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EAN : 9782021434873
288 pages
Éditeur : Seuil (07/01/2021)
4.03/5   55 notes
Résumé :

« Quiconque cherche l’origine de quelque chose est aussi à la recherche de sa propre origine. »

C’est l’une des créatures les plus énigmatiques du règne animal. Omniprésente depuis la nuit des temps (dans toutes les mers du globe, dans la mythologie, la Bible, l’Égypte ancienne, la littérature et d’innombrables cultures de par le monde, du Japon à la Scandinavie en passant par le pays basque), l’anguille ne cesse pourtant de se dérober à notre... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (34) Voir plus Ajouter une critique
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enjie77
  06 janvier 2021
Ecrire un livre consacré aux anguilles et qui plus est, un évangile, peut paraître un défi étonnant. Patrick Svensson a relevé ce challenge haut la main en mêlant l'étude scientifique et le récit intime. Il a reçu, à cet effet, le prix August, l'équivalent de notre Goncourt en Suède pour cet ouvrage.
Originaire de Scanie, depuis son plus jeune âge, l'auteur a toujours accompagné son père dans ses parties de pêche. Il écrit de très belles pages consacrées à cette relation dont une particulièrement émouvante, celle où il trace le portrait de celui-ci, ouvrier asphalteur, « ces forçats sans chaîne » pour reprendre son expression si éloquente. Métier éprouvant, pénible, qui finira par avoir sa peau à cinquante-six ans. J'y vois dans cette fascination pour l'anguille, un lien symbolique qui relie l'auteur à son père, ce père qui lui a enseigné les rudiments de la pêche à l'anguille comme une forme de compréhension de ce poisson, ce père tant admiré avec lequel, il a beaucoup partagé. Mais l'absence, le deuil, engendre toujours plus ou moins des regrets, comme ceux de l'auteur, du temps où il étudiait à l'université. Absorbé par les études et les copains, il s'était quelque peu éloigné. La conscience aidée du chagrin vient ternir quelque peu les souvenirs.
Patrick Svensson alterne un chapitre dédié aux parties de pêche et un chapitre dédié à la science, à l'histoire, à la biologie, à l'écologie, aux traditions, à la mythologie et à la théologie jusqu'aux travaux sur l'E.M.I. (expérience mort imminente). L'auteur balaie énormément de domaines avec comme sujet central, l'anguille. le récit démarre avec Aristote, puis les anguilles de Trieste du jeune médecin Freud. L'anguille est un poisson mystérieux dont on ne connait pas encore tous les secrets. Il y a un très beau portrait de Rachel Carson, docteur en biologie marine, qui a passé sa vie à vouloir comprendre comment l'anguille pouvait s'adapter aux énormes changements qui marquaient le cours de sa vie. Sans compter aussi, toutes les expéditions telle que celle de Johannes Schmidt qui a publié, en 1923, ses vingt ans de travaux dans la revue scientifique Philosophical Transactions of the Royal Society of London et qui a reçu la prestigieuse médaille Darwin. C'est grâce à ses travaux que nous avons la quasi certitude du lieu où l'anguille se reproduit : la mer des Sargasses.
Le monde du silence fascine. Il reste encore tant de questions à élucider. Ce que j'ai beaucoup aimé c'est ce parallèle philosophique entre l'humain et ce monde marin. Nous faisons partie d'un grand tout mais il nous reste encore des blancs dans la genèse de la grande Histoire et c'est passionnant de se poser tant de questions qui n'ont toujours pas encore de réponse et c'est tant mieux !
Il y a un passage qui m'a beaucoup interpelée : la différence subtile qui existe entre le saumon et l'anguille. En un mot, je schématise mais le chapitre est très intéressant ; le saumon suit à la trace ses ancêtres, il sait précisément à quel endroit il doit retourner, il rejoint tôt ou tard son groupe prédestiné. L'anguille, elle, retourne à la vaste mer des Sargasses mais fraie sans aucune considération pour la provenance de ses partenaires. Et l'anguille est aussi vieille que la dérive des continents et depuis des millions d'années, elle n'aurait pas changé.
Mais l'anguille tant à se raréfier, plus l'anguille est exposé aux humains, plus elle meurt sans vraiment comprendre pourquoi « Tant qu'une partie de son cycle de vie nous échappe, nous ne pouvons pas savoir avec certitude pourquoi elle meurt. Tant que nous ignorons, par exemple, de quelle façon elle s'oriente dans l'océan, nous ne pouvons pas savoir ce qui l'empêche de le faire. Pour la sauver, nous devons la comprendre. C'est ce que souligne la plupart des rapports sur la situation de l'anguille aujourd'hui : pour l'aider, nous devons en savoir plus ».
Et pour cela, je vous laisse vous plonger dans cet évangile de l'anguille !
Je remercie vivement les Editions du Seuil ainsi que la masse critique privilégiée de Babelio qui m'ont permis ainsi de découvrir l'écriture très agréable de Patrick Svensson.
« Ce qui est caché chez l'anguille, est aussi ce qui est caché chez l'être humain. Et chercher solitairement sa place dans le monde, c'est sans doute en fin de compte la plus universelle des expériences humaines ».
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Fortuna
  12 janvier 2021
L'anguille est un animal étrange et fascinant, difficile à saisir, au propre comme au figuré. Je m'attendais à un roman dans le style de David Vann, mais c'est plutôt un nature writing que nous propose Patrik Svensson avec cet ouvrage passionnant dédié aux anguilles. Et on se laisse prendre, comme tous ceux qui se sont intéressé au destin hors norme de ce poisson qui vient naitre et mourir dans la mer des Sargasses après avoir parcouru des milliers de kilomètres et vécu de longues années dans nos lacs et rivières. Animal farouchement sauvage, que malheureusement l'évolution de nos sociétés menace de disparition…
Longtemps les hommes se sont posé des questions sur elle, sa reproduction, Freud lui-même s'est penché en vain sur le sexe des anguilles…Grande voyageuse, elle se métamorphose au fil de ses périples, vivant alternativement en eau douce et salée, prenant des apparences différentes selon sa maturité, et ne développant que tardivement des organes sexuels. Pêchée mais impossible à élever, l'auteur raconte avec tendresse cette pêche qui l'a rapproché de son père et ouvert à l'étude de ce poisson énigmatique, qui ne livrera jamais tous ses secrets. Scientifiques, écrivains, explorateurs, cuisiniers, l'ont croisée et adoptée sans jamais la dompter. Mais aujourd'hui le constat est amer : doit-elle comme de nombreuses espèces avant elle, le dodo, la vache de mer disparaitre de notre horizon ?
Une chose est sûre : Patrik Svensson nous convertit à la cause des anguilles et nous fait découvrir leur existence presque philosophique marquée par ce retour aux origines et ces vocations qu'elle a déclenché pour la comprendre et sonder les profondeurs dont elle est issue. Un très beau livre qui mérite l'attrait qu'il a suscité. Merci aux éditions du Seuil et à Babelio pour cette magnifique découverte.
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afadeau
  12 janvier 2021
Encore une couverture particulièrement réussie avec ce canot perdu sur les flots. Plastifiée et mate, le toucher est agréable, pas loin du toucher lisse de cet étrange animal dont on découvre, dans le détail, l'incroyable existence.
Patrick Svensson fait le récit des connaissances de cet animal mystérieux appelé anguille et, en alternance, il écrit ses souvenirs de pêche qui ont rythmé toute son enfance, constituant une relation très riche et sensible avec son père.
J'ai appris là des choses étonnantes sur cet animal qui capte notre attention dès le premier chapitre. L'anguille est la reine du transformisme : elle vit dans les rivières et les étangs, va se reproduire en automne dans les Sargasses qu'elle peut atteindre au mieux au printemps suivant, puis meurt – on le suppose, jamais la moindre anguille n'ayant été observée lors du frai et jamais trouvée dans les Sargasses ! Les minuscules larves, en forme de feuille de saule, vont refaire le voyage inverse en dérivant grâce au courant du Gulf Stream, à travers tout l'océan Atlantique. Ce voyage dure 3 ans ! Elles sont devenues civelles, fines tiges translucides, quand elles remontent le courant des rivières pour s'installer.
L'auteur se fait lyrique dans les pages racontant son enfance, la vie et l'origine de sa famille, la complicité avec son père lorsqu'ils vont pêcher. Roman de souvenirs, traité scientifique, voyage maritime, psychanalyse, religion, philosophie... Il y a tout cela dans ce livre de 230 pages d'une densité exceptionnelle. Les sources sont citées en fin d'ouvrage. Il faut quand même un total de 7 pages pour les citer toutes. Vraiment impressionnant ! Comment l'auteur a-t-il pu tirer un livre aussi cohérent de cette masse de texte ?
Particulièrement ambitieux, le grand tout de la vie est abordé ici – d'où le titre ! C'est un peu la panthère des neiges de Sylvain Tesson, la poésie et les grandes envolées en moins, la sciences et la rigueur ajoutées. Vous aimez peut-être les livres du baroudeur écrivain, je prends le pari que vous pourriez adorer le livre de Patrick Svensson !
En fait, dans le cas de Sylvain Tesson, c'est l'auteur qui fait les voyages, et raconte son expérience avec la devise : « partir, c'est vivre ». Pour Patrick Svensson la démarche est inversée : il nous propose le récit du voyage de l'anguille, en tant que miroir du voyage de l'homme sur la terre – dont le sien qu'il conte –, à la fois dans sa vie et cela depuis les origines.
L'auteur tisse un nombre considérable de fils pour nous donner en un seul volume, la somme des connaissances – croyances, recettes, techniques de pêche... –, et des mystères de l'anguille. Rien ne semble arrêter cet auteur cherchant à extraire scientifiquement et en même temps symboliquement la nature de l'anguille, la nature de la vie, sa force et sa fragilité aussi !
Dans les deux cas, pour ces deux auteurs, il y a une introspection nous amenant à réfléchir à la place de l'homme dans le monde, mais avec Svensson on a une entreprise folle et parfaitement argumentée de penser le rapport à son père – l'anguille faisant lien entre eux – et le destin de la vie sur des millions d'années.
Pour moi, le pari est superbement réussi. Il y a là un terreau collectif de l'imagination lié au milieu aquatique, où la vie s'est formée, d'où nous venons. Ce livre met en pratique un riche imaginaire d'images, de représentations sociales, de grands récits traversant les temps. Il contient des propos scientifiques avec ce complément d'âme, qui enrichit la lecture. Je pense à Gaston Bachelard ou au philosophe Jean-Jacques Wunenburger ayant théorisé cette perception mêlée de l'observation et de la sensation. On passe du microscope aux grands récits des explorateurs, des scientifiques ayant apporté leur contribution à l'étude de l'animal mythique : Aristote, Freud, Linné, Rachel Carson et bien d'autres.
Le titre est intriguant ? L'évangile des anguilles... Il fallait oser. Et si c'était vrai, si à partir du livre on refondait le monde en partant de la nature cette fois-ci et non de l'homme seulement ? Il y a urgence à agir, l'anguille se raréfie et pourrait bien disparaître rapidement, alors qu'elle est présente depuis des millions d'années.
Patrick Svensson, né en 1972, a grandi en Scanie, dans le sud de la Suède. Passionné dès son enfance par le monde naturel et animal, il a fait des études de littérature puis est devenu journaliste, spécialisé dans les arts et la culture mais aussi la recherche scientifique. Ce livre, publié en Suède en 2019, a déjà été traduit dans plus de 30 pays et est lauréat du prix August, le « Goncourt » suédois, L'évangile des anguilles est son premier livre.
J'ai eu, également dans l'enfance, ce contact avec l'anguille. Je connais les chemins creux qui mènent à la rivière ; la pêche ; la pose des cordées (appelées ici cordeaux) ; le braconnage par jeu... à l'occasion... Et vous avez-vous un contact avec l'anguille et le monde fabuleux des cours d'eau ?
******
Visitez le blog Bibliofeel afin de compléter cette lecture par une composition personnelle à partir de la très belle couverture et une photo prise dans le marais poitevin. Vous pourrez voir également des exemples de couvertures de ce livre dans différents pays.

Lien : https://clesbibliofeel.blog
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Giraud_mm
  26 janvier 2021
L'auteur et narrateur, Patrick Svensson, a découvert l'anguille, et la pêche à l'anguille, auprès de son père en Scanie, au sud de la Suède.
Il y trouve le fil conducteur pour un retour vers le passé, et plus particulièrement vers les liens qui l'unissaient à son père.
Il en profite également pour mieux nous faire connaître cette animal étrange qu'est l'anguille, vrai poisson et donc faux reptile, mais aux moeurs particulières. Nées en plein océan Atlantique, en mer des Sargasses, les larves sont portées par les courants marins jusqu'aux côtes européennes, qu'elles atteignent après un périple de plusieurs années. Elles deviennent alors des civelles (ou pibales au sud de la France), alevins de quelques centimètres de long qui s'engagent dans la remontée des fleuves et rivières. Devenues anguilles, elles séjourneront de longues années en eau douce, avant que la maturité sexuelle ne les ramène en mer des Sargasses où elles finiront leur vie.
Ce texte est à la fois un récit et un essai : le récit des relations d'un fils avec son père ; un essai sur les recherches qui ont permis, d'Aristote jusqu'au vingtième-et-unième siècle, de mieux comprendre la vie de l'Anguille jusqu'à son risque de disparition.
L'ensemble n'est pas inintéressant, mais la dimension essai, très documentée, l'emporte trop sur le récit, de sorte que l'on se sent frustré du peu de l'on apprend sur les liens entre le père et le fils.
Sur la forme, c'est bien écrit, et traduit, sans pédanterie scientifique exagérée. La lecture est fluide. L'ouvrage se laisse donc lire aisément. Dommage que le déséquilibre entre histoire scientifique et histoire personnelle génère une petite déception.
Merci aux Éditions du Seuil et à Babelio de m'avoir proposé de lire ce livre.
Lien : http://michelgiraud.fr/2021/..
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christinebeausson
  11 janvier 2021
Voir notre monde au travers du prisme de nos croyances ... c'est peut être comme ça que l'auteur voit notre monde au travers du prisme de ce qui le rattachait à son enfance ... la relation très forte qui le liait à son père avec ce monde mystérieux peuplé de drôles de bêtes qui ont servi de lien pour une drôle de religion comme un parallèle avec ce que serait son évangile, sa bible, ce qui le rattacherait à ses origines ... ce livre à écrire qui serait "l'évangile des anguilles".
Il en va de l'anguille ...
Dans la gastronomie, avec un petit tour gustatif où on la dévore grillée, bouillie, fumée, préparée luad ål, halmad ål, skepparål ou fläkål ... à vous de choisir la façon de la consommer ....
Dans la science, avec la vision de nombreux savants où l'on déroule le temps, Aristote, Walton, Redi, Vallisneri, Mondini découvreur de l'organe reproducteur femelle, Freud chercheur des testicules de l'anguille, Eigenmann auteur de la superbe phrase au moment de son trépas "toutes les questions importantes sont à présent résolues, sauf celle de l'anguille" ...
Dans la géographie, avec un petit tour pour decouvrir où on peut la pêcher dans la baie de Hanö en Suède, dans une des concessions qui ont échappé à la mode des chalets de vacances, au pays basque espagnol dans la vallée de l'Oria, dans le Lough Neagh, lac d'Irlande du nord ...
Dans la littérature, on la découvre dans "le tambour" de Günther Grass, "Bombi Bitt et moi" de Friotiof Nilsson Piraten, "l'écume des jours" de Boris Vian, "le pays des eaux" de Graham Swift, "la vie de l'océan" de Rachel Carson qui a réussi à humaniser l'anguille pour que nous puissions mieux comprendre son comportement puis avec "printemps silencieux" de la même auteur pour faire comprendre l'urgence de la modification de notre comportement vis vis à de l'environnement... la menace sur notre "monde est désormais notre affaire à tous" ...
Alors l'anguille, tout comme le Dodo de l'île Maurice (1), le Moa de la Nouvelle Zélande (2), ou la vache de mer (3) dans les eaux arctiques disparaîtra t elle aussi ?
Pendant la lecture de cet évangile nous découvrons la description de ce qu'a été et ce qu'a représenté l'anguille au travers des siècles,
Et l'expérience propre à l'auteur de sa vie à côté des anguilles ... les pêcher ... les manger ... avec à côté de lui comme initiateur à l'anguillophilie son père, asphalteur de métier et pêcheur inconditionnel de l'anguille.
Un merveilleux voyage dont on ressort bien plus instruit à la fois sur ce qu'est une anguille, ce qu'elle représente dans notre monde et le lien avec notre existence.
Comprendre ce qu'est une chose, comment elle vit, comment elle se développe, comment elle se reproduit et comment elle meure,
Et comprendre que nous ne pouvons pas nous mettre à la place de cette chose pour ressentir ce qu'elle perçoit de notre monde.
Comprendre d'où nous venons, ce que nous sommes, remonter à nos origines, pour nous poser les questions sur ce qu'a été la vie de nos parents et le chemin que nous avons suivi à côté d'eux et leur départ où nous les laissons seul aborder l'éternité ...
Un bien belle découverte, merci à Babelio et aux éditions du Seuil.

(1)
Comme l'Aepyornis de Madagascar et les Dinornis de la Nouvelle Zélande, le Dodo ou Dronte de l'île Maurice appartient à la catégorie des Oiseaux qui ont disparu de la surface du globe. Pendant longtemps cette espèce n'a été connue que par les renseignements épars dans les relations de voyages effectués au commencement du XVIIe siècle, par d'anciennes peintures et par quelques débris, crânes et pattes conservés au musée de l'université d'Oxford, au British Museum de Londres et au musée de Copenhague. Aussi les naturalistes étaient-ils loin d'être d'accord sur la place qu'il convenait d'assigner aux Dronte dans les classifications ornithologiques.
Les uns, partant de ce fait que d'anciens voyageurs représentaient cet oiseau comme dépourvu de la faculté de voler, faisaient du Dronte une sorte d'autruche ou de casoar, suivant en cela l'opinion de Linné, de Latham et de Ray ; d'autres, comme Temminck et Cuvier, le rapprochaient des Manchots; d'autres, comme de Blainville et de la Fresnaye, trouvaient que par sa tête dénudée il offrait des ressemblances avec les Vautours; d'autres enfin, comme Reinhart, Strickland et Melville, soutenaient que c'était un Pigeon de type aberrant, mais présentant toutefois quelques analogies avec les Didunculus des îles Samoa.
Enfin en 1866, après deux années de recherches infructueuses, G. Clark fut assez heureux pour découvrir dans le petit étang appelé la Mare-aux-Singes, à l'île Maurice, de nombreux ossements de Dronte dont il fit l'étude et dont une série fut également soumise à l'examen de A. Milne Edwards. Ce dernier reconnut que l'oiseau de l'île Maurice était bien un Pigeon, comme l'avaient affirmé Strickland et Melville, mais que, par les particularités de son organisation, il s'écartait de toutes les espèces naturelles et méritait d'être placé dans une famille particulière (on le range aujourd'hui dans la famille des Raphidés), famille à laquelle se rapportait sans doute aussi une espèce éteinte de l'île Rodrigue, décrite et figurée par le voyageur François Leguat sous le nom de Solitaire.
(2)
Les espèces nommées moas, sont des oiseaux fossiles et inaptes au vol, de Nouvelle Zélande. Ils pesaient de 12 à 250 kilogrammes selon les espèces et certains mesuraient jusqu'à 3,6 m de haut. Les moas ne représentent que des espèces éteintes. Ils sont les seuls oiseaux connus à être totalement dépourvus d'ailes. Toutes les espèces de moas ont disparu après l'arrivée des ancêtres des Maoris dans l'archipel au XIe siècle.
Arrivés au xiiie siècle, les Maoris pratiquèrent une chasse intensive aux moas et une récolte systématique de leurs oeufs. Les dépôts massifs d'ossements retrouvés par les archéologues ont confirmé les hypothèses des zoologistes : les neuf espèces de dinornithidae qui prospéraient jusqu'alors ont rapidement disparu, incapables de résister à ce nouveau prédateur auquel elles n'ont pas eu le temps de s'adapter. Avant l'être humain, les moas avaient pour prédateur l'aigle géant de Haast, qui est le plus grand aigle connu, et qui a disparu en même temps que ses proies.

(3)
La Rhytine de Steller, aussi connue sous le nom de vache de mer, était un grand mammifère marin, qui vivait dans les eaux arctiques proches de l'île Béring et de l'île Medny. La découverte de nombreux fossiles indique que l'on trouvait, avant l'apparition de l'Homme, des rhytines tout autour des côtes du Pacifique nord, du Mexique, aux Aléoutiennes et jusqu'au Japon. Elle disparaît au xviiie siècle, peu après que les Occidentaux en eurent fait la découverte.
La rhytine a été découverte en 1741 par le chirurgien et naturaliste Steller, qui faisait partie de l'expédition de Vitus Béring, un explorateur danois. Ce dernier avait été chargé par le tsar russe de déterminer, par une expédition, si l'Alaska et la Sibérie étaient ou non reliées. C'est lors de ce voyage qu'il découvrit le fameux détroit qui porte son nom. Lors du retour, le navire échoua sur une île et Steller en profita pour observer sa faune et sa flore. C'est alors qu'il découvrit cet animal étrange ressemblant fortement aux autres siréniens, mais aux proportions bien plus impressionnantes.
Lors du retour de Steller en Russie, la nouvelle de l'existence d'un animal facile à chasser et dont on pouvait tirer un nombre considérable de ressources se propagea rapidement et attira l'attention des pêcheurs. La rhytine, qui produisait un lait réputé délicieux, et dont on pouvait tirer de la graisse, de l'huile et de la chair d'excellente qualité fut chassée sans merci par les marins, les chasseurs et les marchands de fourrure. Sa graisse était utilisée comme nourriture, mais aussi pour faire une huile de lampe qui ne dégageait ni odeur ni fumée, de longue conservation. À l'époque de la découverte de l'animal, les populations de rhytines étaient déjà réduites et leur répartition géographique limitée. Son caractère très placide, sa durée de gestation très longue et sa lenteur furent fatals à la rhytine qui disparut rapidement. En l'espace de 27 ans seulement, la totalité de sa population (environ 2 000 individus) fut massacrée. de nombreux témoignages de gens prétendant avoir vu des rhytines ont depuis été enregistrés, mais aucun n'est scientifiquement concluant et l'espèce est donc considérée comme disparue.
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Citations et extraits (32) Voir plus Ajouter une citation
enjie77enjie77   04 janvier 2021
La recherche montre que la plupart des animaux, y compris les poissons, ressentent la douleur. Beaucoup d'éléments indiquent aussi qu'ils connaissent la peur d'une manière qui s'apparente à l'expérience humaine, de même qu'ils peuvent éprouver de la tristesse, des sentiments maternels, de la honte, du remords, de la gratitude et quelque chose que nous pourrions nommer amour. En outre, on rencontre des animaux, par exemple chez les primates et les corvidés, qui sont capables d'exécuter des opérations mentales complexes qui peuvent apprendre à communiquer et à interagir aussi bien avec leurs congénères qu'avec d'autres espèces, qui ont une perception de l'avenir, dans le sens où ils peuvent renoncer à une récompense en échange de la promesse d'une plus forte récompense future. Tous les critères que nous avons établis au cours de l'histoire pour distinguer l'humain de l'animal - conscience, personnalité, utilisation d'outils, notion de l'avenir, pensée abstraite, solution de problèmes, langage, jeu, culture, capacité à éprouver la tristesse ou le manque, la peur ou l'amour -, tous ces critères se sont montrés au moins discutables, souvent insuffisants, parfois totalement erronés. La frontière est dans une certaine mesure réellement devenue poreuse. Une corneille placée devant un miroir sait que c'est elle-même qu'elle voit, ce qui signifie qu'elle est consciente de son existence. Elle sait qu'elle est, même si on ignore si elle sait ce qu'elle est.

Pages 164/165
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enjie77enjie77   03 janvier 2021
En Irlande du Nord, il existe un lac où l'on pêche depuis au moins deux mille ans des anguilles qui ont la réputation d'être les meilleures d'Europe. Le Lough Neagh est le plus grand lac des îles britanniques.


Le produit de la pêche est traditionnellement expédié à Londres.


Mais si les anguilles du Lough Neagh se retrouvaient à Londres, ce n'était pas pour le seul plaisir des Londoniens. Il y avait également des raisons politiques. En colonisant la plus grande partie de l'Irlande au XVIème siècle et au XVIIème siècle, la Couronne britannique avait confisqué non seulement les meilleures terres mais aussi toutes les ressources naturelles de quelque importance. En 1605, les habitants de la région du Lough Neagh furent contraints de céder leur droit de pêche sur le lac ; durant les trois siècles et demi qui suivirent, les riches propriétaires protestants décidèrent seuls du volume de la pêche, de sa destination et de la rétribution des pêcheurs. Ces derniers étaient souvent des paysans catholiques chassés de leurs terres, réduits à la pauvreté et à l'impuissance. L'anguille était pour eux une solution de fortune, un moyen de survie.


Pages 105/106
+ Lire la suite
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FortunaFortuna   11 janvier 2021
Les anguilles, elles sont à part, disait mon père. Et il avait toujours l'air un peu content en disant ça. Comme s'il avait besoin de cette énigme. Comme si elle comblait un espace vide en lui. Et je me suis laissé persuader, moi aussi. J'ai fait mon choix. Je pense qu'on découvre ce qu'on veut croire au moment où on en a besoin. Nous avions besoin de l'anguille, mon père et moi. Ensemble, tous les deux, nous n'aurions pas été les mêmes sans elle.
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koalaskoalas   02 mars 2021
Pline l'ancien et Sénèque le jeune racontent tous deux que Vedius Pollion, ami de l’empereur Auguste, avait pour habitude de châtier ses esclaves en les jetant dans un bassin rempli de murènes. Ces poissons carnassiers repus de chair d’esclaves étaient ensuite servis aux convives comme un mets particulièrement raffiné.
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christinebeaussonchristinebeausson   10 janvier 2021
J'ai compris d'assez bonne heure que cette vie que nos parents nous avaient construite n'allait pas de soi. Eux-mêmes étaient nés dans un autre monde et, s'ils en étaient arrivés là, c'était parce que les gens comme eux avaient été embarqués dans un mouvement historique qui, en l'espace de trois décennies, avait à peu près tout changé. Ce n'était pas un ascenseur social individuel. C'était la classe ouvrière tout entière qui avait fait le voyage. Trente ans de réformes sociales avaient tiré les journaliers agricoles et les ouvriers de l'industrie des baraques insalubres et des taudis surpeuplés qu'ils occupaient jusque-là pour les faire emménager dans des maisons individuelles comme la nôtre, avec garage, voiture, serre et arbres fruitiers. C'était un mouvement extraordinairement puissant, comme un courant marin.
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"L'évangile des anguilles", Patrik Svensson - éditions du Seuil
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