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Note moyenne 4.86 /5 (sur 76 notes)

Nationalité : France
Né(e) à : Auvers-sur-Oise , 1955
Biographie :

Né à Auvers-sur-Oise en 1955, Jean-Pierre Martinez a d'abord été sémiologue publicitaire, puis scénariste pour la télévision (notamment sur la série Avocats et Associés). Il est aujourd'hui l’un des auteurs les plus joués par les compagnies de théâtre en France et à l'étranger (notamment dans les pays francophones et hispanophones). Traduites en dix langues, ses comédies sont jouées sur les cinq continents. Ses 67 pièces sont éditées par La Comédiathèque. Il est aussi l'auteur de sketches, nouvelles, micro-romans, récits et poésies.

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Citations et extraits (4) Ajouter une citation
martinezjp   22 décembre 2016
Vous M'en Direz des Nouvelles de Jean-Pierre Martinez
Un visage familier



C'était mon dernier rendez-vous de la journée. Lorsque je l'ai aperçu dans la salle d'attente de mon cabinet, je ne l'ai pas reconnu tout de suite. Il portait des lunettes noires, et une écharpe masquait l'autre moitié de son visage. J'ai d'abord pensé qu'il s'agissait d'un grand brûlé, tentant de cacher ainsi sa face défigurée. Hélas, dans ma clinique, je reçois tous les jours ce genre de malheureux, auxquels je m'efforce de venir en aide. Je suis chirurgien esthétique. Et je me targue de compter parmi les meilleurs spécialistes de Paris en ce qui concerne les opérations réparatrices du visage. Évidemment, parce qu'il faut bien vivre, je m'occupe aussi de rectifier, d'embellir ou de rajeunir les attributs naturels de patients tout à fait bien portants, mais désireux de mieux coller aux canons de beauté imposés par les magazines. Un créneau infiniment plus lucratif, touchant principalement une cible féminine. À tort ou à raison, les hommes éprouvent beaucoup moins que les femmes le désir de changer de tête. À moins, bien sûr, de circonstances exceptionnelles...



   Ce n'est donc que lorsqu'il s'est assis en face de moi dans mon bureau, et qu'il a ôté lunettes et écharpe, que je l'ai reconnu. Son visage était parfaitement intact, et il m'apparut étrangement familier. Alfred Charlant ! Quelques semaines auparavant, la photo de cet homme, jusque là peu connu du grand public, était à la une de tous les journaux. Ce haut fonctionnaire au passé sulfureux avait été reconnu coupable dans une sombre affaire de détournement de fonds publics à grande échelle. Depuis, il était en fuite, et tout le monde le croyait déjà réfugié sous une fausse identité dans un paradis fiscal peu regardant sur la moralité de ses hôtes, pourvu que leurs comptes en banque soient bien fournis. Apparemment, l'homme, sous le coup d'un mandat d'arrêt européen, n'avait pas osé prendre le risque d'être reconnu à l'aéroport en tentant de quitter le pays. Quand on a un visage aussi médiatique, des faux papiers ne suffisent pas pour espérer passer inaperçu. C'est l'un des quelques inconvénients de la célébrité...



   « Je veux changer de tête » me déclara l'homme sans autre préambule. Même si sa requête ne m'étonna guère, au vu de la situation délicate dans laquelle il se trouvait, il me fallut un instant pour répondre. « Je ne peux pas faire ça, vous le savez bien. Je me rendrais coupable de complicité en vous aidant ainsi à échapper à la police... ». L'homme ne parut pas le moins du monde désarçonné. « Vous allez pourtant le faire » affirma-t-il sans sourciller. Son assurance me glaça le sang. À l'évidence, il ne plaisantait pas. « Et pourquoi vous rendrais-je ce service ? » demandai-je la voix un peu tremblante. « Parce que des amis à moi retiennent votre fils en otage » répondit-il. « Ils ne le libéreront que quand j'aurai quitté le pays. Avec sur mon nouveau passeport, la photo du visage tout neuf que vous allez me sculpter de votre main d'artiste. ». Il esquissa un sourire. « Je vous laisse carte blanche, Docteur. Mais tant qu'à faire, rendez-moi plus beau pour commencer ma nouvelle vie. J'ai toujours rêvé d'avoir une tête de danseur de tango. Je veux être votre chef-d’œuvre... ».



   Je n'avais pas le choix et, après avoir vérifié par téléphone auprès de ma femme que les menaces d'Alfred Charlant n'étaient pas du bluff, je dus m'exécuter dans la nuit même. J'étais un peu pris de court. Généralement, mes patients veulent seulement améliorer quelques détails ça et là, en gommant au passage leurs défauts les plus grossiers. Leur but n'est pas de se réveiller avec un visage entièrement différent, au point que leurs propres mères ne puissent les reconnaître. Il me fallait donc un modèle. Dans la précipitation, c'est en feuilletant une revue en lecture dans la salle d'attente de mon cabinet que je trouvai l'inspiration pour modeler le visage de playboy latin que mon machiavélique client semblait désirer. Je lui présentai la photo découpée dans le magazine et, ayant reçu son approbation, l'opération commença. Elle dura presque toute la nuit, mais au matin, malgré les bandelettes qui cachaient encore le nouveau visage d'Alfred Charlant, je savais que j'avais réalisé mon grand œuvre.



   Après quelques jours de convalescence, un complice lui apporta un faux passeport flambant neuf, garni de la photo de sa nouvelle tête, et Alfred Charlant quitta ma clinique incognito en direction de l'aéroport. « Dès que j'aurai embarqué, quelqu'un vous fera savoir par téléphone à quel endroit vous pourrez retrouver votre fils. ». À sa décharge, je dois reconnaître que l'homme tint parole.



   Quant à la fin de l'histoire, c'est par le numéro suivant de ce même magazine dans lequel j'avais découpé la photo du nouveau visage d'Alfred Charlant, que j'en appris tous les détails. À peine arrivé à sa destination, que j'avais deviné être l'Amérique du Sud, puisqu'il souhaitait avoir un visage de latin lover pour se fondre plus facilement dans la foule, l'homme fut immédiatement appréhendé par la police des frontières. Il s'en étonna. Avec sa nouvelle identité, il était persuadé de passer inaperçu. Il cria donc au quiproquo et, pour tenter de convaincre la police de le laisser partir, il avoua qu'il avait subi une petite opération de chirurgie esthétique. Ce qui, en soit, n'est pas un crime, protesta-t-il en clamant son innocence. De là peut-être venait le fait qu'on le prenait pour quelqu'un d'autre...



   Le policier qui lui passa les menottes mit fin à ses espérances de retraite dorée en lui lançant d'un ton ironique : « Une opération de chirurgie esthétique ! Tiens, on ne me l'avait jamais faite, celle-là... Eh bien la prochaine fois que tu changes de tête, évite de te faire faire le visage d'un narcotrafiquant recherché par toutes les polices d'Amérique... ». Le policier, hilare, se tourna vers ses collègues. « Allez, on l'embarque. C'est Pedro Semprini. Ça fait des années qu'on essaie de mettre la main dessus. Et il espérait nous filer entre les doigts en changeant seulement son nom sur son passeport ».



   Pour garder un souvenir de cette aventure, j'ai soigneusement recollé la photo dans le magazine, à l'endroit où je l'avais découpée. Elle accompagnait un article annonçant la mise à prix de la tête d'un des plus gros trafiquants de drogue de Colombie.
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martinezjp   29 juillet 2017
Les Monoblogues de Jean-Pierre Martinez
Les petites heures, vous connaissez ? Un, deux, trois, quatre... À cinq, on serait déjà tiré d'affaire. Il suffirait de patienter un peu en écoutant la radio. Mais on se réveille, et on regarde par la fenêtre. Pas une lueur. On tend l'oreille. Pas un chant d'oiseau. Les diurnes dorment encore, les nocturnes sont déjà couchés. Aucun espoir de lendemain proche. On est au plus profond de l'obscurité, dans la contrée d'aucun homme, la nuit des dormeurs éveillés. Bien sûr, un effort suffirait pour se lever, et marcher. Mais ce serait prématuré. Presque contre nature. Voir la nuit avant d'avoir vu le jour... Alors on doit rebrousser chemin. Repasser la frontière. Revenir là où rien ne peut encore nous atteindre. Où rien ne peut nous attendre. Où personne ne peut nous entendre. L'au-delà est l'en-deçà d'un éternel réversible. Je compte jusqu'à cent. À l'envers. Quatre-vingt dix-neuf, quatre-vingt dix-huit... Espérant qu'avant la fin de ce compte à rebours, j'aurai cessé de compter. Les nuits de grande insomnie, je commence à sept milliards. Six milliards neuf cent quatre-vingt dix neuf millions neuf cent quatre-vingt dix neuf mille neuf cent quatre-vingt dix neuf autres, avant que mon tour vienne dans cette vaste salle d'attente à ciel ouvert qu'est le monde des vivants. Combien de temps pour effeuiller une à une toutes ces existences qui ne sont pas la mienne, pour me reconnaître dans cette foule et trouver mon sommeil ? Une nuit pour savoir qui on est. Ce qui nous distingue des autres. Une vie pour découvrir tout ce qui n'est pas nous. Mourir. Se fondre à nouveau dans l'indistinct. Dormir. Lâcher prise. Avec la peur de se réveiller un autre. Dans une obscurité qui serait un cauchemar sans espoir de matin. Ce qui me tient en vie, qui me tient en éveil, c'est la peur de sombrer par une mauvaise nuit, dans le mauvais sommeil, la fatigue éternelle. L'insomnie est une course immobile contre le temps. Une victoire provisoire. Quatre, trois, deux, un... Suspendues entre la torpeur de la nuit et la brutalité du réveil, les petites heures égrènent le temps compté des insomniaques.
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vonnette   25 novembre 2017
Un petit meurtre sans conséquence de Jean-Pierre Martinez
Ne sois pas si modeste. Je sais que tu es une tueuse. Et je te préviens, Patrick, je veux le saigner à blanc.
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Jean-Pierre Martinez
martinezjp   30 juillet 2017
Jean-Pierre Martinez
Qui prête à rire, donne à penser...
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