette « terre du remords », il est question d’ennui et de fatigue, d’une confusion des genres, du sort jeté et à moitié levé.
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elle est ici et elle est là partout mais faiblement signalée, il s’agit d’une silhouette si fragile qu’on peut la confondre ou la révoquer en doute ce leurre qui apparaît dans l’air presque sans substance ni expression, conçue par la fantaisie du jeune homme peut-être en vue d’éduquer son cadet, on doit jouer pour devenir sérieux et complet, s’amuser avec des pions ou du savon. Voir quelque chose qu’il n’y a pas, la mer extérieure, la lune au milieu de plusieurs soleils, des songes imitant toutes sortes d’apparences, un simple artifice d’optique, une douce tromperie qui ravit, tue le temps et rend bien mélancolique ; comme d’un bois, il s’agit d’une drôle d’affaire d’où on sort souvent un peu perdu. D’avoir erré ou vu ce petit spectre accroché à un fil conducteur et fixé pour toujours, vide, privé de style alors qu’un rien le fait voler en arrière, de côté ou exploser aussi vite, on doit se remettre à l’ouvrage au bord de la fenêtre, un tableau variable, la tête tourne, l’œil tourne.
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c’est une surimpression que les yeux traversent la voyant sans la voir vraiment, d’une solution savonneuse par un influx léger et une passe magnétique elle est sortie avec les qualités d’un élastique, ce maigre fantôme vaporeux qui occupe et n’occupe pas certaines places, un ancêtre exhalé via le jeune homme penché pour vérifier de quoi il retourne. Son secret bien gardé qui hante l’espace, on n’entend rien à cette magie ni même à cette géométrie, celle du petit démiurge trempant son bâton dans le savon ou la peinture d’où sort une figure privée de tous ses traits et mise en tension, homo bulla, l’homme bulle si peu indiqué pareil au reflet au fond d’un miroir piqué ou au beau milieu de l’eau trouble. Un rare support de clairvoyance laissant voir sans rien montrer du tout ce qui n’est pas déjà visible mais pourrait le devenir, le vide d’un rêve, un mauvais courant d’air, on n’entend rien à cette bulle encore moins à cette atmosphère, un modèle tout réduit du monde, muet et diffracté
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pour obtenir un courant continu il suffit d’un tube à vide et d’un petit flux assidu, un tube ou bien une courte paille légèrement serrée entre les dents par laquelle passent les rayons et l’air, un mélange de traits et de lignes en sens unique, une savante extension qui trahit les mouvements les plus cachés et cause une belle étincelle quand elle touche la moindre chose. Une paille, en fait une baguette aux effets stupéfiants, magique et pétrifiée qui défait puis refait la matière, invente les animaux et ouvre grand la mer, une sacrée décharge, elle contrevient à toutes les lois de la nature, au bout des doigts, entre les dents, une mince flûte, un pipeau antique pour improviser comme par enchantement la délicate musique des sphères. Ou celle de la bulle de savon presque introuvable à l’œil nu, il suffit d’une seule expiration à peine un son plus un habile coup de pinceau alors l’air vibre, la lumière clignote et l’image soutenue par une baguette ou un bâton est fixée une bonne fois pour toutes
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la terre est ronde comme un œuf de poule ou d’autruche, un cercle imprécis dix-neuf fois moins grand que la lune d’où un jeune homme est tombé avec son double effronté, la jolie boule du monde, c’est un modèle réduit, de toutes les figures la plus semblable à elle-même, il doit se courber pour la reproduire puis la traverser. Une circumnavigation à lui seul destinée plus à quelques marins appointés, il faut du souffle et le sens de l’orientation car le commencement et la fin se confondent, un troisième œil électrique aussi afin de maintenir le fantôme en image, le ballon d’essai si bien gonflé et suspendu au bout d’un fil, une idée fixe toujours sur le point d’être emportée. Par le milieu, un trop-plein d’air ou un mauvais courant, un microclimat et plus rien ne tourne rond, il lui faudra des lunettes spéciales le laissant voir sans lui montrer grand-chose, le vide d’un rêve qui se déplie et se replie, neuf sphères qui composent le système du monde, moins une, peinte et cadrée avec grand art
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chaque chose a son mode de corruption…


chaque chose a son mode de corruption, la fleur se fane, le verre se casse même s'il peut plier d'un pouce par pied et le tissu se déchire sur plusieurs centimètres carrés, la bulle s'évapore à cause du moindre aléa, elle est si fragile qu'elle peut finir aussitôt, une explosion discrète qui ne laisse rien paraître, aucune trace ni odeur, tout juste une impression dans l'air. Ou un trou supposé pour commencer à peindre et voir à travers le monde et ses affaires, au milieu de ses murs rapprochés un écolier qui dessine, un château de cartes, une toupie en équilibre comme l'est le jeune homme penché, le petit perché, le verre sur le point de tomber et le tableau de disparaître à la vue. Il faut alors s'y remettre, refaire la prise de bonne grâce car il s'agit deux ou trois fois au moins de répéter ce qui le mérite, un beau secret partagé par certains, l'art et la manière de faire ces petits globes de savon pour qu'ils durent le temps d'un joli coup de pinceau ou d'un souffle appliqué

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dans les rêves on entend ce que dit la matière en couleur ou pas, l’ombre dessine noir sur blanc, un théâtre invisible et en mouvement sur le mur tout autour, rouge quand le sol s’étire rythmé par les flux et les rebonds, des silhouettes toujours nouvelles et si délicates qu’elles peuvent se confondre avec une feuille ou alors un chien, il a le ton de la maison et la conscience en demi-teinte. Celle qui voit dans la pénombre les coins sombres et les angles morts, un gris plat et sans résonance où se retirent et se mélangent les petits hôtes variés mais déborde vers d’autres nuances frappées par la lumière, de la lampe ou du jour car la couleur n’existe pas, elle reflète seulement comme le miroir qui renvoie bien plus que son contenu, vers le blanc par exemple qui débarrasse de l’obscurité. Aussi blanc qu’un ours des pôles, qu’un linge sec ou un mur sur lequel se peint la fenêtre vidée de tous ses spectacles, ni la ville ni la campagne mais tantôt la lumière tantôt son contraire
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le vol des génies, le mouvement des simulacres, une vague aérienne, l’apparition du chien, c’est la mécanique rusée derrière la scène ou sous l’escalier qui agit en sourdine, ou bien l’oeil de celui se déplaçant pour voir ce qui n’est jamais à sa place, entre deux eaux ou deux carreaux, cet animal sage comme une image pose discontinu devant tous les curieux. Une machination générale le rend joliment mélancolique, il attend mais sa distraction est à son comble et son regard aussi fixe que celui d’une statue de faïence, il contient le fantôme, il n’y a rien à voir hormis lui et ce vide comique qui le tient très près et si loin, rien à voir de plus naturel et d’aussi muet. Autant que ce lieu où il règne en maître en l’absence du sien mais tout prêt à sortir du cadre pour échapper à ce jeu de vertige et de dupe qui le montre au beau milieu d’une case puis le cache à nouveau, un genre unique de mouvement, un curieux ballet dont il fait les frais dans ce climat de science-fiction
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