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Critique de topocl




L'histoire, c'est celle véridique de Harry Parker: jeune soldat britannique engagé au Moyen-Orient, meneur d'hommes qui souhaite être le meilleur en tout, qui a sauté sur une mine, et a été amputé des deux jambes.


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On assiste donc aux interventions et combats de ce jeune homme nommé BA5799, à ses contacts avec la population locale (sévère mais juste avec les rebelles, droit et honnête avec la population qui collabore). S'ils sont parfois pleins de boue et de sueur, ses camarades sont tous parfaitement polis, courageux, respectueux, convaincus de la justesse de leur rôle de «pacificateurs».

L'autre versant du livre s'appuie sur le traitement et la rééducation réussis de celui qui est devenu Tom Barnes. Son implication, sa persévérance, sa capacité à surmonter les épreuves. L'équipe médicale est formidable, ses parents sont merveilleux, sa détermination est sans limite. L'aboutissement de tout cela : il marche, il court, il est un homme HEUREUX et qui ne regrette rien.

Tout cela a un petit côté « Avance, mon petit gars et ne te pose pas de questions, la force c'est ce qu'il y a de mieux» qui m'a un peu gênée. J'aurais été sensible à quelques questionnements, quelques hésitations, quelques moments de fragilité.



Mais finalement, l'intérêt est ailleurs. Car ce sont les objets qui nous font le récit de ses aventures, et c'est sacrément bien foutu : 45 objets pour 45 chapitres, qui prennent la parole l'un après l'autre et nous livrent ce qu'ils voient et entendent. Vous le savez, s'ils ont des yeux et des oreilles, les objets n'ont pas d 'âme. Alors, évidemment, pas de pathos, mais un décryptage chirurgical, seconde après seconde, du décor, des gestes, des paroles…
Il y a des objets du quotidien (vélo, tapis, chaussures), des objets militaires et aussi des objets médicaux (canule d'intubation, sonde urinaire, prothèse…). Ils montrent le quotidien tel qui est dans la vie et non dans les livres, les gestes répétés dont on ne parle jamais, les mouvements inaperçus , les respirations, les objets déplacés...toutes choses infimes qui deviennent cruciales.

Malgré l'absence d'implication émotionnelle des objets, et la distance (ou peut-être justement grâce à elles), certains chapitres sont totalement émouvants (le premier rasage du jeune homme rentré en Angleterre par son père). D'autres rébarbatifs quoique instructifs notamment les scènes de guerre, très spécialisées qui sont même parfois difficiles à suivre. Il faut parfois avoir le coeur bien accroché (la description scrupuleuse d'interventions chirurgicales, du parage des plaies etc...) et on vit un moment de terreur absolue sur une dizaine de pages quand le héros saute sur la mine, la douleur, l'angoisse, le temps qui passe sans passer, la solitude immense.

Les objets sont multiples dans notre environnement, on ne les voit pas, mais eux nous voient. Chacun raconte son histoire, dans un éclatement temporel. le suspense s'installe quand la personne sort de la pièce, car, l'objet, bien souvent, ne suit pas… Et c'est l'occasion de revivre plusieurs fois la même scène sous un angle différent : il est saisissant de ne pas voir le côté anglais et le côté afghan (Afghanistan jamais nommé ?), mais plutôt le point de vue de la brouette qui transporte le cadavre du paysan local face au dollar d'indemnisation dans la poche de l'officier anglais.


L'élément central est donc ce point de vue à la fois original et évident, cet ici et maintenant scrupuleux, qui émousse le côté par trop édifiant d'une histoire néanmoins poignante. Cela constituait un pari, largement gagné (d'ailleurs Harry Parker ne semble pas être le genre de gars à perdre ses paris). Foin de la trame, on garde quand même de cette lecture l'impression d'une expérience assez fascinante.
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