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Citations sur Mort d'un jardinier (17)

tu tournes très lentement sur toi-même sous la cascade bienfaisante, petit à petit toujours en tournant, tu plies les jambes, tu t'accroupis jusqu'à ce que l'eau t'arrive aux épaules, puis tu te détends complètement jusqu'à t'asseoir sur le fond du bassin, à ce moment l'eau monte jusqu'à ton menton, pris d'une impulsion subite tu te laisses glisser, tu t'allonges sur le dos au fond de l'eau les yeux grands ouverts, tu vois la cascade descendre vers toi dans un nuage de bulles.
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Tu sens qu'aujourd'hui est un bon jour pour semer, tu choisis dans la boîte en carton les sachets de graines en regrettant l'époque où ils étaient en papier kraft sans ce film plastifié, ces photos couleurs criardes et pire, parfois un second sachet métallisé gigogne à l'intérieur du premier, de plus en plus tu produis tes graines toi-même, il te suffit de laisser fleurir quelques plants de salades de carottes de poireaux de radis de navets, bientôt tu seras tout à fait autonome, tu n'auras plus à arpenter les allées des pseudo-magasins verts qui sont d'abord des entrepôts de produits chimiques et de gadgets
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… tu es submergé sous la masse de sensations, les souvenirs affluent de partout dans l’espace et dans le temps, certaines figures arrivent même de l’avenir, anges ou démons, tes possibilités de compassion s’épuisent rapidement, tu ne peux faire face à toutes ces faces qui demandent une attention une parole un regard, les larmes te montent aux yeux coulent le long de tes joues et tombent dans la terre…
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[…] les dizaines de milliers de pages que tu as absorbées tournent sans cesse dans les tiroirs et les étagères de ton cerveau, tu te souviens des noms des auteurs, des titres des livres et même du nom des éditeurs et des collections, tu reconnais les couvertures, les tranches colorées, tu distingues les différents éditeurs à la couleur de la couverture, au format du livre, tu repères de loin dans les cartons les logos de tes préférés, tu recopies des paragraphes entiers, tu apprends par cœur des poèmes et des citations, tu lis les biographies et la correspondance de tes favoris, tu cites des phrases et des vers, tu prêtes des livres, tu perds des livres, tu les rachètes, tu ne t’en lasses pas ; quand tu es dans le jardin, tu considères les saisons comme les chapitres d’un livre familier que tu relis régulièrement, chaque année tu écris de nouvelles pages dans la terre du jardin, tu rédiges des brouillons successifs, tu élagues, tu mets au propre, tu relis tu déchires, tu chiffonnes des boules de papier, tu jettes au fumier, tu recommences, l’écriture te nourrit, tu rédiges les versets de la terre, tu graves dans la glaise, ton corps est ton dernier volume, les rides et les cicatrices, les plis et replis, les bosses et les creux racontent ton histoire et celle de tes frères ; il pleut sur le livre abandonné près du fauteuil du jardin, les pages sont trempées, même le vent ne parvient pas à les tourner, l’encre noire coule dans les allées, le ruisseau d’encre grossit, devient une rivière, coule vers la Lys, coule vers l’Escaut, traverse le pays, rejoint la mer du Nord, l’encre glisse dans la mer, les lettres les mots les phrases sont emportés par la bourrasque, par l’érosion incessante, tu les suis des yeux le plus longtemps possible, tu retiens les plus beaux mots, laitue blonde de la passion, reine de mai, mâche ronde verte à cœur plein, tu retiens tous ces mots, tu les retiens par cœur, ton cœur se remplit de mots, il déborde il éclate, les mots se répandent dans ton corps tout entier, ils parcourent tes veines comme des alcaloïdes stupéfiants, ils se nichent dans ton estomac et tes intestins veloutés, ils se cachent au détour d’une articulation, entre tes vertèbres sacrées, ils rampent à l’intérieur de tes os dans la moelle jaune et grasse, ton sang charrie tous les mots de l’amour et de la violence, les pseudopodes de tes globules blancs se saisissent des mots les plus longs, en séparent les syllabes et les digèrent sans coup férir, mais un jour cependant, les choses changent, tu constates l’invasion de ton corps par les profanateurs de littérature, les slogans de la télévision comme de longs vers répugnants s’introduisent dans tes oreilles, rampent entre les osselets, circulent sous les méninges de ton système nerveux, ils s’accouplent tête-bêche à l’intérieur de ta tête, tu regardes l’éclosion dégoûtante des parasites, tu les vois migrer, ton corps devient le champ de bataille de la poésie, ta peau se soulève par endroits, révélant l’ardeur des combats engagés entre les mots du dedans et ceux du dehors, ta température s’élève brutalement, tu te sens impuissant, tu assistes en spectateur à la lutte finale, tu es terrorisé, tu sens venir la fin, tu crains à tout moment de voir apparaître au milieu de l’écran noir sous tes paupières fermées cette sentence ultime THE END, tu voudrais apporter des retouches au script mais toute retouche est interdite, tu ne maîtrises plus rien et de toute façon ton […]
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… tu maintiens tous les fils qui te relient au passé à la tradition, tu maintiens tous les liens, de tes ancêtres à tes enfants, tu fais attention, tu maintiens, c’est une forme de prière, Magnificat anima mea Dominum, Et exultavit spiritus meus in Deo salutari meo…
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« Tu sais que personne ne viendra, tu vis tes derniers instants en ce jardin sur cette terre. » (p. 156)
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« Tu penses parfois qu'il y aura une dernière tartine un dernier bifteck une dernière bière. » (p. 81)
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« Toutes ces grosses boucles blanches qui se détachant sur le fond de la nuit étaient des feuilles de papier roulées en boules, les poèmes ratés que tu avais jetés dans la corbeille à papier, tu ne savais pas que ta corbeille à papier était le ciel d'ici. » (p. 14)
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tu n’as jamais osé prendre l’avion pourtant un jour tu vas partir sans escale pour faire le tour du monde, le tour de l’univers, le tour de tes illusions, tu aimes cette idée de Wittgenstein, que la solution au problème de la vie est de vivre de façon à supprimer le problème, tu crois avoir trouvé la bonne méthode en cultivant ton jardin, en mêlant le vulgaire et le sacré, en devenant une sorte de passéiste moderne ou de moderne archaïque, de toutes les façons personne n’a de solution, alors autant que tu te fasses plaisir, que tu ne te compliques pas l’existence
(p. 105-106, Chapitre 16).
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Un accident cardiaque frappe un homme au travail dans son jardin.Dés lors,un flot traverse sa conscience.Il nous donne images,sons,odeurs,sensations et visions pour nous offrir les sensations qu'il avait au travail dans son jardin.Il précise beaucoup de choses sur la beauté de son jardin,il évoque beaucoup ses balades,ce qu'il a planté,ce qu'il a semé...etc
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