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L’Évangile des anguilles de Patrik Svensson : lisez, pauvres pêcheurs !

Article publié le 13/01/2021 par la Rédaction, en partenariat avec les éditions du Seuil
 

Et si on vous disait que votre prochaine lecture pourrait bien être un livre consacré aux anguilles ? Que cette créature aquatique vous fascine ou vous dégoûte, ou même qu’elle vous laisse indifférent, le livre de Patrik Svensson devrait, lui, vous captiver – à l’image des nombreux lecteurs conquis depuis qu’il a remporté le prix August (le Goncourt suédois) avant d’être traduit dans plus de 30 pays.

 

© Emil Malmborg

 

Car évidemment, comme Le Lion de Joseph Kessel ne se focalise pas sur le « roi des animaux » ou Mémoires de la jungle de Tristan Garcia sur un chimpanzé, L'Évangile des anguilles traite bien sûr de cet étrange poisson, mais aussi d’une multitude de sujets par ricochets – ou plutôt comme une douce onde de surface s’étendant gracieusement. Il est donc question dans ce livre de biologie, mais aussi d’écologie quand il aborde la mystérieuse raréfaction de cette espèce, de philosophie quand il dissèque les rapports anguilles/êtres humains (qui en disent beaucoup sur ces derniers), mais aussi d’aspects plus intimes lorsque l’auteur retrace ses souvenirs d’enfance.


« L'Évangile des anguilles se lit comme un conte philosophique à la fois très bien documenté et empreint de la nostalgie d'un monde révolu. Patrik Svensson nous invite tout au long de son ouvrage à la réflexion et au questionnement sur notre devenir. » Extrait de la critique de Mahpee sur Babelio


 
Avant de s’intéresser de près aux anguilles, le journaliste Patrik Svensson en pêchait avec son père dans sa région natale de Scanie, dans le sud de la Suède. Il a donc un rapport tout à fait particulier à ce mystérieux poisson auquel il consacre son premier livre traduit au Seuil par Anna Gibson, en cette rentrée littéraire de janvier 2021.

L’anguille est un animal qui a longtemps résisté à l’humain – et lui échappe encore en partie –, nous apprend Patrik Svensson. Si Aristote l’étudiait déjà méthodiquement au IVe siècle avant notre ère, il aura fallu attendre le XXe siècle pour enfin comprendre où et comment elles se reproduisent.

 


C’est cette aventure scientifique, et ses mystères, que relate Patrik Svensson dans un livre aussi littéraire qu’accessible, nous faisant ainsi côtoyer Aristote, mais aussi le jeune Sigmund Freud à Trieste, ou encore le biologiste danois Johannes Schmidt, qui consacra 20 années de sa vie à la quête finalement fructueuse d’anguilles possédant un organe reproducteur. Mais il ne s’arrête pas là, et nous explique le rapport très ambivalent que les humains entretiennent avec ce poisson, à la fois mystérieux, fascinant, et très répandu jusqu’à il y a peu. Si les Egyptiens en interdisaient la consommation, le considérant comme une divinité, dans la Rome antique on évitait de le manger pour une raison opposée : son impureté supposée. À l’inverse, on le consommait couramment dans toute l’Europe au Moyen Âge.

D‘un chapitre à l’autre, Patrik Svensson dresse également un portrait culturel de l’animal, dépassant largement les données biologiques. Et si les premières pages évoquaient un « petit manuel à l’usage du biologiste » qui aurait aussi bien pu s’intituler Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur l’anguille sans jamais oser le demander, le livre ouvre rapidement de plus grands horizons, à la fois scientifiques, historiques, philosophiques, écologiques et intimes.

 

« Ce qui est caché chez l'anguille, est aussi ce qui est caché chez l'être humain. Et chercher solitairement sa place dans le monde, c'est sans doute en fin de compte la plus universelle des expériences humaines. »



Ce premier livre de Patrik Svensson est aussi (surtout ?) un récit intime dans lequel l’auteur nous raconte ces nuits d’été passées à pêcher avec son père. L’occasion pour lui de nous parler de sa Scanie natale, où l’anguille abonde, et des techniques de pêche artisanales. Mais là où L’Évangile des anguilles se fait le plus touchant, c’est dans ces chapitres d’une grande pudeur où il revient sur sa relation avec son père, asphalteur, et les probables manques affectifs dont ce dernier a pu souffrir.

 

Les côtes de la Scanie, au sud de la Suède

 

Ainsi l’anguille a fait office pour l’auteur de lien entre lui et son géniteur, les rassemblant autour d’une activité commune, mais aussi de vecteur d’émancipation lorsqu’il apprendra à lire avec un livre sur les poissons, avant d’entamer plus tard des études littéraires et devenir enfin journaliste. Dans ces lignes, on retrouve l’esprit du Pagnol de La Gloire de mon père, décrivant méticuleusement des moments de bonheurs simples, d’attente et de partage. D’épreuves, aussi.

Voilà un animal qui nous interroge finalement sur le sens de la vie, mais aussi sur notre soif de connaissance et sur le besoin que l’être humain a de maîtriser son environnement. En définitive, un ouvrage beaucoup plus vaste que ce qu’il laisse supposer, où de fil en anguille se dessine le portrait des hommes, d’un homme (l’auteur) et de leur obsession pour le sens de la vie, l’origine et le destin.

 

La communauté Babelio commence d’ailleurs à frétiller de plaisir au sujet de ce livre depuis sa parution le 7 janvier 2021, en témoignent ces quelques extraits de critiques :

« A la fois beau et poétique, émouvant par moment, passionnant sur le plan scientifique... Ce livre a su jouer sur plusieurs de mes sensibilités et intérêts. […] Dur de parler de ce livre, sa magie est comme celle de l'anguille : discrète, secrète et difficile à décrire... » bbtiz

« Au-delà de la foultitude de choses qu'on apprend sur l'anguille, sa vie, ses mœurs, la meilleure façon de la pêcher, c'est bien ici de l'hommage d'un fils à son père dont il s'agit. Réel ou imaginaire, là, j'avoue, je l'ignore, mais ça sonne en tous cas très juste, et j'ai adoré ce livre. » Gaphanie

« Ce que son père lui a transmis, Patrik Svensson nous le transmet à son tour, on y retrouve le côté cyclique de la vie, les questions existentielles comme notre place, en tant qu'humain, sur cette planète. Au final c'est un récit à la fois philosophique, autobiographique, écologiste, un livre feel-good, bref, bonne chance pour le ranger sur vos étagères, à moins que vous ne choisissiez de le laisser sur votre table de chevet. » Cronos

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