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Note moyenne 4.82 /5 (sur 11 notes)

Nationalité : Roumanie
Né(e) à : Timișoara , le 25/03/1942
Biographie :

Otilia Valeria Coman (née le 25 mars 1942 à Timișoara) est sous son nom de plume d'Ana Blandiana, une poétesse, essayiste et figure politique roumaine.
Son surnom de Blandiana vient du nom du village du Județ d'Alba en Transylvanie, le village natal de sa mère.

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Citations et extraits (21) Voir plus Ajouter une citation
Ana Blandiana
Tandarica   21 février 2020
Ana Blandiana
Village



Odeur

Plus qu’image, plus que son,

Odeur de fumée, le soir, surtout

Quand reviennent les troupeaux somnolents

De trop de lait fleuri dans les les champs,

Odeur du lait mousseux d’écume,

Traite sensuelle du pis, comme si

S'unissaient sur sa chair bleutée

Le souffle vert de l'herbe

Sauvage et le souffle doux et tendre de la fumée,

Odeur de pailles humides

Et de grains amoncelés,

Odeur des pyramides de blé dressées jusqu'au ciel,

Tandis que la lueur du soir se retire en elle-même.

Et les nuages s'effilochent

En contes éthérés, puis disparaissent.

Odeur de toi-même,

De tes cheveux emplis de soleil,

De ta peau assoiffée d'herbe,

De tes mots et de ton sommeil–



Ô, Village ! Surgi dans l'air

Grâce à cette image éternelle !

Aimé de tout mon âme

Et bercé par le vent !



(Traduit par François Nicolas)
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Ana Blandiana
Tandarica   21 juin 2020
Ana Blandiana
Prière



Dieu des libellules, des papillons de nuit,

Des alouettes et des hiboux,

Dieu des vers de terre, des scorpions

Et des cafards de la cuisine,

Dieu qui as enseigné à chacun autre chose

Et qui sais à l’avance tout ce qui arrivera à chacun,

Je donnerais n’importe quoi pour comprendre ce que tu as ressenti

Quand tu as établi les proportions

Des poisons, des couleurs, des parfums,

Quand tu as déposé dans un gosier le chant et dans un autre le croassement,

Et dans une âme le crime et dans l’autre l’extase,

Je donnerais n’importe quoi, surtout, pour savoir si tu as eu des remords

D’avoir fait des uns des victimes et des autres des bourreaux,

Egalement coupable vis-à-vis de tous

Puisque, tous, tu les as mis devant le fait accompli.

Dieu de la culpabilité d’avoir décidé tout seul

Du rapport entre le bien et le mal,

Balance difficilement maintenue en équilibre

Par le corps ensanglanté

De ton fils qui ne te ressemble pas.



(Traduit du roumain par Muriel Jollis-Dimitriu)
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Ana Blandiana
Tandarica   21 février 2020
Ana Blandiana
J’entends



J'entends marcher un homme derrière moi

sous la lune

Semant de pleurs les traces de mes pas.

Pour un pas sage, des bleuets,

Un mauvais pas, des mandragores.



J'entends marcher un homme derrière moi

sous le soleil

Déposant des œufs d'oiseaux dans les traces de mes pas.

Pour un pas sage, des tourterelles,

Un mauvais pas, des oiseaux et leurs chants.



J'entends marcher un homme derrière moi

dans l'éternité,

Abandonnant des mots dans les traces de mes pas.

Pour un pas sage, des guillemets

Un pas mauvais, de la poésie.



(Traduit par Nathalie Laubreton)
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Tandarica   05 novembre 2018
Sertarul cu aplauze de Ana Blandiana
La solidarité dans la révolte est une activité physique. C'est une lutte, une opposition, une complicité en dehors des mots, impossible à formuler. Il faut la comparer à un processus chimique, s'effectuant dans les profondeurs de la matière vivante, là où pas un décret, pas un appareil de répression ne peut intervenir. D'ailleurs, chacun a un frère, un cousin, un fils enrégimenté dans l'appareil de répression, si bien qu'entre les gens de l'appareil et ceux qui l'alimentent de leur progéniture, se produit, à terme, un mélange inextricable que personne ne voudrait démêler.



(extrait du chapitre 21 de Sertarul cu aplauze [Le Tiroir aux applaudissements], dans la traduction d'Hélène Lenz, in Les Belles Étrangères, 12 écrivains roumains, sous la direction de Laure Hinckel, p. 51)
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Ana Blandiana
Tandarica   04 août 2019
Ana Blandiana
Tu ne vois jamais les papillons



Tu ne vois jamais

Les papillons, de quel air ils se regardent au-dessus de nos têtes ?

Ni les signes que le vent

Fait à l'herbe quand nous passons ?

Si brusquement je me retourne

Les branches se figent

Et attendent qu'on s'éloigne.

Tu n'as pas remarqué que les oiseaux s'éclipsent ?

Tu n'as pas remarqué que les feuilles s'éteignent ?

Tu n'as pas remarqué ces murmures

Qui grandissent derrière nous

Comme la mousse sur les troncs, du côté du nord ?

Et le silence qui nous attend, partout…

Ils doivent tous savoir quelque chose qu'on nous cache, à nous.

Nous sommes peut-être condamnés.

Peut-être nos têtes ont-elles été mises à haut prix.

La nuit, les étoiles scintillent excitées.

Quand s'élève le cliquetis des feuilles de maïs.



(traduction en français par Aurel George Boeșteanu)
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Ana Blandiana
Tandarica   19 février 2020
Ana Blandiana
D’un village



Tous, nous venons d’un village ;

Les uns, immédiatement, les autres, au travers de leurs ancêtres.

Les uns, immédiatement, messagers de fables et des contes

Bienheureux de pouvoir s’en retourner toujours.



Les autres, au travers de leurs ancêtres, errent

Dans les lointains, sur les branches frêles de l’arbre du sang

Et ne savent des pâturages, des semailles et des chevaux

Que des mots où seul demeure l’alcool extrait de ces choses.



Je veux reprendre le chemin de mes ancêtres,

Je veux retrouver le village avec les cris de mes larmes.

Le sentier à travers champs qui a connu mes premiers pas

Pour fondre les mots dans les choses à nouveau.



Je veux entrer dans le cimetière aux croix délaissées,

Pour que mes ancêtres frémissent au son de mes pas semblables aux leurs

Et, qu’entremêlés dans les racines de l’arbre,

Ils balbutient des mots enflammés d’amour dans leur sommeil.



Mais, nul n’a su me dire d’où je venais. Pourtant, le soir

Le long des boulevards, les ombres incertaines des portiers

Aux pieds des immeubles me semblent familières,

Comme aux portes, sur les bancs, dans un village.



Traduit par Françoise Nicolas

Éloge du village roumain, Éditions de l’Aube, 1990, p. 244.
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Tandarica   04 juillet 2015
Les Saisons de Ana Blandiana
Je me suis toujours demandé si la léthargie ressentie par nos corps au printemps, cette absence de volonté et de force qui s'empare de nous à l'apparition des premiers brins d'herbe et persiste jusqu'à ce que le printemps ait définitivement vaincu et nous libère, car il ne nous craint plus, si cette léthargie n'est pas par hasard un simulacre de mort, une imitation de la mort comme dans un rituel magique, mis au point depuis des temps immémoriaux, une supercherie de notre corps, qui pressent la parenté du printemps et de la mort et imite la mort afin de se soustraire à l'œil assassin de cette pourvoyeuse de vies.
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Ana Blandiana
Tandarica   04 août 2019
Ana Blandiana
L'austère et la naïveté



Comme Racine, j'ai quitté trop jeune

L'austérité, la candeur solitaire.

Trop tôt, dans mon long manteau couleur de cendre

Je l'ai jeté, en souriant, dans le passé.



Presque nu maintenant, aux yeux du monde,

Fier et heureux des beautés de mon corps

Parmi tant de regards croisés comme des fers

Je passe en lacérant, mon auréole.



Je n'ai pas honte, mais souvent j'ai froid.

Pas encore de regrets, mais dans mes rêves

J'emporte le portail sévère du couvent

Et la chaleur de mon manteau de cendre,



Qui me couvrait ainsi qu'une cellule,

D'où, éternel dans mon inexistence,

Stérile, immaculé, je maudissais

La merveilleuse vanité du monde.



Mais – le sens-tu ? – en moi le temps s'effrite

Et le passé que je pressens deviens réel.

Phèdre m'attend, le roi et le remords

D'être parti de Port-Royal, trop jeune encore.



(traduction en français par Irina Radu)
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Tandarica   27 février 2015
Sertarul cu aplauze de Ana Blandiana
Paradoxul evident pe care îl prezintă psihologia poporului român, acest paradox subtil, aproape imposibil de intuit din afară, face din noi unul dintre cele mai necunoscute, sau mai prost cunoscute , popoare ale Europei. Românii sunt poporul cel mai supus, cel mai de nerăsculat, nu pentru că se lasă dominaţi de ideile celor ce îi stăpânesc, dimpotrivă, pentru că nici o ideologie nu-i seduce, nici chiar revolta, care-i întotdeauna o ideologie. Faţă de tot ce i se spune (şi cu cât se încăpăţinează mai mult), el păstrează o distanţă ironică, din ce în ce mai refractară. Această impertiabilitate funciară la entuziasm şi fanatism îl face în acelaşi timp şi de necucerit, şi de nerevoltat. Şi asta pentru că, pe de o parte, orice revoltă presupune un elan mai mult sau mai puţin entuziast, fanatic, iar românul nu este nu numai capabil de fanatism, ci, mai mult, fanatismul îl repugnă şi – mai mult chiar – i se pare ridicol şi îi trezeşte hazul; pe de altă parte, pentru că teroarea care pare, văzută din afară, insuportabilă, ricoşează de realitate pe suprafaţa alunecoasă a ironiei populare, nereuşind să pătrundă în interior, nereuşind să realizete o presiune interioară pe măsura grozăviei ei istorice. Deci, revolta nu se produce, pentru că nu are condiiţii subiective (predispoziţie psihologică, dar nici obiective (impactul real asupra indivizilor). Astfel se ajunge la paradoxala situaţie în care un popor, care nu poate fi manipulat, poate totuşi fi guvernat cu uşurinţă. Libertatea interioară se transformă în condiţie şi chiar în unealta a supunerii exterioare.
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Tandarica   27 février 2015
Sertarul cu aplauze de Ana Blandiana
Am fost întotdeauna slabi, mereu cuceriţi, mereu supuşi,mereu călcaţi în picioare […]. Alţii s-au răsculat când au fost cotropiţi, au cotropit şi ei pe alţii când au fost mai puternici. Numai noi am fost întotdeauna nişte nevolnici. Uită-te la popoarele din jur: chiar dacă acum sunt la fel de prăpădite ca şi noi (dar nu sunt!) , a avut fiecare clipa lui de glorie, momentul când a dominat. A avut fiecare un imperiu sau o juma’ de imperiu, în care a fost şi el deasupra altora. Asta, ca să nu vorbesc de marile popoare – care au cucerit lumea fără scrupule, fără odihnă, fără milă, au cărat pe insula lor mică tot ce au descoperit mai bun pe pământ, iar în acest timp – cu legătură, spun eu, dar chiar dacă nu vei recunoaşte conexiunea, faptele poţi să nu le recunoşti – pe insula lor se năşteau poeţi şi savanţi de geniu, filosofi şi inventatori, castele şi catedrale, apăreau capodopere. Pe când noi? Ce făceam noi? Eram „sub vremi”. Sub vremi! Halal înţelepciune! Dar încercasem măcar să fim deasupra lor? Făcusem măcar o tentativă? Şi vrei să ştii urmarea? Pe când noi aveam scrisoarea lui Neacşu din Câmpulungu, englezii se pregăteau să-l aibă pe Shakespeare.
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